Emmanuel Macron: "Elon Musk est l'une des personnes qui a empoché le plus de milliards de dollars des contribuables américains"
Le président français Emmanuel Macron a profité de son passage en Belgique pour rappeler que l'Europe fait face à une concurrence souvent subventionnée, ce qui n'est pas anodin. Mais Elon Musk n'a visiblement pas apprécié avoir été pris en exemple et réplique. Mais un chiffre ne trompe pas.

- Publié le 13-02-2026 à 09h55
- Mis à jour le 13-02-2026 à 10h22

Le président français Emmanuel Macron a foulé notre territoire ces deux derniers jours, et en a profité pour défendre l'idée d'une subvention publique pour défendre l'industrie privée.
De quoi s'attirer les sympathies des nombreux dirigeants européens présents mercredi à Anvers au sommet européen de l'industrie, ainsi que des représentants patronaux qui suivaient de près la rencontre d'Alden Biesen, où les dirigeants européens des 27 États membres de l'UE se réunissaient le lendemain, ce jeudi.
"Si on est lucide, Elon Musk est probablement l'une des personnes au monde qui a empoché le plus de milliards de dollars des contribuables américains"
Et c'est mercredi, justement, qu'il en a profité pour lancer une pique à Elon Musk, le patron de Tesla, Starlink et X, tout en appelant à suivre une voie similaire.
"Si vous regardez les États-Unis, il y a beaucoup d'argent privé […] mais il y a aussi beaucoup d'argent public", notamment dans l'énergie ou le secteur spatial, a-t-il affirmé. Avant d'insister : "Tout le monde est fasciné par Starlink", "mais si on est lucide, Elon Musk est probablement l'une des personnes au monde qui a empoché le plus de milliards de dollars des contribuables américains". Et de conclure, dans une formule appelée à faire réagir : "Elon Musk est avant tout un gars sursubventionné" par l'État américain. Voilà qui est dit.
Macron a toutefois présenté cette "sur-subvention" comme un levier d'impulsion pour l'industrie privée. "Bonne nouvelle, ça l'a rendu super innovateur. Et il est devenu compétitif grâce à cette approche", a-t-il martelé, invitant l'Europe à s'inspirer d'une stratégie mêlant commandes publiques, aides ciblées et politique industrielle, afin de rester "dans la course" face aux États-Unis de Donald Trump, qui pratiquent "la coercition économique" de plus en plus férocement, et la Chine de Xi Jinping, qui pratique le "dumping" à outrance, tout en limitant l'accès à son marché, peut-on résumer en paraphrasant le dirigeant français.
"Elon Musk est avant tout un gars sursubventionné"
Si certains rires s'échappaient de quelques industriels présents sur place, l'inquiétude n'était pas pour autant éclipsée des discours des lobbyistes qui traînaient dans les alentours. S'ils prennent cette phrase comme un bon signe, ils en veulent plus. "Son discours est bien, mais le chancelier allemand Friedrich Merz a été plus straight to the point et a parlé clairement de dérégulation", lance le dirigeant de la FEB à l'issue de la rencontre, qui défend la position des entreprises belges qui, visiblement en grande partie, estiment que l'Europe est trop sévère sur les régulations environnementales.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a néanmoins rappelé ce même jour que la décarbonation pouvait aller de pair avec la croissance, et laissait entendre que cette croissance ne serait durable et viable à long terme qu'en allant dans ce sens.
Mais face à la peur de la délocalisation, et à deux pas du port d'Anvers qui est bouleversé par les grandes évolutions industrielles dans le monde – dont la souffrance de l'industrie automobile européenne et de ses exportations – le secteur souhaite des adaptations fortes et rapides du système ETS (quotas carbones) et CBAM (taxation carbone aux frontières).

Quoi qu'il en soit, la réplique n'a pas tardé. Sur X, Elon Musk a contesté les propos du dirigeant français, en renvoyant la critique vers l'Europe. Selon lui, les entreprises les plus subventionnées sont ses "concurrents, notamment en Europe". Il a également relativisé l'ampleur des soutiens reçus par ses entreprises : "Si vous additionnez tous les financements publics jamais reçus par Tesla et SpaceX, cela ne représente qu'environ 1 % de la valeur cumulée de ces entreprises". Et d'attaquer, plus largement, le modèle de financement du secteur aérospatial : "En revanche, si vous faites la même chose avec les principales sociétés aérospatiales américaines et européennes, l'argent public qu'elles ont reçu dépasse 100 % de leur valeur !", a-t-il asséné.
"Au fil des ans, Musk et ses entreprises ont reçu au moins 38 milliards de dollars."
S'il est difficile de vérifier les chiffres d'Elon Musk, précisons tout de même que le Washington Post avait publié en février 2025 une enquête montrant que ce dernier, alors fraîchement arrivé au DOGE (Department of Governement Efficiency) pour sabrer dans les dépenses publiques, avait largement bénéficié d'argent public.
"Au fil des ans, Musk et ses entreprises ont reçu au moins 38 milliards de dollars sous forme de contrats gouvernementaux, de prêts, de subventions et de crédits d'impôt, souvent à des moments critiques", écrivait le Washington Post, "ce qui a contribué à la croissance qui a fait de lui l'homme le plus riche du monde".

Le média détenu par Jeff Bezos – qui a par ailleurs licencié de nombreux journalistes récemment – affirmait que "ces paiements remontent à plus de 20 ans. Peu après être devenu CEO de Tesla, alors en proie à des difficultés financières, en 2008, Musk s'est battu pour obtenir un prêt à faible taux d'intérêt auprès du ministère de l'Énergie".
Quoi qu'il en soit, au-delà de cet échange entre Emmanuel Macron et Elon Musk, l'épisode résume l'objectif politique recherché par le dirigeant français lors de l'European Industry Summit organisé pour la troisième fois dans la ville de Bart De Wever : faire passer l'idée qu'en matière de technologies stratégiques (spatial, énergie, industrie, défense), la compétition mondiale se joue aussi à coups de budgets publics, de règles de marché et de rapidité administrative.
Un message qui dénote en apparence des discours "anti" dépenses publiques, bien que là, il s'agisse d'investissements dans les outils de production économique et non dans les frais de fonctionnement des États, dont les budgets sont sous pression.