"Dutroux auteur du rapt"

Méticuleux, organisé, le juge d'instruction Jacques Langlois a effectué un marathon verbal de plusieurs heures pour expliquer le volet "Julie et Melissa", mardi aux assises d'Arlon. Ce qui l'a plusieurs fois amené à répondre aux critiques émises par des parties civiles sur son enquête et l'a souvent conduit à plonger dans l'horreur.

ROLAND PLANCHAR
"Dutroux auteur du rapt"
©BELGA

AUDIENCE

Méticuleux, organisé, le juge d'instruction Jacques Langlois a effectué un marathon verbal de plusieurs heures pour expliquer le volet "Julie et Melissa", mardi aux assises d'Arlon. Ce qui l'a plusieurs fois amené à répondre aux critiques émises par des parties civiles sur son enquête et l'a souvent conduit à plonger dans l'horreur.

Il a d'abord souligné que la visite de Julie chez Melissa, le 24 juin 1995, et leur promenade commune étaient totalement improvisées, comme l'avait expliqué Carine Russo.

Quand et comment ont-elles disparu? M.Langlois fait projeter le film de la reconstitution et le détaille grâce aux témoignages croisés des passants. Ces témoignages, le juge les a pris dans leur version initiale de 1995, précise-t-il en répondant ainsi à l'une des critiques subies, pour éviter toute interprétation postérieure à la naissance de l'"affaire Dutroux", en 1996. Bref, il en ressort que c'est à tel endroit du chemin et à tel moment que les petites ont été enlevées.

D'observations presque chirurgicales, à force d'être précises, le juge retient que tout ou presque correspond aux déclarations que Michelle Martin a faites aux enquêteurs, en 1996. A savoir que Dutroux lui avait dit (non sans "fierté" !), dès le lendemain des faits, être l'auteur du double rapt, décrivant d'ailleurs le lieu avec une certaine précision. Il lui avait aussi dit l'avoir commis avec son complice Bernard Weinstein, de façon tout à fait imprévue et sans violence.

Or, souligne le juge, l'unique témoin des faits a précisément rapporté qu'aucune violence n'avait été exercée contre les fillettes. M.Langlois observe aussi que la préméditation était effectivement impossible, puisque la promenade était une décision de dernière minute. Et que la description des lieux donnée par Dutroux à Martin correspond à la réalité du terrain.

Même si tout ne "colle" pas aussi parfaitement, l'imbrication accrédite grandement la version de Martin. Marc Dutroux, même s'il a intérêt à le nier (et le fait), semble bien avoir enlevé Julie et Melissa avec Weinstein. Ce dernier, surpris par la décision de Dutroux alors qu'ils étaient à Liège pour un motif sans rapport, aurait d'ailleurs été fâché, Dutroux devant le sommer de redémarrer, une fois les enfants à bord.

M.Langlois étaye encore cette opinion par quelques invraisemblances relevées dans les versions de Dutroux, qui a tantôt chargé Weinstein, tantôt Lelièvre. Le même Dutroux qui, pour convaincre Michelle Martin qu'il les avait bien enlevées parce qu'elle ne le croyait pas, l'a emmenée à la maison de Marcinelle pour qu'elle constate qu'il disait vrai.

Plus pénibles, les épisodes séquestration et mort des enfants suivent dans le récit. Les faits sont connus: le conditionnement imposé par Dutroux aux enfants (il leur avait même imposé un nouveau prénom); la souffrance et la détresse sans nom des fillettes abandonnées à leur sort dans la sordide cache par Martin (qui admet que Dutroux lui avait pourtant recommandé de s'en occuper); leur atroce et lente agonie (parmi leurs propres excréments, amaigries jusqu'à l'immobilisation, marquées par de larges escarres, ce qui est très rare à 8 ans); enfin, leur inhumation, célébrée par le seul mépris de Dutroux, après qu'il eut, avec l'aide de Martin - transporté leurs corps de Marcinelle vers Sars-la-Buissière.

Le juge, rapportant en outre certains événements connus comme la perquisition du 13 décembre 1995, a aussi rapporté l'absence de traces d'ADN de Lelièvre, Weinstein et Nihoul, à Marcinelle. En revanche, un mélange de traces d'ADN (de Julie et d'une personne inconnue), dans la cache, le laisse perplexe. Résolument important, s'il y a eu fusion en un seul instant, ou beaucoup moins intéressant, s'il s'est agi d'une simple superposition. Inexpliqué, en tout cas.

D'autres incertitudes demeurent, surtout, admet le juge à regret, parce qu'il ne pouvait s'appuyer à certains égards que sur les déclarations des inculpés - comment faire autrement? La date de la mort des enfants fait partie du lot: Dutroux et Martin parlent de mars 1996 et les experts admettent que c'est possible. Mais c'est peut-être moins, peut-être plus.

De plus, les experts ne sont pas d'accord: certains admettent des sévices sexuels importants, un autre explique qu'il en doute fort. Interrogation, encore: Michelle Martin, elle-même mère, a-t-elle vraiment pu se montrer assez inhumaine pour ne pas libérer Julie et Melissa alors qu'elle en a eu plusieurs fois l'occasion, facilement? Cela paraît vraiment étonnant, à revoir le déroulé des faits.

On s'interroge aussi, car cela n'a pas été évoqué à l'audience, sur le fait que jamais ni Martin, ni Dutroux, n'évoquent l'odeur violente qui devait régner lors des ouvertures de la cache. Voilà des sujets qui reviendront assurément lors des questions posées au juge - lundi prochain peut-être.A noter, enfin, que M.Langlois n'a pas tenu compte dans ses propos des dernières déclarations de Dutroux, disant que les fillettes étaient mortes depuis peu lorsqu'il est sorti de prison, et non vivantes. Gageons qu'il l'évoquera aussi au terme de son témoignage. Lequel, en tout cas, donne du poids à la "version Martin" pour l'enlèvement et la séquestration: Dutroux, Weinstein et elle. Et rien qu'eux.

© La Libre Belgique 2004

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