Tuée pour avoir dit non à sa famille
Près de 1700 personnes ont marché mercredi à Charleroi en mémoire de Sadia.La jeune fille a été victime d'un "crime d'honneur" pour avoir refusé un mariage voulu par sa famille au Pakistan.Ses proches dénoncent la pratique du mariage forcé.
- Publié le 15-11-2007 à 00h00
reportage
Une atmosphère lourde de tristesse et d'émotion règne ce mercredi matin à Charleroi où 1700 personnes se sont rassemblées au square de Hiernaux devant le marsupilami. Un rassemblement suivi d'une marche silencieuse, ou presque, en mémoire de Sadia. Pour certains une amie, pour d'autres une élève voire même une inconnue, mais pour tous, une victime innocente d'un acte sauvage et inacceptable.
Sadia avait vingt ans. Elle était née en Belgique dans une famille d'origine pakistanaise et étudiait le droit en troisième année de bac à la Haute école provinciale de Charleroi. Une jeune fille décrite comme souriante, qui se démarquait avant tout par sa joie de vivre, et dont l'existence s'est brutalement arrêtée le 22 octobre dernier, rattrapée par l'honneur bafoué d'une famille qui a préféré assassiner sa fille plutôt que de la voir refuser de se soumettre aux exigences de ses traditions. "En trente ans de carrière, j'en ai vu des familles poursuivre leur fille à cause de leurs traditions. Mais à ce point-là, c'est inimaginable !", témoigne cette professeur très émue.
Coupable d'avoir dit non
En tête du cortège, un grand portrait de la jeune fille suivi d'une banderole "Sadia, coupable d'avoir dit non". La jeune fille subissait en effet une pression immense de la part de sa famille qui depuis des mois, voulait la marier à un de ses cousins au Pakistan. Après une tentative de kidnapping et des menaces proférées à l'encontre de Jean, son petit ami belge, elle avait fini par s'enfuir. Aidée par ses amis et des professeurs, elle se cachera loin de Charleroi pendant plusieurs mois. "C'était au printemps l'année dernière. On lui envoyait ses examens par fax vers un endroit tenu secret. Et elle est encore parvenue à tout réussir brillamment. C'était vraiment une fille tenace !", poursuit cette enseignante à qui la jeune fille s'était confiée depuis le début.
En septembre, Sadia avait repris les cours normalement. Ses parents venaient de reprendre contact avec elle. La jeune fille était confiante et espérait bientôt renouer avec eux une vraie relation sur de nouvelles bases. Il y a trois semaines, elle annonce alors à la pause de midi qu'elle s'en va dîner chez eux. "N'y va pas, c'est un piège !", lui répond l'enseignante. Quelques minutes plus tard, Sadia sera abattue à bout portant par son frère devant le domicile familial à Lodelinsart, plongeant ses camarades de classe et tous ceux qui la connaissaient dans l'effroi le plus complet.
C'est pour lui rendre hommage et pour dénoncer les pratiques obscurantistes dont sont victimes tant d'autres jeunes filles comme elle que les amis de Sadia ont organisé cette marche à laquelle se sont joints de nombreux anonymes touchés par cette histoire tragique. Après un lâcher de ballons devant le palais de Justice, une plaque commémorative a été dévoilée en son honneur à l'entrée de sa salle de classe. Les jeunes comptent à présent sur les pouvoirs publics pour que la mort de Sadia ne tombe pas dans l'oubli. "Il faut plus de structure pour accueillir les jeunes filles qui, comme elles, subissent d'énormes pressions familiales pour renoncer à leur liberté", explique une de ses amies.
A l'heure d'écrire ces lignes, le frère et meurtrier présumé de Sadia était toujours activement recherché par les enquêteurs.
