Ixelles, championne du précompte immobilier : comment en est-elle arrivée là ?
Nombre de propriétaires à Ixelles s'étonnent du montant de leur précompte immobilier. La faute aux centimes additionnels et à l'indexation, mais surtout aux revenus cadastraux.

- Publié le 02-02-2026 à 10h29
- Mis à jour le 02-02-2026 à 13h57

Quelque 5 375 euros de précompte immobilier (PRI) pour un appartement trois chambres construit fin des années 60 entre Roosevelt et le Solbosh. "Quasiment le double du précompte d'une maison cinq chambres à Lasne payé par un de mes amis", détaille son propriétaire. Plus de 2 300 euros de PRI pour un appartement une chambre dans le quartier Flagey, datant du début des années 90. "Si l'appartement devait être loué, cela représenterait un peu plus de deux mois de loyers", ajoute son propriétaire. "On m'a quelques fois interpellée sur le précompte immobilier, reconnaît Nathalie Gilson, échevine des Finances d'Ixelles. Des retraités, notamment, qui pensaient être à l'abri et qui sont surpris du montant et de l'augmentation année après année."
Une hausse dont la commune est certainement responsable, elle qui a augmenté ses centimes additionnels par deux fois en moins de cinq ans. En 2020, ils sont passés de 2 760 à 2 950 avant d'être portés à 3 450 en 2023. "Le MR et les Engagés avaient voté contre ces hausses", rappelle l'échevine.
En y ajoutant les centimes de l'agglomération et la part de la Région, le PRI global représente, depuis 2023, 56,7375 % du revenu cadastral indexé.
Si le PRI est élevé à Ixelles, c'est avant tout la faute aux… fonctionnaires qui, en 1975, ont établi les revenus cadastraux.
C'est ici qu'intervient la deuxième raison des lourds précomptes immobiliers ixellois, quand bien même vaut-elle pour tous les RC de Belgique : leur indexation. Alors que celle-ci a été pendant des années quasiment symbolique, affichant une hausse entre 1 et 2 %, elle s'est inscrite à + 9,59 % en 2023 et encore + 4,05 % en 2024 ! Énorme ! En 2025, le coefficient d'indexation s'élevait à 2,2446. Pour un RC qui serait, par exemple, de 2 000 euros, la base imposable – c'est-à-dire la base sur laquelle est calculé l'impôt – est donc passée, l'an dernier, à presque 4 500 euros.
Une commune déjà prisée en 1975
Toutefois, si le PRI est élevé à Ixelles, c'est avant tout la faute aux… fonctionnaires qui, en 1975, ont établi les revenus cadastraux. "Faute" est un bien grand mot, car ils ont agi de bonne foi, en se basant sur les revenus réels de l'époque. Et à cette époque, justement, Ixelles était bien mieux cotée que Schaerbeek ou Saint-Josse, qui sont les communes bruxelloises les plus voraces avec respectivement 4 191 et 4 090 centimes additionnels au PRI. "C'est historique, convient Jérôme Otte, notaire à Ixelles. Les RC sont élevés car il y avait, à l'époque, peu de bien d'entrée de gamme à Ixelles. Ils étaient déjà plus volumineux, voire déjà divisés, plus cossus, mieux équipés. Et les quartiers – Étangs, Tenbosh, Molière… – étaient très prisés, par les familles, les jeunes, les investisseurs, les locataires… Et, je dirais même, par comparaison avec d'autres communes, plus encore en 1975 qu'aujourd'hui." Schaerbeek, qui présente un parc immobilier relativement similaire à celui d'Ixelles, n'a ainsi suscité de l'intérêt – et donc des revenus locatifs conséquents – qu'à partir des années 1990 et 2000 et bénéficie donc de RC plus faibles. "Or, les RC n'ont pas été réévalués, simplement indexés…"
Est-ce définitif ? Oui, sauf exception, pour les biens anciens. Mais peut-être pas pour les appartements neufs. "Mon sentiment est que les RC des appartements neufs sont peut-être moins élevés à Ixelles qu'à Auderghem, conclut Me Otte. Mais peut-être parce qu'ils sont moins haut de gamme… Et qu'en matière de RC, c'est le bâti qui compte plus que la localisation ou le prix de vente."