Leopold Lippens, bourgmestre de Knokke : "Qui sont ces politiciens complètement grotesques qui nous dirigent ?"
Il n'y a pas de plan des bourgmestres de la Côte, c'est grotesque // Des solutions de plages rouvertes à deux vitesses, ça frise l'idiotie complète // Savoir si on va ouvrir ou fermer une plage, c'est accessoire, c'est grotesque // Qui sont ces politiciens complètement grotesques qui nous dirigent ? // je ne crois pas au civisme des Belges

- Publié le 02-05-2020 à 11h51
- Mis à jour le 19-02-2021 à 15h36

Les bourgmestres de la côte belge ont tenu une réunion cette semaine pour planifier le retour des vacanciers dans leurs communes. Dans leurs conclusions, ils ont inscrit leur volonté d'accueillir à nouveau les propriétaires de résidences secondaires ainsi que les adeptes du camping dès le 18 mai et les locataires d'appartements de villégiature dès le 8 juin. Les touristes d'un jour ne pourront revenir que plus tard. Ces volontés s'inscriront évidemment dans le respect du cadre du déconfinement fixé par le pouvoir fédéral.
Leopold Lippens, maïeur de Knokke, la plus grande plage du littoral, a participé à cette réunion par vidéo-conférence. Son verdict est sans appel : cet agenda est "grotesque". Connu pour son franc-parler, le septuagénaire s'était déjà opposé durement à ses collègues du littoral à propos du déconfinement. Il est L'Invité du samedi de LaLibre.be.
Soutenez-vous le plan présenté par les bourgmestres de la Côte ?
Il n'y a pas de plan ! Des bourgmestres très politiques pensent qu'ils représentent toute la Côte et ils se permettent d'organiser des tas de conférences de presse. Ils ne rêvent que d'être réélus et leur intérêt général consiste à récolter des voix. C'est grotesque. Nous, à Knokke, nous travaillons avec le fédéral et nous appliquons ce qu'il nous impose. Des solutions de plages rouvertes à deux vitesses, ça frise l'idiotie complète. Soit tout le monde est le bienvenu, soit personne. Nous n'allons pas jouer ce jeu-là. Et si une série de bourgmestres décident d'ouvrir à des dates différentes de celles fixées par le fédéral, nous ne les suivrons pas. Il faut combattre le fléau en suivant les consignes des experts. Il est inutile d'inventer des mesures et de faire du populisme, ça n'a aucun sens.
Quelles mesures comptez-vous privilégier pour faire respecter la distanciation sociale à Knokke ?
Aucune. C'est impossible à mettre en oeuvre ! S'il y a 200 000 personnes sur mes 13 kilomètres de plage, comment voulez-vous que je fasse ? Soit la plage est ouverte et les personnes s'asseyent où elles veulent en respectant une certaine distance, soit elle reste fermée. Mais si on ferme seulement la plage, les gens risquent de se concentrer dans la ville, ce qui rendra cette zone encore plus dangereuse. Imaginez aussi que 500 000 personnes débarquent sur la Côte cet été, mais que les restaurants et les cafés restent fermés. Comment va-t-on nourrir ces gens ? Et comment va-t-on gérer les déchets de toute la nourriture qu'ils amènent ? C'est très compliqué...
Vous ne croyez pas au civisme des Belges ?
Non, je ne crois pas au civisme des Belges. Je crois qu'ils ont tendance à toujours vouloir trouver une échappatoire. Ce sera le cas pour les mesures de distanciation, mais aussi de mobilité. Or, on ne peut pas tenir 11 millions de Belges en confinement durant un an, donc on va devoir ouvrir beaucoup de choses.

Envisagez-vous d'installer des panneaux en plexiglas sur la plage, comme une société italienne le propose ?
C'est une plaisanterie ça ! En plus, je déteste le plastique.
Pensez-vous que les Belges ne pourront pas se rendre à la Côte cet été ?
Je ne suis pas médecin, pas virologue, pas devin. Je vais obéir aux ordres du fédéral. Je ne veux pas arriver à une situation à l'italienne. Qui sont ces politiciens complètement grotesques qui nous dirigent ? Les présidents de parti font de la surenchère politique pour se rendre intéressants. Ne se rendent-ils pas compte qu'il y a une crise inimaginable dans notre pays, telle que nous n'en avons jamais connu ? Savoir si on va ouvrir ou fermer une plage, c'est accessoire, c'est grotesque. Ce qui me préoccupe, ce sont les deux tiers des restaurants et magasins qui risquent de faire faillite. L'impact est colossal ! Si nous avons un service de santé formidable, c'est grâce à l'économie, aux impôts, notamment de ces sociétés qui, aujourd'hui, risquent la faillite...
Comment soutenez-vous les commerces et l'horeca de votre commune ?
Nous avons sorti 20 millions d'euros de notre budget pour ces secteurs. Et nous allons investir 20 millions dans la transformation et l'embellissement de notre commune pour l'après-coronavirus.
Comptez-vous imposer le port du masque, tant sur la plage qu'en rue ou dans les commerces ?
J'aimerais, car je trouve que les gens devraient porter le masque. Mais ce n'est pas dans la loi, donc je ne peux pas l'imposer, même au niveau communal.

La police de Knokke continue-elle de chasser les "seconds résidents" ?
On ne les chasse pas. Je ne pratique pas la chasse aux sorcières. Comme ils ne peuvent pas revenir, s'ils se rendent à l'entrée de Knokke, ils sont arrêtés lors des contrôles et sont verbalisés. 600 d'entre eux ont déjà reçu une contravention parce qu'ils ne pouvaient pas être sur la route.
Les ministres Maggie De Block et Philippe De Backer subissent des critiques pour leur gestion de la crise. Comment les jugez-vous ?
Je trouve très étonnant qu'on achète des masques puis qu'on se rend compte qu'ils ne sont pas bons. Mais ce challenge est très difficile. Et il est très facile de critiquer les autres. Ce n'est pas à moi de juger...
Sophie Wilmès a aussi essuyé des critiques, surtout au nord du pays, venant de médias ou de politiques...
Madame Wilmès est critiquée alors que c'est la seule femme d'Etat qu'on a en Belgique et qu'elle fait un job formidable. Certains ne veulent plus lui attribuer les pouvoirs spéciaux parce qu'ils rêvent d'être à sa place, de la déboulonner. Ça devient kafkaïen. Ils ne savent pas constituer un gouvernement après quasiment un an et ils sont déjà en train de rêver d'être au pouvoir. Lors des conférences de presse du Conseil national de sécurité, tous les présidents de région veulent prendre la parole pour donner l'impression qu'ils sont dans le coup. Ça frise la folie. C'est comme ça, c'est la Belgique...
Vous avez été stigmatisé pour avoir été le premier bourgmestre de Belgique à prendre des mesures fortes face au virus. Comment l'avez-vous vécu ?
Je me fous des critiques ! Je me fous complètement de ce que les gens peuvent dire de moi. Je suis un homme libre, je ne suis membre d'aucun parti politique, je ne dois pas baisser mon pantalon pour plaire à un parti. Je dis haut et fort ce que j'ai envie. Si ça ne plaît pas, ça m'est complètement égal. Je ne me bats pas contre des gens, je me bats pour des idées. Si mes idées ne passent pas, je suis ravi, il y a plein d'autres choses que j'ai envie de faire.