Belgium's Got Talent: À quoi rime tout ce cirque?
Dimanche, RTL-TVI lançait en grandes pompes la deuxième saison de Belgium's Got Talent. L'émission n'a été qu'un safari social dégradant et détestable. Un commentaire d'Aurélie Moreau.
- Publié le 24-09-2013 à 13h55
- Mis à jour le 27-09-2013 à 22h05

Un commentaire d'Aurélie Moreau.
Vous jonglez avec des frites ? Vous astiquez vos narines avec votre langue ? Vous réalisez une reproduction haletante – et particulièrement réaliste – du combat "Dark Vador vs Luke Skywalker" avec deux bâtons de Mikado ? Ou encore, avez-vous doublé Franck Dubosc dans "Disco" mais vous étiez trop brillant pour demeurer figurant ? Alors, vous êtes de taille pour affronter le jury de Belgium's Got Talent.
Dimanche, RTL-TVI inaugurait la seconde saison du format international, "de la vraie télé, comme on aime", se félicitait la twittosphère, qui s'est évidemment régalée. Les "OMG", "Lol", "MDR" et autres abréviations de consternation ont envahi le hashtag #BeGotTalent. Parmi les 3 500 gazouillis échangés, certains ont même suggéré à RTL "de demander de l'aide à la RTBF" ! C'est dire…
On était à peu près sûrs, en effet, d'avoir des surprises – des bonnes mais surtout des mauvaises. On a finalement assisté à un safari social dégradant d'autant plus détestable si l'on en croit le vœu de la production, désireuse de "mettre en avant ce que la Belgique a de plus exceptionnel".
Justement, parlons-en des "talents". Sur la scène du Théâtre National, un militaire de 52 ans a tenté de se surpasser – en vain – sur "La tactique du gendarme" de Bourvil. Deux jeunes apprentis – charmants et pleins de bonnes intentions – ont quant à eux livré un spectacle digne d'un élève de troisième primaire. Sans oublier Tony Pinball Jackson, un "freestyler" du funk – "un champion", "une tête de vainqueur", se moquait-on cruellement sur le Web – en survêt' Adidas et qui veut "saucer le bazar".
On a toutefois découvert une discipline que même Google ignore. L'accessoire – mais ô combien agréable pour les yeux – Street ringz, qui n'est autre que la pratique urbaine des anneaux (gymnastique artistique). Plus répandu, le "Melbourne Shuffle" (une "river dance" sous ecstasy importée d'Australie) a été dignement incarné par trois ados qui reconnaissent porter des pantalons "spécials" (sic).
Lieu de légitimation, de reconnaissance et de consécration suprêmes où la caméra supplée l'anonymat, le plateau télé de "Belgium's Got Talent" nous réconciliera-t-il enfin avec notre amour-propre ? A l'image de ces prometteuses chanteuses, ce ventriloque ou encore ces danseuses et danseurs qui ont malgré tout émergé ?
Face à leur téléviseur, ils ne furent que 405 600 adeptes (23,8 % de PDM) à assister au spectacle. On est loin des 502 900 curieux (30,1 %) de la première émission l'an dernier. Il faut dire que mamy Lescaut déposait définitivement son Colt sur La une, après 21 années de tyrannie exercée sur les grilles télé : 527 300 fans (25 % de PDM) ont préféré lui dire adieu.
Pour finir, on détournera volontiers l'une des répliques piquantes et pleines de sagesse de l'un des jurés, Maureen Dor : " Vous voulez des défis artistiques ?" Zappez, sortez et explorez le vaste monde qui s'étend au-delà des premières chaînes du téléviseur !
