Le bal masqué de Plantu
On n'est pas impunément caricaturiste vedette à la une du "Monde". À Pékin, Moscou, Jérusalem ou Washington, en faisant étape à Bagdad, Kaboul, Khartoum ou Libreville, on peut ne point entendre un traître mot de français et très bien saisir la portée presque quotidienne du regard de Plantu.
- Publié le 29-12-2009 à 12h10
- Mis à jour le 29-12-2009 à 12h57

On n'est pas impunément caricaturiste vedette à la une du "Monde". À Pékin, Moscou, Jérusalem ou Washington, en faisant étape à Bagdad, Kaboul, Khartoum ou Libreville, on peut ne point entendre un traître mot de français et très bien saisir la portée presque quotidienne du regard de Plantu. Il lui en cuit quelquefois. Comme si l'humour était une des choses les moins bien partagées de l'univers.
La gravité souriante de Jean Plantu (1951) ne fait pas rire tous les jours dans les chancelleries. L'homme aux mains nues, armé d'un menu crayon, qui prétend ainsi rivaliser avec les tanks, les canons, les missiles et les lance-roquettes, et toute la panoplie de la bêtise en général, a "capitalisé" les inimitiés au fil des trois ou quatre dernières décennies.
Plantu, sous ses airs trop polis, est devenu sans doute l'un des journalistes les plus ciblés de la planète. À telle enseigne que le site encyclopédique Wikipédia dressait ainsi dernièrement son épitaphe : "Le dessinateur Jean Plantureux, dit Plantu, est mort d'une crise cardiaque le 30 mars 2009." Moyennant quoi, il aura fait l'expérience, en quelques heures, de la mort et de la résurrection.
Des menaces de mort en tout cas, il en a collectionné quelques-unes au cours de cette dernière année. Venues de tous les horizons, elles émanent même quelquefois des cercles catholiques les plus raides, lorsqu'il a le front de s'en prendre à un dignitaire de l'Église en proie soudain aux démons du révisionnisme et auquel il fait dire, en marge de son déni de la Shoah, que le sida n'existe pas.
Les milieux islamistes ne sont guère plus tendres quand, cette fois, il dépeint sans ambages la femme musulmane incarcérée dans sa burqa. Du vêtement grillagé de la femme taliban, Plantu a fait l'objet symbolique, par antiphrase, de la liberté d'expression. Une liberté trop souvent bâillonnée qui lui a inspiré cette année le thème des masques, que Michael Jackson avait coutume de porter bien avant la menace apocalyptique de la grippe A.
Mais à tout seigneur, tout honneur. Nicolas Sarkozy, comme de juste, attire bon nombre de fléchettes empoisonnées. Or, si on sait que l'hyper-président de la rupture et de l'ouverture goûtait beaucoup naguère la représentation d'Édouard Balladur en chaise à porteurs, la bienveillante imagination de Plantu a le don de l'agacer sérieusement. C'est peut-être pourquoi le cartooniste du "Monde" lui consacre même un "best of" en couverture duquel le mari de Carla B. apparaît en tenue de Zorro.
© La Libre Belgique 2009
Bas les masques ! Plantu Seuil 190 pp., env. 17 € Sarko. Le best of Plantu Points Seuil 155 pp., env. 6 €
