Sans nouvelles mesures, la dette publique belge augmentera à plus de 800 milliards d'euros
Le Bureau fédéral du Plan a sorti ses prévisions d'ici 2029. Elles confirment un dérapage inquiétant des finances publiques.

- Publié le 14-06-2024 à 16h40
- Mis à jour le 14-06-2024 à 17h28

Ce sont des projections similaires aux précédentes mais qui n'en suscitent pas moins un sentiment d'inquiétude. À politique constante, la dette belge atteindra le montant de 643 milliards d'euros fin 2024, ce qui équivaut à 106 % du produit intérieur brut (PIB), selon les perspectives 2024-2029 présentées ce vendredi par le Bureau du Plan. En 2029, on pourrait même atteindre un niveau de 117 % du PIB soit 836 milliards d'euros. En termes de déficit public, le Bureau du Plan s'attend à un taux de 4,5 % en 2024, contre 4,3 % en 2023. Pour 2029, il mise sur un déficit de 5,8%.
La situation à long terme pourrait être encore pire si le pays plonge dans une profonde récession. Car, comme l'a expliqué Michel Saintrain, conseiller au Bureau du Plan, l'évolution des finances publiques est "très dépendante" de la macroéconomie. "Une croissance du PIB supplémentaire de 1 % entraîne une réduction de 0,6 % du déficit".

Série d'incertitudes
Bien sûr, ces prévisions ont été faites sans connaître les mesures d'assainissement que pourraient prendre les futurs gouvernements fédéral et régionaux. Elles ne prennent pas non plus en compte un certain nombre d'éléments qui devraient pourtant avoir un impact non négligeable. Exemple : comment comptabiliser les 15 milliards qu'Engie devra verser pour la gestion des déchets nucléaires ? "À ce stade, il n'est pas possible de savoir dans quoi les 15 milliards seront investis", poursuit Michel Saintrain. Idem pour la prolongation des deux centrales nucléaires "où il manque de paramètres pour intégrer un scénario qui tient la route".
Autre inconnue : l'impact sur les finances de la Belgique du remboursement de l'emprunt next generation de 750 milliards de l'Union européenne. Cet emprunt sera remboursé à partir de 2028 sur une durée de 30 ans. "Cela pourrait se chiffrer en centaines de millions pour la Belgique".
Le Bureau du Plan souligne également les conséquences budgétaires incertaines de la guerre en Ukraine.
Impact des taux d'intérêt
Quant aux taux d'intérêt, ils ont une influence considérable et bien chiffrable sur les finances publiques. Après avoir été en baisse constante sur les 30 dernières années, ils sont repartis à la hausse en 2023. Ce qui coûte cher au Trésor belge.
Il faut savoir que, depuis la crise sanitaire, les dépenses publiques sont supérieures aux recettes. Ce qui contribue à creuser le déficit à l'instar des taux d'intérêt qui augmentent. Cela veut dire qu'à politique inchangée, la dette va augmenter. "Cette augmentation de la dette ne correspond à aucun processus d'optimisation par des investissements" a insisté Michel Saintrain.
Les chiffres du Bureau du Plan mettent aussi en avant "la grande hétérogénéité" de l'état des finances publiques des entités fédérées. Il n'y a quasi plus de déficit pour la Communauté flamande (1 %) alors que le déficit est de 20 % pour la Région de Bruxelles-Capitale. "C'est un taux interpellant et probablement pas tenable", a encore commenté Michel Saintrain.
Et de donner rendez-vous dans un an. Où normalement certaines incertitudes seront levées…
Ukraine : 1,6 milliard de dépenses en 2024
La guerre en Ukraine a un impact au niveau des dépenses mais aussi des recettes pour la Belgique. L'accueil des réfugiés représente des dépenses d'environ 300 millions d'euros, qui incombent aux pouvoirs locaux mais qui sont financées par le fédéral. Les réfugiés reconnus ont droit à un revenu d'intégration dont le niveau est un peu plus élevé que le revenu normal. Il y a aussi les coûts d'accompagnement à charge des communes.
Il faut ajouter les dépenses militaires. Pour 2023, on arrive à un total d'environ 600 millions de dépenses publiques. Pour 2024, on devrait tourner "autour de 1,6 milliard", précise Michel Saintrain, conseiller au Bureau du Plan.
Par ailleurs, côté recettes, il y a eu un "effet d'aubaine" lié à l'impôt des sociétés, qui devrait dépasser le milliard d'euros en 2023. Le chiffre attendu est de 1,7 milliard en 2024. Ces recettes sont directement liées aux avoirs russes bloqués auprès de Euroclear, qui ont gonflé les bénéfices et donc la base imposable de la banque belge.