Médecins sans Frontières est en mission exploratoire à Verviers: "Les gens ne voudront pas quitter leur maison pour aller dans un camp"
Dix mille Verviétois n'ont plus de maison ou sont sans logement habitable. Dépassée par l'ampleur de la tâche, la bourgmestre Muriel Targnion a fait appel à l'organisation humanitaire.

- Publié le 22-07-2021 à 13h58
- Mis à jour le 23-07-2021 à 09h47

Jeudi, une semaine après les inondations qui ont ravagé Verviers, la bourgmestre Muriel Targnion a fait appel à Medecins sans frontières. En désespoir de cause. "J'arrive à gérer beaucoup de choses mais il reste un problème: 5112 maisons ont eu de l'eau jusqu'au premier étage. Au mieux, les gens ont perdu leur cuisine et leur séjour. Au pire, leurs sanitaires, leur salle de bains...". Près d'un Verviétois sur cinq n'a plus de maison ou de logement habitable.
Dans un quartier de la ville, les habitants, plus autonomes, ont pu se tourner vers des amis ou trouver une maison à louer ou à prêter. "Mais dans un autre, les gens sont restés chez eux parce que tous leurs proches sont à proximité. Plusieurs milliers de personnes vivent ainsi dans leurs chambres, où l'eau n'est pas montée. Ils ont des vêtements mais ils ne peuvent plus préparer de repas, ni se laver chez eux. Ils bénéficient heureusement de l'aide alimentaire. Des semi-remorques avec de l'eau ont été installés, ce qui leur permet de prendre une douche. Mais il y a des problèmes d'hygiène: il y a des rats, des hydrocarbures".
Ce n'est pas tenable
L'urgence risque de durer. Resa, le gestionnaire de distribution d'énergie a déjà annoncé que le réseau ne serait pas rétabli avant l'hiver. Plusieurs mois sans gaz, sans électricité, sans moyen de se chauffer, de se laver, ce n'est pas tenable.
Mais où reloger les gens? La ville de Verviers essaie de trouver des containers; elle a contacté une série d'entreprises et en a commandé 10, mais il y a un délai de livraison de 8 semaines et le coût est de 40.000 euros l'unité.
La bourgmestre est en train de réquisitionner les maisons du camp militaire d'Elsenborn pour la centaine de famille dont la maison menace de s'effondrer ou s'est déjà écroulée. Cela ne suffira pas. "Je devrais prendre 2 à 3000 arrêtés d'inhabitabilité pour insalubrité, mais c'est impossible sans solution de relogement".
Raison pour laquelle elle s'est tournée vers Médecins sans frontières. Si les coups de mains des bénévoles et l'aide alimentaire qui se sont mis en place sont inestimables, ils ne seront pas éternels. "Ca ne tiendra probablement pas plus longtemps que l'été".
Sur place depuis 13h, des équipes de MSF, habituées à évoluer sur des zones de catastrophe à l'étranger, sont en mission exploratoire: elles analysent la situation dans la Cité de la laine qui est aussi, cruelle ironie, la capitale wallonne de l'eau. "Médecins sans frontières aura peut-être des idées et des moyens", espère Muriel Targnion. Mais il ne s'agit pas de monter un grand camp, comme on en voit dans les interventions d'urgence à l'étranger. "Les gens ne voudront pas quitter leur maison pour aller dans un camp".