"Cette catastrophe n'aurait pas pu tomber à un pire moment"
"Nous sommes prêts". Le défi s'annonce colossal dans les prochaines semaines et mois pour le secteur de la construction en Belgique face aux inondations qui ont ravagé notre pays.

- Publié le 23-07-2021 à 06h35
- Mis à jour le 23-07-2021 à 09h47

"Cela fait 33 ans que je travaille pour le secteur et on a eu des catastrophes naturelles, mais jamais de cette ampleur, explique Véronique Vanderbruggen, porte-parole de la Confédération Construction. La situation est totalement inédite, car il y a des dégâts vraiment partout. Tout est touché : les réseaux gazier et d'électricité, les logements, les écoles, les voies navigables, les voies ferroviaires,… Cela aurait pu arriver à tout le monde et c'est ce qui explique cet incroyable élan de solidarité que nous constatons ces derniers jours".
La reconstruction s'annonce longue et coûteuse, mais par où commencer ? "Il faut donner la priorité aux projets les plus urgents : certains bâtiments ne sont pas stables et devront peut-être être détruits, poursuit Véronique Vanderbruggen. Mais pour le moment, l'heure est surtout au déblaiement et cela risque de durer encore longtemps. Il faudra encore des semaines rien que pour enlever les déchets. Puis, il faudra faire l'inventaire des dégâts et parer aux constructions les plus urgentes, comme celle du relogement des habitants ou des écoles".
De la patience pour beaucoup de sinistrés
Il faudra sans doute être patient pour beaucoup de sinistrés. Malgré ses 165 000 salariés et 50 000 indépendants, le secteur de la construction ne pourra pas faire des miracles en Belgique. "Nous sommes en plein congé du bâtiment, même si des travailleurs sont revenus de vacances pour pouvoir aider. On fera le maximum. Ceci dit, la demande d'aide doit être faite par le maître d'ouvrage, soit les gouvernements, soit la région, la province, les CPAS, voire les pompiers... Avant cela, on ne peut rien faire. Il faut quelqu'un qui nous donne des instructions par rapport aux travaux à exécuter". Ce qui pourrait encore prendre plusieurs semaines. "Ensuite, les entreprises mettront leurs équipes sur ces chantiers jugés prioritaires, développe la porte-parole. Tout le monde doit aller dans le même sens. Je suppose que les communes vont délivrer des permis d'urbanisme plus rapidement pour permettre de parer aux urgences".
Une pénurie de matériaux
Une autre pénurie menace les chantiers : celle de matériaux de construction. "La crise du Covid a créé de sérieux problèmes d'approvisionnement au niveau mondial pour certaines matières premières, comme l'acier, le bois, le cuivre ou le pétrole. Or beaucoup de matériaux de construction sont des dérivés de ces matières premières. Depuis des semaines, voire des mois, il y a donc une forte augmentation des prix et une pénurie énorme de matériaux tels que les panneaux OSB (NDLR : constitué de différentes couches de lamelles de bois), les produits d'isolation ou les panneaux solaires". D'après Madame Vanderbruggen, "cette catastrophe n'aurait pas pu tomber à un pire moment". "Hélas, on ne peut pas résoudre ces problèmes car nous dépendons des marchés internationaux. Mais là aussi, je suppose que les négociants vont donner priorité à la livraison de matériaux aux endroits où c'est le plus nécessaire".
Notons enfin que certaines entreprises de construction ont également été ravagées, elles-mêmes, par les terribles inondations de la semaine dernière. "Les travailleurs sont aussi souvent des riverains qui ont parfois été sinistrés".
Le défi s'annonce donc de taille pour les entrepreneurs et les ouvriers dans les prochains mois. "Mais cela ne doit pas nous empêcher de rester positifs, insiste notre interlocutrice. Il y a une volonté et un savoir-faire au sud et nord du pays qui vont nous permettre de répondre à toutes ces demandes".