Toutes peurs confondues
La tentation est parfois grande de délimiter son espace pour ne pas se sentir envahi par l'autre, mais il est parfois difficile de garder la ligne blanche.
- Publié le 14-09-2007 à 00h00
La tentation est parfois grande de délimiter son espace pour ne pas se sentir envahi par l'autre, mais il est parfois difficile de garder la ligne blanche. "Ici, c'est chez moi", écrit en effet un petit garçon en traçant une ligne à la craie. Il voit alors arriver un escargot qui franchit le Rubicon, lentement mais sûrement. Sans se décourager, le petit garçon redessine ses frontières intérieures. Le printemps arrivant, une branche d'arbre transgresse également l'interdit, suivie d'un nuage, d'un lapin, de tous les imprévus qui donnent sel à la vie comme finira par le comprendre notre enfant solitaire. Minimaliste, l'album de Jérôme Ruillier, qui use des collages avec délicatesse, dénonce avec simplicité et efficacité les dangers du repli sur soi.
BEEETES !
Apprendre à vivre ensemble, tel est aussi l'un des messages lancés par Christian Voltz dans son nouvel album, publié dans le cadre de l'exposition "Bêtes et Hommes" présentée à la Grande Halle par le Parc de la Villette, à Paris. Fable tendre et drôle sur les rapports entre humains et animaux, "Bêêêtes" s'ouvre comme un magnifique dimanche d'automne à la campagne. Un chasseur dort paisiblement, tout comme son chien, tandis que le mouton broute tranquillement l'herbe brûlée par l'été. Le climat change brutalement lorsque le chasseur ouvre un oeil, et le mauvais, pour crier sur le vautour, le loup, le corbeau, la taupe ou une saleté d'insecte. Fatigué par tout ce ramdam, le chien se met à parler pour annoncer son départ pendant que le chasseur continue à aboyer. Au lecteur de choisir le plus "bêêête" des deux. Un album toujours aussi personnel et intelligent de Christian Votz, un des plus grands artistes en littérature jeunesse dont le premier opus, "Toujours rien ?", déjà paru aux éditions du Rouergue, reste très demandé. On retrouve avec plaisir le bric-à-brac de l'illustrateur qui dote son mouton de boutons dépareillés en guise d'yeux, qui crée un visage d'oiseau à l'aide d'une paire de ciseaux, qui donne une allure de laine à la corde, et qui peaufine l'ensemble à coups de ficelles et de fils de fer. Un univers bien à lui dont on ne se lasse décidément pas.
PETITE SOURIS
Dans la famille des souris, c'est la maman qui craint pour le plus petit de ses dix enfants, Colin. Il était très petit, même pour une souris. Dès lors, sa mère, qui ne se faisait pas trop de soucis pour les frères et soeurs capables de se débrouiller, était toujours inquiète pour le cadet de la famille. Courir, sortit, grimper, sauter: tout lui était interdit. L'hiver arrivant, sa mère décida même de l'élever dans le coton, au sens propre du terme.
La vie devint alors vraiment dangereuse pour la petite souris que tout le monde prit pour ce qu'elle n'était pas : boule de glace, meringue ou autre. Et quand on a surmonté tant de dangers, on peut enfin affronter la vie, puisqu'on sait que rien ne risque vraiment d'arriver. Un autre très beau livre sur les peurs, tendre et traditionnel, dans la pure tradition anglaise et illustré par Tony Ross dans un registre beaucoup plus doux que celui de l'horrible, mais irrésistible, petite princesse qui nous revient, elle aussi avec "Je veux de la lumière", un album nerveux et croustillant dans lequel la célèbre et capricieuse héritière a peur des fantômes. Et les princesses, qui effrayent-elles ?
Lecture de Laurence Bertels: Colin Coton
Bêêêtes. Christian Voltz, Ed. du Rouergue, 40pp, env. 12€. Dès 4 ans Petite souris. Emily Gravett, Kaléidoscope, 26pp., env. 15€. Dès 4 ans. Colin Coton. Jeanne Willis et Tony Ross. Seuil jeunesse, 32pp., env. 14€. Dès 5 ans.
