Un jeune sur quatre confronté au mariage forcé

Pratique plus que banale et largement ancrée dans certaines cultures, le phénomène du mariage forcé est loin d'épargner l'Europe, si l'on en croit les différentes études consacrées au sujet ces dernières années. En 2003, le Haut conseil pour l'intégration français estimait ainsi à 70000 le nombre de jeunes filles concernées par ce phénomène chez nos voisins du sud.

Grégoire Comhaire

Pratique plus que banale et largement ancrée dans certaines cultures, le phénomène du mariage forcé est loin d'épargner l'Europe, si l'on en croit les différentes études consacrées au sujet ces dernières années. En 2003, le Haut conseil pour l'intégration français estimait ainsi à 70000 le nombre de jeunes filles concernées par ce phénomène chez nos voisins du sud. Des chiffres qui interpellent et qui n'ont pourtant rien à envier à ceux qu'on trouve dans notre pays.

Les résultats d'une étude commanditée en 2004 par la Communauté française montrent ainsi que 23 pc des jeunes interrogés en Wallonie et à Bruxelles déclarent avoir été confrontés de près (dans leur famille) ou de moins près (une connaissance) au mariage forcé. Une pratique qui dans d'autres régions du monde n'a peut-être rien de choquant pour qui y est confronté, mais qui dans le contexte culturel occidental, relève le plus souvent d'une atteinte aux libertés fondamentales de l'individu. "C'est un problème très difficile, explique Delphine Szwarcburt de l'association "Ni putes ni soumises", les jeunes qui y sont confrontés sont victimes d'un insoutenable dilemme entre leur liberté et la peur de perdre leur lien avec leur famille. Il faut lutter par tous les moyens contre ces traditions qui nous font régresser !", déclare la jeune fille.

Conscientes du problème, les autorités belges ont d'ailleurs depuis quelque temps accru leur vigilance. C'est ainsi qu'à la ville de Bruxelles, le nombre de mariages pour lequel l'officier d'Etat civil a demandé un sursis a plus que doublé entre 2002 et 2004, passant de 69 à 154. La Ville a également refusé chaque année un nombre croissant de mariages : 20 en 2002, 40 en 2003 et 37 en 2004.

Le 12 avril 2007, le Sénat a enfin adopté un projet de Loi visant à sanctionner tout qui, par la violence et la menace, contraint quelqu'un à conclure un mariage. Et en cas d'indice sérieux de mariage forcé, le Parquet pourra également, lorsque la Loi entrera en vigueur, entamer une procédure pour annuler le mariage. Après la Norvège, notre pays deviendra ainsi le deuxième pays membre du Conseil de l'Europe à inscrire dans sa législation une incrimination spécifique du mariage forcé. "Il est dommage qu'il faille attendre la mort de Sadia pour qu'on parle et qu'on se mobilise sur un sujet aussi grave, poursuit Delphine Szwarcburt, tous les mariages forcés ne finissent pas par une issue aussi tragique mais c'est un phénomène qu'il faut tout de même fermement condamner !"

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