"L'inflation est devenue un danger clair pour de nombreux pays" : l'onde de choc inflationniste fait plier la croissance mondiale
Le FMI a drastiquement revu à la baisse ses prévisions de croissance mondiale. La faute à l'inflation galopante et à l'invasion en Ukraine, évidemment. L'économie belge n'échappe pas à ce mouvement de repli généralisé. Pour le FMI, la croissance belge devrait être quasi nulle sur les trois trimestres restants de l'année.

- Publié le 19-04-2022 à 20h12
- Mis à jour le 19-04-2022 à 20h18

"L'inflation est devenue un danger clair pour de nombreux pays. Même avant la guerre, elle avait bondi en raison de la flambée des prix de produits de base et de déséquilibres entre l'offre et la demande. Nous prévoyons maintenant que l'inflation restera élevée pendant encore longtemps."
Ces trois phrases tirées de la synthèse des nouvelles projections économiques du Fonds monétaire international (FMI) ont secoué les marchés, mardi. Un taux d'inflation de près de 8,5 % en moyenne annuelle aux États-Unis en 2022, de plus de 6 % en zone euro (avec un pic de 12 %), il faut remonter au début des années 1980 pour retrouver trace de pareil choc.
Hausse des rendements obligataires
Dans la foulée, et cela ne surprendra personne, les taux d'intérêt à long terme ont repris de la hauteur. Le taux à 10 ans (OLO) belge grimpait ainsi de 0,15 point, à 1,41 %. Il faut remonter à 2014 pour retrouver un tel niveau, la politique monétaire très accommodante de la Banque centrale européenne (BCE) ayant poussé les taux d'intérêt à des niveaux plancher ces dernières années. À titre de comparaison, le taux à 10 ans allemand pointe désormais à 0,8 %, tandis que les taux des pays du Sud oscillent entre 1,3 et 2 % (Espagne, Grèce, Portugal).
"La hausse de l'inflation est importante mais ne me surprend pas vraiment", lance William De Vijlder, économiste en chef de BNP Paribas. "Le prix du baril de pétrole s'installe au-dessus des 100 dollars, ce qui, combiné à la hausse des autres prix de l'énergie, provoque cette nouvelle poussée inflationniste. Mais il y a aussi le glissement de l'euro qui y contribue, ainsi que les problèmes connus de pénuries et de hausses d'autres matières premières. Le problème pour la zone euro, en particulier, c'est que ces tensions inflationnistes sont alimentées par la hausse des prix importés, ce qui veut dire que la marge de manœuvre de la BCE est assez étroite", poursuit l'économiste.
La déflation, le thème de la fin 2022 ?
Pas de panique cependant : le FMI prévoit un retour de l'inflation aux alentours de 2 % à la mi-2023. "Je suis d'ailleurs persuadé que la fin de l'année 2022 sera consacrée à la thématique de la déflation. D'autant plus que de récentes statistiques de la BCE montraient qu'il n'y avait pas en zone euro de spirale 'prix-salaire', la hausse des salaires restant contenue à 2 %. On voit poindre des révisions à 3 %, mais cela reste limité. Avec le ralentissement attendu de la croissance économique, et les pressions sur le pouvoir d'achat, les entreprises vont avoir de moins en moins de pouvoirs de fixation des prix, alors qu'actuellement, il y a une forme d'effet d'entraînement entre elles pour relever les prix alors que la conjoncture reste encore correcte. Il ne faut pas oublier que la croissance économique en zone euro était attendue fin décembre aux environs de 2 %. Une perspective de 2,8 % reste donc appréciable malgré tout, même si la tendance est baissière", poursuit William De Vijlder. En résumé, que ce soit aux États-Unis ou en Europe, les tensions inflationnistes seront plus fortes et plus durables, mais ne devraient pas persister au-delà de 2023.
Troubles sociaux en vue
La hausse des taux d'intérêt qui en découle "pourrait conduire à une correction désordonnée" des marchés financiers, y compris au niveau de l'immobilier, craint le FMI. "À cela s'ajoute le fait que l'augmentation des prix des denrées alimentaires et du carburant pourrait déclencher des troubles sociaux dans les pays les plus pauvres", poursuit l'institution, ajoutant que "les marges de manœuvre budgétaires des pays émergents et importateurs de pétrole sont déjà réduites".
Pour le reste, les projections économiques mondiales pâtissent aussi de l'invasion de l'Ukraine par la Russie. "Par rapport à nos prévisions de janvier, nous avons revu à la baisse notre projection de croissance mondiale, à 3,6 % en 2022 et 2023", résume le FMI.
En janvier, dans le cadre de ses projections provisoires, le FMI tablait sur un taux de 4,4 %.
Croissance chinoise en net repli
La croissance du PIB des États-Unis a été ramenée à 3,7 % (-0,3 point), tenant compte "du retrait plus rapide que prévu du soutien monétaire pour contenir l'inflation ainsi que l'impact d'une croissance plus faible de leurs partenaires commerciaux […] résultant de la guerre" en Ukraine, a estimé le FMI.
L'économie chinoise pâtit, elle, de la politique de tolérance zéro à l'égard de la pandémie qui a conduit à de nombreux confinements dont celui de la capitale économique, Shanghai. La croissance devrait ainsi tomber à 4,4 % (-0,4 point) après 8,1 % l'an passé. Bref, quasi toutes les économies du monde devraient terminer l'année en net repli par rapport aux attentes initiales exprimées au début de l'année…