"Il est irréaliste de compter sur la prolongation de Tihange 1 d'ici l'hiver 2030"
Selon la Febeg, la fédération des entreprises électriques et gazières, prolonger Tihange 1 n'est pas la solution pour répondre au manque de capacités de production d'électricité durant l'hiver 2030-2031.
- Publié le 16-07-2025 à 08h06
- Mis à jour le 17-07-2025 à 10h57

Elia, le gestionnaire du réseau électrique haute tension, a récemment tiré la sonnette d'alarme. Si des mesures politiques ne sont pas prises au cours de cette législature, la Belgique risque de manquer de capacités de production d'électricité dans les années à venir.
Dans le scénario central d'Elia, il manquerait 900 MW de capacités en 2030, et 4 400 MW en 2035. Plus concrètement, il manquerait l'équivalent de la future nouvelle centrale au gaz de Seraing en 2030, ou de… cinq centrales comme celle-là en 2035.
Plusieurs éléments expliquent ce déficit. Il y a deux ans, Elia pensait encore que trois nouveaux parcs d'éoliennes offshore seraient construits en mer du Nord d'ici 2030, ainsi qu'une nouvelle interconnexion électrique avec le Royaume-Uni. Au total, ces 4 900 MW de nouvelles capacités devaient contribuer à la sécurité d'approvisionnement en électricité du Royaume, à partir de l'année 2030. Et cela sans compter la nouvelle interconnexion électrique avec le Danemark, qui était alors attendue pour 2032.
Il n'en sera finalement rien. L'explosion du coût des infrastructures électriques en courant continu a en effet poussé le gouvernement De Wever à mettre sur pause le développement du troisième parc d'éoliennes offshore ainsi que celui de la nouvelle interconnexion électrique avec le Royaume-Uni. Le projet d'interconnexion avec le Danemark est aussi au point mort.
Dans l'état actuel des choses, il n'y a donc que deux projets de parcs éoliens offshore qui sont maintenus. Et ils n'arriveraient respectivement qu'en 2031 et 2032, selon Elia. De quoi offrir 2 100 MW de nouvelles capacités, au lieu des 4 900 MW attendus il y a deux ans.
Elia appelle à l'action
Elia appelle à l'action pour s'attaquer au manque de capacités qui se profile. Le gestionnaire du réseau électrique assure que ce n'est pas son rôle d'opter pour telle ou telle solution. Mais il liste une série de possibilités, au sein desquelles l'Arizona pourrait faire son choix.
Sans se prononcer sur la faisabilité du projet, Elia cite la prolongation supplémentaire de vieux réacteurs nucléaires parmi les solutions possibles : Tihange 1 et/ou Doel 1 et 2 pourraient ainsi fonctionner jusqu'en 2035, au lieu de 2025. Elia évoque également la construction de parcs éoliens offshore supplémentaires, voire de nouvelles interconnexions électriques avec l'étranger. Une autre solution serait de diminuer la consommation d'électricité, via l'instauration de mesures de modération de la demande. On le voit, les solutions qui s'offrent à l'Arizona sont très différentes les unes des autres.
C'est dans ce contexte que vient d'être publiée une prise de position de la Febeg, l'association qui représente les entreprises électriques et gazières (Electrabel, Luminus, Eneco, TotalEnergies, Méga…). La Febeg s'exprimait dans le cadre d'une consultation publique organisée par Elia, et portant notamment sur la sécurité d'approvisionnement durant l'hiver 2030-2031.
En conclusion, la Febeg pointe "l'impossibilité" de prolonger Tihange 1 à temps.
L'association se montre très claire dans sa missive. Selon la Febeg, il est "irréaliste" de compter sur la prolongation de Tihange 1 pour s'attaquer au manque de capacités (durant l'hiver 2030-2031). "Aucune étude de prolongation n'a jamais été réalisée pour Tihange 1, argumente la Febeg. Et l'Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) a souligné que Tihange 1 n'est pas conforme aux normes internationales de sûreté. En outre, il existe des contraintes sur le réseau électrique qui ne seront pas résolues sans investissement. Or les investissements dans le réseau électrique sont compliqués et peuvent prendre des années". En conclusion, la Febeg pointe "l'impossibilité" de prolonger Tihange 1 à temps.
Par ailleurs, l'association pointe un autre risque. Selon la Febeg, de vieilles capacités thermiques (centrales au gaz, au fuel, turbo jets…) risquent de fermer pour des raisons économiques ou environnementales dans les années à venir. Pourquoi ? Avec la montée en puissance des énergies renouvelables, qui font baisser les prix de l'électricité sur les marchés, ces vieilles capacités fossiles risquent de ne plus être rentables.
En outre, la Febeg pointe le fait que la Belgique est plus stricte que l'Europe, au niveau des limites d'émission de CO2. Cela pourrait conduire au non-renouvellement de certains permis d'exploitation ou à l'interdiction de recevoir des subsides dans le cadre du CRM (Mécanisme de rémunération de la capacité), avertit la Febeg. Or l'association insiste sur le fait que ces vieilles unités fossiles sont indispensables à notre sécurité d'approvisionnement, même si elles fonctionnent peu d'heures sur une année.
Mais quelle est l'ampleur du problème ? A-t-on réellement besoin de cette capacité fossile vieillissante pour garder la lumière allumée en hiver ? Contacté, Elia nous précise qu'il a tenu compte du maintien en activité de l'ensemble du parc thermique actuel dans sa dernière étude sur la sécurité d'approvisionnement. Si certaines capacités devaient finalement être mises à l'arrêt, le déficit de production annoncé pourrait donc encore s'agrandir.
Selon Elia, environ 500 MW de capacités de production sont menacés de fermeture. Il s'agit de vieilles centrales au gaz et de turbo jets, d'anciens moteurs d'avions reconvertis en unités de production d'électricité. Selon Elia, ces 500 MW risquent de ne pas pouvoir recevoir de subsides de la part de l'État belge, en raison d'émissions de CO2 trop élevées. Sans ces subsides, ces capacités ne seraient pas rentables et devraient fermer.
Pas de fermeture annoncée
Comme aucune fermeture n'a officiellement été annoncée, ces unités sont encore considérées comme disponibles dans les études d'Elia. Mais cela pourrait donc changer et accentuer le déficit de production.
Enfin, la Febeg avertit que, dans l'état actuel de la réglementation flamande, il est impossible de construire une nouvelle centrale au gaz dans le nord du pays. En effet, la Flandre exige que les nouvelles capacités de production d'électricité soient neutres en CO2 en 2040. Impossible, selon la Febeg, qui pointe le fait qu'installer un dispositif de capture du CO2 ne serait pas rentable économiquement.
On comprend, entre les lignes, que la Febeg ne serait pas contre la construction d'une troisième nouvelle centrale au gaz en Belgique, après celles de Seraing (Luminus) et Flémalle (Electrabel).
