Geen commentaar: en Flandre, une distance raccourcie pour éviter que la course de la mort ne porte trop bien son nom
Une chronique signée Vincent Rocour.

- Publié le 13-08-2022 à 09h18
- Mis à jour le 16-09-2022 à 23h02

En Flandre, c'est un monument du sport amateur. La Dodentocht (La "marche de la mort") prend son départ à Bornem, en province d'Anvers, chaque année depuis 1970 tous les deuxièmes vendredis du mois d'août. Elle n'est pas un concours. Il n'y a pas de classement. On n'adule pas un vainqueur. Le marcheur s'y inscrit d'abord pour être confronté à ses propres limites. Car l'épreuve met le corps à rude épreuve. L'objectif est de parcourir 100 kilomètres en moins de 24 heures. Le départ est donné le vendredi à 21 heures. Et l'enregistrement des arrivées s'arrête le lendemain à la même heure. Le délai est serré. Et le parcours, vallonné.
Les abandons sont toujours très nombreux. En 2019, près de 75 % des participants avaient rallié la ligne d'arrivée dans les délais. Mais c'était une année exceptionnelle. Jusque-là, les taux d'abandon ont dépassé le plus souvent les 30 %, parfois assez nettement.
Le plus populaire
L'exigence requise pour terminer le parcours dans les délais en fait aussi son succès. En 1970, le club de marcheurs local à l'origine de l'épreuve était tout content d'avoir pu convaincre 65 personnes de s'embarquer sur le parcours. Mais le rang des randonneurs n'a cessé de grossir au fil des ans. Des participants ont commencé à venir de l'étranger, singulièrement des Pays-Bas et d'Allemagne. En 1987, avec 4 518 marcheurs, la Dodentocht de Bornem devenait la plus importante marche de 100 kilomètres d'Europe. En 2017, les organisateurs ont dû se résoudre à limiter le nombre de participants à 13 000. C'est que l'épreuve représente un défi logistique colossal pour une équipe composée pour l'essentiel de bénévoles.
Comme la plupart des événements sportifs, la "marche des morts" avait été annulée durant les années Covid. C'est donc avec un bel enthousiasme que les marcheurs s'étaient inscrits pour l'édition 2022. Et c'est sans doute avec la même ferveur qu'ils se sont préparés pour arriver en forme au départ de la marche, ce vendredi 12 août.
Las. Trois jours à peine avant le départ, les organisateurs ont été obligés de raboter le parcours de la Dodentocht d'un bon tiers pour ne plus que faire 65 kilomètres - au lieu des 100 kilomètres parcourus chaque année depuis 1970 sans discontinuer jusqu'en 2019. En cause, cette fois, la canicule annoncée pour la fin de semaine et ce week-end.
Le Service public fédéral Santé public a estimé qu'il serait irresponsable de laisser des marcheurs, épuisés par l'effort physique et le manque de sommeil, terminer leur parcours sous le soleil, à son apogée, d'une des journées les plus chaudes de l'année. En concertation avec les organisateurs de l'événement, il a été décidé de faire cesser la marche le samedi aux alentours de 13 heures - ce qui, de facto, revenait à amputer le parcours d'un tiers de la distance.
Infantilisation
La décision de raccourcir l'épreuve a cependant donné lieu à une introspection collective en Flandre. Certains ont relevé que la Dodentocht avait déjà connu de fortes chaleurs, en 2003 singulièrement, et que, même alors, son parcours avait été maintenu dans son intégralité. Et d'affirmer, en le regrettant, que les autorités ont de plus en plus la fâcheuse tendance à traiter les citoyens comme des enfants. "Les gens ne sont-ils pas à même de juger par eux-mêmes s'ils ont atteint leur limite physique ?", peut-on lire dans les commentaires laisser sur le compte Facebook de la Dodentocht. Le député fédéral Dries Van Langenhove (Vlaams Belang) qui ne rate jamais aucune occasion pour se faire remarquer a profité de l'occasion pour fustiger "une société de poules mouillées".
Question complexe. À laquelle Marcel Van Der Auwera, responsable de l'aide urgente au SPF Santé public, a tenté de répondre dans les journaux du groupe Mediahuis. "Avant, on nageait dans tous les cours d'eau. Mais nous avons découvert qu'il y a parfois des algues nuisibles ou des produits chimiques qui peuvent rendre la baignade dangereuse. Alors, on prend des mesures d'interdiction dans certains cas. Imaginons que la chaleur oblige les services d'urgence à intervenir à de nombreuses reprises, cela signifie que d'autres personnes dans la région risquent d'attendre plus longtemps une ambulance en cas de besoin."
En cela, la Flandre est une société moderne. Une société qui chérit la liberté individuelle, mais ne supporte pas les risques que cette liberté fait peser sur le bien-être de ses membres.
