A quoi ressemblera le dispositif de tracing ? "En fait, le système existe déjà"
Le dispositif n'a pas encore été mis en place mais il fait déjà couler beaucoup d'encre : le tracing (ou tracking), une des mesures annoncées par le Conseil national de sécurité (CNS) en vue de lutter contre la propagation du coronavirus.L'idée de suivre le virus – ou plutôt les personnes infectées – à la trace a été évoquée, suscitant de nombreuses réactions, notamment quant au respect des données privées.

- Publié le 26-04-2020 à 19h46
- Mis à jour le 28-04-2020 à 20h45

Le dispositif n'a pas encore été mis en place mais il fait déjà couler beaucoup d'encre : le tracing (ou tracking), une des mesures annoncées par le Conseil national de sécurité (CNS) en vue de lutter contre la propagation du coronavirus.
L'idée de suivre le virus – ou plutôt les personnes infectées – à la trace a été évoquée, suscitant de nombreuses réactions, notamment quant au respect des données privées. Mais ce qui a été annoncé par le CNS le 24 avril prendra une tout autre ampleur, puisqu'il s'agit du dispositif qui est déjà d'application pour le suivi des maladies infectieuses. Il a d'ailleurs déjà été adopté au début de l'épidémie, à une échelle plus restreinte. L'objectif est, aujourd'hui, d'harmoniser la mesure entre les quatre entités concernées : la Flandre, la Wallonie, la Commission communautaire (Cocom) pour la Région bruxelloise, et la communauté germanophone.
9 à 15 millions d'euros pour Bruxelles
"Il y avait déjà eu un travail réalisé au sein des task force fédérales. Mais depuis mi-avril, les entités fédérées et le Risk Management Group (RMG) se sont mis d'accord pour élaborer une stratégie commune", explique le ministre bruxellois de la santé, Alain Maron (Ecolo). "Des décisions gouvernementales ont été prises et pour Bruxelles, un budget a été alloué en estimant que le tracing devrait coûter entre 9 et 15 millions d'euros. Un coût qui prend en compte le personnel nécessaire, le matériel ou encore le coût de communication au cœur du tracing". Et pour permettre cette opération, un call center doit être mis en place. "On ne sait pas encore s'il y aura un call center national et cofinancé par les Régions ou si chaque entité aura son call center. L'agenda non plus n'est pas encore établi", poursuit Alain Maron. Mais le reste du "projet" tracing est désormais plus clair.
Tracing et dépistage feront la paire
Toute personne symptomatique ou qui présente des symptômes après avoir été en contact avec une personne malade doit contacter son médecin. Le praticien décidera si un dépistage doit être prescrit. Lorsqu'un test est réalisé, les résultats sont transmis aux laboratoires et les données atterrissent dans la banque de données spécifique et sécurisée au niveau fédéral. Cette banque de données sera accessible pour le call center. Si une personne est positive au virus, elle sera contactée par un agent du call center qui va ensuite essayer d'établir la liste de toutes les personnes avec qui le malade a été en contact les 14 jours précédents. Toutes les personnes identifiées comme ayant été en contact avec une personne malade seront contactées par le futur call center.
Le tracing est donc intimement lié au dépistage (testing). "Le call center préviendra les individus pour leur dire qu'ils ont été en contact avec une personne infectée sachant que l'identité du malade ne sera pas donnée. L'idée, c'est de faire un rappel des recommandations et des mesures de précaution, tout en demandant d'être attentif à d'éventuels symptômes. S'il y a le moindre symptôme, cette personne devra contacter son médecin pour pouvoir se faire, elle aussi, dépister. Et ainsi de suite", détaille Alain Maron qui précise que l'objectif, avec la montée en puissance des dépistages et du test, est que ces personnes puissent toutes être testées.
"Légalement, tout est clair"
Quid des données collectées et de la légalité d'une telle mesure ? Alain Maron se veut rassurant. "Il n'y a pas tellement d'aspect légal, puisque ce qui sera mis en place existe en fait déjà pour, par exemple, le suivi d'un patient atteint de la tuberculose. Les informations sont gérées par Sciensano via la banque de données fédérale E-Health. Donc soyons clairs, ce n'est pas géré par un opérateur privé via une application téléphonique, mais sur la base du système mis en place avec un call center et des données sécurisées par Sciensano. Légalement, tout est clair".
Pourtant l'idée d'une application avait été évoquée. Un scénario qui n'a pas été abandonné par le fédéral, explique Alain Maron. "Il faudra voir comment les deux pourraient s'articuler, mais si une appli doit être lancée, elle ne viendra de toute façon pas remplacer le système des call centers qui restera au cœur du tracing". Le ministre bruxellois de la Santé veut, enfin, rappeler que le numérique pourrait jouer un rôle important dans la lutte contre le virus, d'autant que le data est déjà utilisé, pour les questions statistiques par exemple. "Voyons les choses positivement : les données anonymes collectées via les opérateurs téléphoniques nous permettent de savoir si le confinement est respecté. Le data permet donc déjà de lutter contre la propagation de l'épidémie. Le tracing avait par ailleurs été mis en place, à une échelle beaucoup plus réduite, au début de la crise. L'objectif aujourd'hui, c'est d'organiser cela de manière interfédérale, dans le respect des règles et pour le bien de tous".