"Je suis surprise par le changement opéré par le PS et le MR à Bruxelles. Tout comme par leur comportement autour de la table"
L'éditorialiste de HLN, Isolde Van den Eynde, estime également que le rôle d'opposition dans la capitale belge doit "arranger" la N-VA.


- Publié le 14-02-2026 à 11h47
- Mis à jour le 14-02-2026 à 12h03

Après plus de 600 jours de crise gouvernementale, tout espoir semblait avoir déserté la capitale. Et puis vint Georges-Louis Bouchez. Le président du MR a sorti un (ultime) lapin de son chapeau: un conclave. Sept partis y étaient conviés. Personne ne quitterait les lieux tant qu'un accord ne serait pas trouvé. C'est ainsi que trois jours plus tard, ce jeudi 12 février, la Région bruxelloise pouvait se targuer d'avoir (enfin) un accord de gouvernement. Mais que l'on ne s'y trompe pas, un grand pas a été franchi mais le plus compliqué reste à venir: remettre la capitale sur les rails avec un gouvernement composé de sept partis, pas tous - loin de là - sur la même longueur d'onde. Que retenir de cette séquence mouvementée ? Qui sont les gagnants et les perdants ? Isolde Van den Eynde, éditorialiste et journaliste politique du journal Het Laatste Nieuws, analyse cette formation bruxelloise dans le cadre de notre rendez-vous "L'Invité du samedi".
Etes-vous surprise par cet accord obtenu en quelques jours, alors que le blocage semblait encore total la semaine passée ?
Bien sûr, parce que j'ignorais que Georges-Louis Bouchez, Frédéric De Gucht et Ahmed Laaouej se voyaient discrètement, que les vetos étaient occupés à tomber. Pour moi, la plus grande surprise, c'est que le MR et le PS se sont retrouvés après toutes les attaques très violentes entre ces deux partis. Durant le conclave, ils semblent même avoir été de bons alliés. Leurs positions ont changé...
Comment expliquer ce revirement ?
Du côté du MR, Bouchez avait besoin d'un succès, et il l'a obtenu. Et puis, il ne voulait pas perdre la chance que son parti occupe la ministre-présidence bruxelloise, chose qui n'était plus arrivée depuis 2004 pour le MR.
Chez tous les négociateurs, les pressions devenaient trop fortes. Tous regardaient Bruxelles perdre ses moyens de fonctionnement et tous entendaient les appels au secours d'organisations qui rencontraient trop de difficultés à cause des affaires courantes.
Ce tour de force de Georges-Louis Bouchez va-t-il avoir un impact électoral pour le MR ? Le parti ressort-il plus fort de cette séquence ?
C'est difficile à dire. Il est clair que c'est un succès. Il a réussi là où les autres ont échoué précédemment. Lui-même avait connu un premier échec, quand il avait tenté de former un gouvernement il y a quelques mois. Mais Bouchez n'est pas le seul à avoir fait bouger les choses. Les pressions se faisaient de plus en plus fortes, notamment du côté des communes qui n'avaient plus d'argent et d'organisations importantes pour le PS. Les socialistes ne pouvaient plus camper sur leurs positions. C'est quand même dingue de constater que quand ils sont mis à mal, ils sont prêts à faire des compromis mais, avant ça, ils ne bougeaient pas le petit doigt...
Il faudra voir à présent comment la situation évolue, ce que ce gouvernement sera capable de faire. Parce qu'une véritable thérapie de choc est nécessaire. C'est la catastrophe dans un tas de domaines dans la capitale. Il va falloir complètement changer la façon de gouverner à Bruxelles.
Au regard des principales mesures annoncées, qui semble avoir le plus pesé dans ces négociations : la gauche ou la droite ?
Certaines mesures fortes sont plutôt classées à droite, comme le meilleur suivi des chômeurs, les sanctions. Mais bon, sur l'emploi, Bruxelles est vraiment la Région à la traîne, et les statistiques diminuent encore... Remettre le budget à l'équilibre est aussi considéré comme une vision de droite, alors que ce n'est pas le cas à mes yeux. Mais certains investissements annoncés étaient aussi clairement revendiqués par la gauche, dont le financement du musée Kanal. Je trouve donc les décisions prises plutôt équilibrées. Mais c'est à l'usage qu'on pourra déterminer : the proof of the pudding is in the eating. Quoi qu'il en soit, il est important pour tous les Belges que les politiques bruxellois parviennent à trouver ce milliard d'euros, sinon nous allons tous le payer. A mes yeux, il est vraiment temps que les régions commencent à faire de leur mieux pour mettre le pays en ordre financièrement.
D'ici 2029, le gouvernement doit réaliser un assainissement budgétaire d'un milliard d'euros. Vous y croyez ?
Quand je regarde les documents, les tableaux, je me demande franchement comment ils vont réussir à trouver 300 millions par an. Ils vont fusionner certains niveaux d'administration, mais ils assurent que cela se fera sans perte d'emploi à la clé. Pour moi, c'est très bizarre. D'autant que, dans le même temps, ils ont prévu des investissements et des réductions de taxes... Pour être honnête, en Flandre, on n'a pas fort confiance dans la manière dont le MR et Les Engagés réalisent des économies en Wallonie. Pour 2026, le gouvernement wallon compte faire 268 millions d'euros d'effort, alors qu'en Flandre, le montant est de 1,5 milliard d'euros... A Bruxelles, ce sont les partis qui ont réalisé les trous dans le budget qui vont devoir les combler... Je suis vraiment très curieuse de voir comment ils vont faire. Ils devront se montrer convaincants.

Il y a quand même un grand perdant dans cette histoire: le parti du Premier ministre qui n'a pas été convié aux discussions pour la formation de ce gouvernement bruxellois et qui en a été exclu d'emblée...
On a assisté à une stratégie visant à discréditer la N-VA, orchestrée par le PS. Les socialistes ont fait passer les nationalistes flamands pour des racistes et ont une nouvelle fois joué la carte communautaire. Tout ça parce que Theo Francken a dit que nombre de Bruxellois ne s'informaient pas via les médias belges, mais via les médias de leur pays d'origine. Or, un reportage de Terzake a démontré qu'une partie de la population de la capitale n'était en effet pas au fait de ce qu'il se passait sur la scène politique bruxelloise. Certains ne reconnaissaient ni Rudi Vervoort ni Elke Van den Brandt. C'était quand même très frappant.
Considérez-vous l'absence de la N-VA comme une perte pour la Région ?
Non, pas vraiment. La N-VA estime que la situation est injuste et reproche à Anders de l'avoir reléguée à l'opposition. Mais, au final, ça arrange le parti de pouvoir conserver cette bataille communautaire, contre le PS notamment. Et puis si ce "gouvernement Vivaldi", comme ils l'appellent, n'arrive pas à assainir le budget, cela permettrait aux nationalistes de mieux vendre leurs grandes réformes fédérales. Ils ne sont pas en train de pleurer. Ils ne voulaient pas forcément entrer dans un exécutif avec Ahmed Laaouej.