Pétrole, gaz naturel liquéfié ou énergies vertes : quel virage pour l'Amérique sous Donald Trump ?
Le retour de Donald Trump ne devrait pas faire décoller la production américaine de pétrole. En revanche, le futur président pourrait favoriser les exportations américaines de gaz naturel liquéfié (GNL), en supprimant le gel des nouveaux permis décidé par Joe Biden.
- Publié le 07-11-2024 à 14h40
- Mis à jour le 07-11-2024 à 18h29

On le sait, Donald Trump est un grand fan des énergies fossiles. Mais quel impact pourrait avoir le come-back du Républicain sur le secteur de l'énergie ?
Selon une note du Center on Global Energy Policy, ce sont d'abord des facteurs techno-économiques, davantage que politiques, qui influencent la production américaine de pétrole. Cette note rappelle que c'est la technique de la fracturation hydraulique, utilisée pour l'exploitation du gaz naturel puis du pétrole, qui a permis aux États-Unis de connaître la plus forte hausse de production pétrolière de leur histoire, sous Barack Obama. Or on ne voit pas aujourd'hui l'émergence d'une nouvelle technique de nature à booster la production US de pétrole.
Il y a déjà trop de pétrole…
Rappelons également que la capacité mondiale de production de pétrole est déjà supérieure à la demande. C'est pour cette raison que les pays de l'Opep +, dont l'Arabie saoudite et la Russie, réduisent volontairement leur production d'or noir. En effet, ces producteurs sont conscients que "pomper" à pleine capacité ferait chuter le prix du baril.
Les producteurs américains savent également qu'une forte hausse de leur production ferait baisser les prix du brut. Il est donc probable qu'ils préfèrent produire un peu moins, mais à un prix plus élevé. Notons enfin que la production pétrolière US a atteint un record historique sous Joe Biden, en dépit des critiques de l'industrie pétrolière à son encontre. Le Démocrate n'a donc pas mis de bâtons dans les roues de l'industrie pétrolière.
Au niveau du gaz naturel, l'impact du retour de Donald Trump pourrait être plus important. Pour rappel, Joe Biden avait gelé l'octroi de nouveaux permis pour l'exportation de gaz naturel liquéfié (GNL). Le Démocrate avait justifié cette décision en partie pour des raisons environnementales. "Il ne fait aucun doute que l'une des premières mesures du président Trump sera de supprimer le gel de Biden et d'accélérer l'octroi des permis", estime Anne-Sophie Corbeau, du Center on Global Energy Policy. Avec quelles conséquences ? Rappelons que les États-Unis sont devenus le deuxième fournisseur de gaz naturel de l'Union européenne, alors que celle-ci a réduit sa dépendance au gaz russe. Cet apport supplémentaire de GNL américain pourrait donc faciliter l'approvisionnement de l'Europe à moyen terme.
Néanmoins, les permis ont déjà été octroyés pour les nouveaux projets de GNL en cours de construction aux États-Unis. Le "dégel" des permis, s'il est mis en place par Donald Trump, n'aurait donc un impact qu'à plus long terme.
Fini le crédit d'impôt pour les voitures électriques ?
Par ailleurs, quel sort Donald Trump va-t-il réserver à l'Inflation Reduction Act (IRA), le plan de soutien massif aux énergies vertes mis en place par Joe Biden ? Selon Jason Bordoff, du Center on Global Energy Policy, le crédit d'impôt de 7 500 dollars pour l'achat de véhicules électriques ainsi que le soutien aux énergies renouvelables sont les deux mesures les plus vulnérables de l'IRA.
Mais, en dépit des déclarations passées de Donald Trump, il n'est pas certain qu'il veuille détricoter complètement l'IRA. "Les investissements suscités par l'IRA, notamment dans les usines de production de batteries, ont profité de manière écrasante aux États républicains, précise Jason Bordoff. Cela a conduit un groupe de députés républicains à demander au président à ne pas abroger l'IRA". En outre, le consultant ICIS fait remarquer que l'emploi dans la production d'éoliennes, de panneaux photovoltaïques et de batteries a augmenté de 4,2 % aux États-Unis en 2023, un rythme supérieur à la hausse moyenne des créations d'emplois. Donald Trump, chantre du Made in America, ne voudra probablement pas s'attaquer aux mesures de l'IRA qui ont favorisé ces créations de jobs.
Pourquoi le renouvelable souffre en Bourse ?
Néanmoins, de nombreuses actions d'entreprises actives dans la transition énergétique ont souffert suite à l'annonce des résultats de l'élection présidentielle. Ainsi, l'action du fabricant d'éoliennes Vestas et celle du développeur de parcs éoliens en mer Orsted ont perdu environ 13 % mercredi. Il faut dire que, selon certains experts, une révocation partielle de l'IRA pourrait avoir un impact significatif sur le développement des énergies renouvelables aux États-Unis.
En outre, Donald Trump avait déjà fait savoir qu'il n'était pas un grand fan des éoliennes en mer… De quoi expliquer les mauvaises performances boursières d'Orsted et Vestas mercredi. D'autant plus que la hausse annoncée des tarifs douaniers pourrait augmenter le coût des technologies vertes (panneaux photovoltaïques, éoliennes…) aux États-Unis.
Par ailleurs, le Républicain pourrait vouloir alléger les contraintes environnementales pesant sur les centrales électriques au gaz.
Néanmoins, le consultant ICIS pointe un élément qui pourrait freiner le Républicain dans son envie de lever les contraintes environnementales pesant sur l'industrie et la production d'électricité. L'Union européenne a décidé de mettre en place une taxe carbone aux frontières, à partir de 2026. Via ce mécanisme, les importations de produits tels que l'acier ou le ciment seront soumises à une taxe liée aux émissions de gaz à effet de serre associées à leur production. Pour rester compétitifs sur le marché européen, les exportateurs US ne pourront donc pas faire n'importe quoi au niveau des émissions de carbone… Sans compter que cette taxe européenne aux frontières pourrait donner des idées à d'autres régions du monde.
