Tunnels: on ne voit toujours pas plus clair
Le patron de l'administration peine à expliquer les manquements. Lenteur des mesures et peu d'inspections: la Commission parlementaire s'inquiète. Le tunnel Stéphanie pourrait rouvrir provisoirement. Eclairage.
- Publié le 04-02-2016 à 07h25
- Mis à jour le 04-02-2016 à 09h50

Premières auditions de la commission spéciale chargée de l'analyse de la dégradation des tunnels bruxellois mercredi. Jean-Paul Gailly, l'actuel directeur général de Bruxelles-Mobilité, accompagné de deux ingénieurs de son administration, a répondu aux députés du Parlement bruxellois.
L'état actuel des tunnels de la ville fait polémique depuis les rapports alarmants d'entreprises privées qui ont notamment conduit à la fermeture du tunnel Stéphanie fin janvier.
Ancienneté trop courte
Au grand dam des parlementaires, il a été difficile d'avoir des éclaircissements sur les responsabilités politiques qui ont conduit à la dégradation des tunnels mercredi. Jean-Paul Gailly n'est à la direction de Bruxelles-Mobilité que depuis deux ans. Or, la période sur laquelle la commission enquête va bien au-delà.
Un manque de communication lors de la passation de pouvoir ainsi qu'une organisation de la structure loin d'être parfaite ont fait que beaucoup de questions posées à Gailly sont restées sans réponses. Les interrogations des députés concernaient principalement le peu de mesures prises par le gouvernement à la suite du "Masterplan" de juillet 2013, qui était déjà alarmiste quant à la sécurité des tunnels.
Jean-Paul Gailly a prétendu que Bruxelles-Mobilité avait réagi à certaines des mesures urgentes préconisées par le Masterplan. Mais il n'a pas réussi à convaincre la commission qui s'est inquiétée du manque flagrant de régularité dans les inspections des tunnels bruxellois, alors que leur dégradation représente une menace mortelle pour les automobilistes.
Certains sont allés jusqu'à se réjouir de la tournure actuelle des événements qui poussent la Région à agir avant qu'un drame similaire à celui qui avait, en 1991, plongé une automobiliste dans le coma à la suite d'une chute de pierres dans le tunnel Montgomery, se produise.
Le Masterplan est à améliorer
L'actuel directeur a par ailleurs affirmé devant les députés de la commission que le Masterplan restera aujourd'hui encore un "vade-mecum" pour la direction dans la gestion actuelle des tunnels.
Mais, toujours d'après Jean-Paul Gailly, ce fameux Masterplan est "à améliorer". En 2013 en effet, le document considérait comme une priorité de pallier les risques d'incendies. Il ne faisait par contre pas référence, de façon explicite, à la stabilité des tunnels, même s'il indique que la rénovation reste le seul moyen de garantir leur sécurité.
Le tunnel Stéphanie pourrait rouvrir
Jean-Paul Gailly a surtout indiqué que des réparations provisoires du tunnel Stéphanie pouvaient être envisagées en vue d'une possible réouverture dans l'attente d'une rénovation plus lourde. Ces travaux consisteraient en des structures en acier et de béton projeté. Mais Jean-Paul Gailly ne veut pas donner de faux espoirs aux automobilistes qui fréquentent le quartier Louise : "Si nous annonçons des délais trop courts, on n'est pas crédible."
La commission y verra probablement plus clair ce mercredi 17 février, date à laquelle seront auditionnés des fonctionnaires en charge du Bruxelles mobilité jusqu'en 2013.
Que sont devenus les rapports ?
La commission tunnels du Parlement bruxellois n'en est bien sûr qu'à ses débuts. Dans les travées de l'hémicycle régional, tous les députés espèrent toutefois que la poursuite des travaux permettra de faire la lumière sur la destinée du Masterplan présenté par l'administration bruxelloise de la Mobilité à la ministre de tutelle de l'époque, Brigitte Grouwels, en mars 2013. Comme révélé il y a quelques jours, ce document met en exergue l'état déplorable des tunnels bruxellois. Or le gouvernement de l'époque semble ne rien en avoir fait.
Exposons quelques éléments chronologiques afin d'éclairer les circonstances de ce manquement. C'est en mars 2012 que le gouvernement bruxellois, dirigé alors par Charles Picqué (PS), décide de charger la ministre Grouwels d'élaborer un masterplan de rénovation des tunnels de la capitale dont le Leopold II fait déjà l'objet de vives inquiétudes. Ce plan arrivera un an plus tard sur le bureau de Brigitte Grouwels, qui affirme l'avoir discuté en intercabinets ministériels. Ce document alarmant, prévoyant déjà un agenda des travaux, n'atterrira jamais sur la table du gouvernement bruxellois. Pour quelle raison ? Les premières auditions de ce mercredi n'ont pas permis de lever le voile sur cette question.
On rappellera que le printemps 2013 marque un important remaniement au sein de l'exécutif bruxellois. C'est à ce moment-là que Rudi Vervoort prend la succession de Charles Picqué à la ministre-présidence de la Région. Le nouveau venu imprime sa méthode et convoque alors un gouvernement extraordinaire réuni à Ostende. C'est à cette occasion qu'il annonce la construction du futur stade national sur le plateau du Heysel. Mais il ne dit mot sur la rénovation des tunnels.
Conclusions dépassées
A bonne source, on nous signale que dans la foulée, en juillet de la même année, un nouveau rapport tunnels est pourtant produit. Il s'agit d'une "stratégie de mise en œuvre du Masterplan de mars", explique-t-on dans l'entourage du gouvernement. Qu'en a-t-on fait ? La question demeure.
Mais quelques mois plus tard, il faudra bien constater que le gouvernement bruxellois n'a pas pris en compte les conclusions du rapport de mars 2013 puisqu'il provisionne un montant insuffisant à la rénovation des tunnels au budget 2014, alors que Bruxelles vient d'être refinancée à la faveur de la sixième réforme de l'Etat.
Jean-Paul Gailly prend la tête de Bruxelles Mobilité fin 2013. A-t-il eu accès à ces documents ? Hier au parlement, le fonctionnaire dirigeant s'est montré évasif sur les événements qui ont précédé son arrivée. Quoi que la commission conclue, il faut déjà constater que les analyses compilées en 2013 sont dépassées. L'ampleur des dégradations qui ont conduit à la fermeture surprise du tunnel Stéphanie n'y était pas signalée.
Manque de personnel
Jean-Paul Gailly a signalé d'entrée lors de son audition devant la commission spéciale, disposer de peu de personnel au regard de l'ampleur de la tâche à accomplir. A Bruxelles Mobilité, l'entretien et la rénovation de 150 ouvrages sont gérés par deux équipes de sept hommes. Ces quatorze personnes sont responsables des tunnels, des viaducs et des ponts. "Je manquerais à mon devoir si je ne signalais pas qu'il faut des gens pour mettre en place des mesures", a déclaré Jean-Paul Gailly. Il a souligné qu'aujourd'hui, le gouvernement avait pris des dispositions et que Bruxelles Mobilité avait pu assigner du personnel supplémentaire à la problématique des tunnels.
Sous-traitance. Le manque de personnes en charge est vraisemblablement l'une des causes au peu d'inspections qui ont été effectuées des tunnels. L'une des solutions envisagées par Jean-Paul Gailly est la sous-traitance, qui permettra à l'avenir des contrôles plus réguliers et méthodiques.