La relance de l'industrie nucléaire menacée par une pénurie d'uranium: "Des efforts considérables d'exploration seront requis"
La World Nuclear Association réclame des investissements dans des mines d'uranium pour répondre à la hausse attendue de la demande mondiale.
- Publié le 11-09-2025 à 08h04
- Mis à jour le 12-09-2025 à 13h11

La renaissance de l'industrie nucléaire pourrait être contrariée par une pénurie d'uranium à moyen et long termes. Ce n'est pas Greenpeace qui le dit, mais un rapport de la World Nuclear Association. En voici les éléments saillants.
1. Quel est le problème ?
Selon le World Nuclear Fuel Report, la consommation mondiale d'uranium va passer de 67 000 tonnes en 2024 à plus de 150 000 tonnes en 2040, selon son scénario central. La demande d'uranium, en vue d'alimenter le parc nucléaire mondial, pourrait donc plus que doubler, au cours des quinze prochaines années.

Qu'en est-il de l'offre ? Selon ce même rapport, la production des mines actuelles devrait diminuer de moitié entre 2030 et 2040, à mesure que les gisements s'épuisent.
Le lobby de l'énergie nucléaire pointe donc le risque d'un "écart important" entre l'offre et la demande mondiales d'uranium naturel.
2. Quelles solutions ?
Selon ce même rapport, des efforts considérables seront nécessaires pour éviter une pénurie. En plus des projets de nouvelles mines déjà dans le "pipe" et des projets de relance d'anciennes mines, d'autres nouvelles mines devront être ouvertes pour satisfaire la demande future des centrales nucléaires.
"Des efforts considérables d'exploration" seront requis, ajoute le rapport, ainsi que "des techniques innovantes" d'extraction, des "investissements dans les temps" et une délivrance "efficace des permis".
Notons qu'actuellement, les mines d'uranium sont principalement localisées dans quelques pays tels que l'Australie, le Canada, le Kazakhstan, la Namibie et l'Ouzbékistan. La demande, au contraire, est localisée dans des pays où il y a peu d'extraction d'uranium.
Les pays consommateurs seront donc, au moins en partie, dépendants de l'ouverture de mines dans d'autres pays.
3. Problème de conversion
À côté de la question de l'extraction de l'uranium naturel en quantités suffisantes, il existe d'autres défis. Rappelons que l'uranium extrait des mines doit ensuite subir deux grandes opérations : la conversion puis l'enrichissement.
Or, "dans tous les scénarios étudiés", il n'y a pas assez de capacités mondiales de conversion d'uranium. La World Nuclear Association réclame donc des "investissements significatifs" dans de nouvelles usines de conversion ainsi qu'une hausse de la capacité des usines existantes.
En ce qui concerne le processus d'enrichissement, des investissements seront aussi nécessaires. Néanmoins, "une rupture d'approvisionnement devrait être évitée", assure la World Nuclear Association.
4. D'où vient cette demande ?
Cette hausse attendue de la consommation d'uranium s'explique par le net regain d'intérêt pour l'énergie nucléaire. L'invasion à large échelle de l'Ukraine par la Russie a remis les questions de sécurité d'approvisionnement au centre des préoccupations.
En outre, le boom de l'intelligence artificielle et la transition énergétique en cours (voitures électriques, pompes à chaleur…) impliquent une consommation accrue d'électricité. Si possible décarbonée, comme celle produite par les centrales nucléaires.
La World Nuclear Association prévoit donc que la capacité nucléaire mondiale passe de 398 GW actuellement à 746 GW en 2040. Selon cette association, plus de la moitié de la croissance des capacités nucléaires viendra de la Chine et de l'Inde.
5. Scepticisme
Ceci dit, tout le monde n'est pas aussi optimiste que la World Nuclear Association concernant le développement de l'énergie nucléaire.
Un récent rapport du Global Energy Monitor (GEM) pointe le fait qu'au niveau mondial, 40 % des projets de centrales nucléaires ont été abandonnés. Le GEM précise que l'explosion des budgets et des délais de construction de certaines centrales nucléaires entravent le développement de la filière.
Le GEM ne prévoit d'ailleurs pas d'augmentation de la capacité nucléaire dans l'Union européenne. "90 % du parc nucléaire européen est âgé de plus de 35 ans, note le rapport du GEM. Parmi les nouvelles capacités nucléaires en construction, la plupart serviront à remplacer les réacteurs arrêtés plutôt qu'à augmenter la capacité européenne". Notons que la durée de vie d'une centrale nucléaire est de maximum 60 ans, sauf aux États-Unis où certains réacteurs ont été autorisés à fonctionner 80 ans.
Si la renaissance du nucléaire devait être moins franche qu'espéré par la World Nuclear Association, la consommation d'uranium sera aussi revue à la baisse.
