Qui a gagné ces communales 2024 ? Plusieurs partis ont remporté le scrutin, mais on a aussi un perdant "spectaculaire"
Au lendemain des élections belges du 13 octobre, les coalitions se forment. On fait le point avec Caroline Sägesser, historienne et chercheuse au Centre de recherche et d'information socio-politiques.
- Publié le 14-10-2024 à 09h24
- Mis à jour le 14-10-2024 à 11h22

Tout le monde s'est dit gagnant ce dimanche soir dans les partis francophones. Mais qui est ou qui sont les vrais vainqueurs ?
C'est un scrutin qui a un peu répliqué les tendances de juin dernier mais avec quelques nuances. Je crois qu'il y a un grand gagnant : les Engagés de Maxime Prévot. Leur progression est vraiment très importante, elle va encore au-delà du score qu'ils avaient réalisé au mois de juin. Le MR a bien performé aussi par rapport aux élections locales de 2018 mais il n'a pas continué sur la lancée de la progression spectaculaire qu'il avait connue en juin.
Le PS, lui, peut quelque part s'estimer satisfait car il a enrayé la chute, il a bien résisté dans les grandes villes wallonnes et dans les communes à Bruxelles. Ce n'est pas du tout une victoire pour le PS mais, tout de même, c'est un parti qui a réussi dans des circonstances compliquées puisqu'il y avait sur sa gauche la concurrence du PTB et à Bruxelles celle de Fouad Ahidar. Il a vraiment réussi à se maintenir.
Ecolo - qui dit avoir limité la casse - et Défi ne sont-ils pas les deux grands perdants ce ces élections ?
Effectivement, mais Défi est un perdant plus spectaculaire qu'Ecolo, qui a plutôt réussi enrayé la chute par rapport au mois de juin. Il perd dans une amplitude moindre que ce qui avait été le cas le 9 juin.
Quel avenir pour ces deux partis ?
Ecolo est un parti qui a toujours connu des résultats en dents de scie. Cette année 2024 aura été extrêmement compliquée pour lui. Mais je crois que c'est un parti qui est devenu suffisamment mature pour mobiliser en interne les ressources pour rebondir. Mais le temps est long jusqu'au prochain scrutin, il faudra construire et ronger son frein pendant cinq ans.
L'ampleur de la défaite de Défi à Bruxelles est un élément qui rebat un peu les cartes du jeu politique général. Sa situation est très très compliquée. Ce parti a connu une défaite cuisante au mois de juin, qui se traduit par une baisse très significative de son financement. Défi, en dépit de ses efforts pour s'implanter en Wallonie, est resté essentiellement bruxellois. Et maintenant on voit qu'à Bruxelles, il ne reste à Défi comme bastion plus qu'Auderghem et Woluwe-Saint-Lambert. Plus que jamais, il devient un parti de niche qui s'adresse à une certaine forme d'électorat sur le plan sociologique et non plus à tous les Bruxellois. Ca va être difficile de repartir d'une base aussi étroite.
L'échec de Georges-Louis Bouchez à Mons, qu'il a relativisé, ne va-t-il pas tout de même laisser des traces au MR ? Le président libéral avait misé gros…
Je ne sais pas combien de personnes au MR pensaient que Mons en mieux pouvait passer devant dans la ville wallonne. C'est un bastion socialiste assez solide, il a tout de même progressé de façon significative dans cette ville, donc c'est encore un exemple de l'importance de la façon dont on analyse un scrutin. C'est un succès pour Mons en mieux. Est-ce vraiment un échec personnel pour Georges-Louis Bouchez ? Je ne suis pas certaine qu'il pensait sérieusement qu'il allait devenir bourgmestre de Mons.
Selon vous, il savait qu'il n'avait pas toutes les chances de son côté ?
Je pense qu'il faut toujours aller aux élections avec des objectifs maximalistes. Mais, en l'occurrence, ses objectifs n'étaient pas forcément raisonnables ni atteignables.
Quelle est la plus grosse surprise de ces élections pour vous ?
Du côté francophone, c'est vraiment l'ampleur de la défaite de Bernard Clerfayt à Schaerbeek parce qu'il était bien implanté depuis 2002. Il avait déjà triomphé dans des circonstances compliquées aux élections communales. Personne n'imaginait une défaite de cette ampleur-là.
Mais plus largement, c'est la défaite de Défi qui est en perte partout et est expulsé d'un certain nombre de conseils communaux à Bruxelles. Il n'y a vraiment qu'à Auderghem qu'il résiste grâce à Sophie Devos. Ce qui, en soi, n'était pas garanti non plus parce qu'elle succède à un bourgmestre très populaire, Didier Gosuin, donc bravo à elle d'avoir maintenu le cap.
Et puis, tout le monde le dit, mais du côté flamand il y a une double surprise. D'abord l'ampleur de l'abstention. On n'avait pas prévu que si vite tant d'électeurs n'iraient pas voter, 30 % c'est énorme. La deuxième est que cette abstention n'a pas eu un grand impact sur les résultats. Il faudra analyser cela plus finement, mais ça donne l'impression que, finalement, ce sont des électeurs de tous les partis qui ont décidé qu'ils avaient mieux à faire que d'aller aux bureaux de vote.
Vous êtes donc surprise de ce taux d'abstention suite à la nouvelle non-obligation de voter en Flandre ?
Oui, totalement. Je m'attendais à une lente érosion. Je croyais que les gens continueraient à aller voter par habitude. Ensuite, je pensais qu'étant donné que les élections communales sont les élections dont les électeurs sont le plus proches, dont les enjeux sont les plus visibles ainsi que le fait qu'ils connaissent souvent les candidats, je ne m'attendais pas à une chute aussi brutale.
Pensez-vous que la présidence du PS va permettre la formation de majorités avec le PTB, comme le veut Moureaux à Molenbeek ?
Ça, c'est une grande question. C'est compliqué parce que c'est vrai que si on regarde la carte des 19 communes bruxelloises, on s'aperçoit que la gauche – l'ensemble des partis de gauche donc le PS, Groen, le PTB et même Fouad Ahidar – est largement majoritaire dans la plupart des communes bruxelloises. Donc quelque part, ça pourrait avoir du sens.
D'un autre côté, on sait que ce n'est pas si simple de former des coalitions avec le PTB. On avait essayé la dernière fois sans que cela fonctionne. Et, enfin, le PS et le MR sont en train de négocier un gouvernement bruxellois. On connaît l'opposition résolue du MR à toute forme de coalition avec l'extrême gauche. Alors laquelle de ces deux tendances va l'emporter ? Je ne saurai prédire si ces alliances vont se nouer ou pas. Mais au vu des résultats, on a tout de même l'impression que s'il y a une commune où l'alliance du PS avec le PTB est la plus probable, c'est à Molenbeek, où les résultats sont très éclatés.
Caroline Sägesser sur LN24
La politique du Crisp était également ce lundi matin sur LN24, dans l'émission "Café sans filtre" de Maxime Binet. Voici son interview en vidéo :
