À Anderlecht, Gaëtan Van Goidsenhoven (MR) écrase ses concurrents en voix de préférence, mais ne sera pas bourgmestre: "C'est un déchirement"
Dans le système bruxellois, le candidat de la liste qui obtient le plus de voix ne devient pas automatiquement bourgmestre. "Mon score est bon, mais dans le système bruxellois, cela n'est pas décisif. Il faudrait faire en sorte d'adapter le système", souffle Gaëtan Van Goidsenhoven.

- Publié le 14-10-2024 à 10h19
- Mis à jour le 14-10-2024 à 11h08

L'accord a été annoncé tôt ce lundi matin, au bout d'une nuit de négociation intense.
Un accord a été trouvé à Anderlecht pour placer une coalition PS-Vooruit/MR-Engagés-CD&V-Open Vld à la tête de la commune. Fabrice Cums (PS), bourgmestre sortant d'Anderlecht, conserve son mayorat. Ce dénouement peut, a priori, étonner. En effet, c'est pourtant la liste MR/Engagés (27,3 %) qui est arrivée en tête en termes de voix à Anderlecht, légèrement devant le PS (26,8 %). Fabrice Cums (3412 voix), tête de liste socialiste, réalise par ailleurs un score personnel nettement plus faible que son concurrent Gaëtan Van Goidsenhoven (5520 voix).
Mais durant la nuit de dimanche à lundi, c'est le fameux deuxième tour de l'élection, la négociation entre partis, qui a emporté la décision.
"Pour moi, c'est déchirant, c'est une situation extrêmement difficile. Je suis meurtri. Mais certaines voix ont manqué. Mes électeurs étaient au rendez-vous. Mais ceux qui devaient consolider le score ont manqué ce dimanche… Dans notre formation, certains n'ont pas été réélus et ça a fragilisé la muraille", observe Gaëtan Van Goidsenhoven. "À un moment, dans la soirée, au fil des résultats, nous avons cru que c'était gagné… Et puis ça s'est resserré. "
"Comment expliquer que je ne devienne pas bourgmestre ? D'une façon assez simple. L'arithmétique est redoutable. Nous avons mené une négociation interminable, mais à la fin, on n'avait plus d'issue ni de ressource. Nous avons décroché 15 sièges, mais le PS aussi. Mais à côté de cela, le PTB a décroché 7 sièges, le PTB également. Et Ecolo a pris 3 sièges", reprend Gaëtan Van Goidsenhoven. "Côté droite ou centre droit, Défi n'en a récolté aucun et la N-VA pas davantage. À partir de là, on ne pouvait plus attendre de miracles… J'ai essayé en tirant la soirée jusqu'à l'aube. Mais quand on voit qu'il n'existe plus d'issue raisonnable, le capitaine se sacrifie pour ses troupes…"
Le dénouement est cruel pour Gaëtan Van Goidsenhoven qui, après des centaines d'heures passées à faire du porte-à-porte pour tenter de reconquérir l'électorat d'une commune dont il avait été bourgmestre entre 2007 et 2012, avant d'être renvoyé pendant 12 ans dans l'opposition, voit le mayorat lui échapper.
Le PS brandit la menace du PTB
Selon certaines sources, durant la négociation, le PS a menacé de faire alliance avec des partis de gauche, dont le PTB.
"Le PS a effectivement envisagé une coalition à gauche probablement avec le PTB ou la Team Ahidar. Il y avait le risque d'une rupture de négociations et de nous retrouver dans l'opposition 6 ans de plus", ajoute la tête de liste MR/Engagés. "Les beaux esprits diront que ça ne se serait jamais fait. Mais j'ai connu l'exercice, il y a 6 ans... Entre deux solutions, il faut prendre la meilleure. Il fallait avant tout éviter une majorité de gauche, très pénalisante pour Anderlecht. On a pris nos responsabilités. Je n'ai pas démérité, j'ai réalisé mon meilleur score historique. On a gagné ces élections à Anderlecht, où nous sommes la première formation. Mais le PS a le même nombre de sièges que nous et on peut aussi dire que la gauche était très dominante à Anderlecht et qu'il était logique qu'elle ait le mayorat."
Mon score était bon, mais dans le système bruxellois, cela n'est pas décisif."
Cette négociation pose la question du système bruxellois. En Wallonie, le candidat de la liste qui a le plus de voix devient automatiquement bourgmestre. "Si ça avait été en Wallonie, l'affaire était dans le sac et j'aurais été bourgmestre en effet", souffle Gaëtan Van Goidsenhoven. "Mon score est bon, mais dans le système bruxellois, cela n'est pas décisif. Il faudrait faire en sorte d'adapter le système pour que les résultats des urnes puissent avoir des conséquences".