Voyage au coeur de la peinture, autour de Raveel
Le musée Raveel rend hommage aux meilleures années du peintre entouré d'oeuvres de 22 artistes importants.

- Publié le 29-03-2021 à 07h57

L'exposition au musée de Machelen-sur-Lys autour de Roger Raveel, avec de nombreux peintres qui l'ont influencé, est plus qu'un simple complément à la rétrospective Raveel à Bozar et au beau livre-catalogue édité à cette occasion par le Fonds Mercator. Le musée Raveel propose une vraie et inspirante expérience de la peinture, avec un titre tiré du philosophe Merleau-Ponty: « Voir, penser, peindre ».
Mélanie Deboutte qui dirige le musée, devait imaginer un hommage à Raveel pour les cent ans de sa naissance, tout en prêtant à Bozar 61 oeuvres majeures de ses collections. Ce fut sans doute une chance, l'autorisant à élargir notre regard sur le peintre de Machelen et à se concentrer sur ses seules meilleures années, les plus créatives, de 1948 à 1968.
L'exposition confronte Raveel aux oeuvres de 22 peintres belges et internationaux. Le résultat est un vrai plaisir, aussi par la grâce de l'architecture du musée lui-même due à Stéphane Beel et par le charme champêtre d'un village endormi sur les berges de la Lys, si belle.
L'enjeu était aussi d'expliquer ce paradoxe d'un artiste qui fut si innovant ces années-là, tout en ne bougeant pas de son village devenu pour lui « l'étranger » disait l'écrivain Roland Jooris, premier conservateur du musée Raveel. L'expo veut sortir résolument Raveel d'un point de vue localiste, pour le placer dans la large histoire de la peinture d'après-guerre.

Raoul De Keyser
Même s'il n'a jamais déménagé et a observé la modernité à travers son arrivée dans les campagnes, et même s'il a très peu voyagé, Raveel connaissait les révolutions de l'Art moderne. Il admirait Mondrian, Fernand Léger, Matisse, autant que Rubens et Giotto. Il avait été subjugué par la grande expo Van Gogh au Palais des Beaux-Arts en 1946. Enfant, souvent malade, il avait vu les expressionnistes de Laethem accrochés chez les médecins où il allait. Son ami Hugo Claus l'avait introduit à Cobra et Asger Jorn lui acheta même un dessin.
Ces liens esthétiques ont permis de construire cette exposition-voyage dans la peinture, qui jette des ponts et suggère des rapprochements possibles.
Chaque salle a un thème. La première est consacrée aux intérieurs avec les tables de Raveel de 1950 à côté d'un Spilliaert avec une fillette pauvre dans un grenier d'Ostende et d'un splendide Jean Brusselmans montrant la radicalité de ce peintre qui en gommant la perspective, composait avec une précision mathématique, comme un jeu d'échecs où il placerait ses pions picturaux, pour le plaisir de la composition et des couleurs, pour la passion de la peinture pure.
L'expo montre le talent de Raveel comme dessinateur. Il y côtoie des dessins de Matisse et Léger dont il appréciait l'usage des lignes et contours.
Côté campagne bruegelienne, l'expo montre la « tronche » stupéfiante d'un paysan par Gustave Van de Woestyne. A l'opposé, Raoul De Keyser est bien sûr présent avec qui il travailla aux fresques des couloirs et caves du château de Beervelde mais leurs chemins divergèrent rapidement. Ne manquez pas le Signal (1968) de De Keyser, comme il ne faut pas rater un si différent Karel Appel.

Salle abstraite
Dans cette balade picturale, on admire un très beau petit Ensor, quasi abstrait, des tout débuts (1880). Raveel rencontra Ensor, alors octogénaire, à Ostende et dut insister pour qu'on le laisse voir le maître.
On découvre un Van Gogh de 1885, juste avant le grand Van Gogh, aussi bien que des peintures de ses professeurs d'académie (Hubert Malfait, Jos Verdegem). On y trouve même des oeuvres minimalistes de Dan Van Severen et Marthe Wéry, un rappel d'expositions avec eux au musée Raveel et odes à nouveau à la peinture.
Le parcours se clôture par une très belle salle avec des grands tableaux abstraits du Raveel des années 60, dont un étonnant hommage à Rubens. On sait que le peintre refusait d'être traité d'abstrait et disait au contraire que ses peintures-là étaient le fruit d'une immersion très concrète dans la nature. Mais on y trouve un élan, une spiritualité qui rapprochent brusquement Raveel de Kirkeby ou de de Kooning.
« Voir, penser, peindre », au Raveel Museum, Machelen-aan-de-Leie, jusqu'au 18 juillet, fermé les lundi et mardi