"Il y a urgence à agir !": Le MIC et Microsoft veulent former 300 000 Wallons à l'IA générative d'ici trois ans
On estime que 55 % des Wallons ont des compétences numériques de base. C'est beaucoup trop peu au vu de la révolution technologique en cours. Le principal défi : la montée en compétences, surtout dans les PME.

- Publié le 17-09-2024 à 14h57
- Mis à jour le 17-09-2024 à 16h54

Former gratuitement d'ici trois ans 300 000 Wallons aux compétences en intelligence artificielle (IA) générative. Tel est l'objectif de l'alliance stratégique annoncée ce mardi à Mons entre le MIC – un partenariat public-privé formé en 2009 entre la Wallonie, Microsoft, Proximus et Dell – et le géant américain Microsoft. Nom de code : IAttitude.
Une annonce de partenariat qui intervient à l'occasion du quinzième anniversaire du MIC (NdlR : Microsoft Innovation Center rebaptisé ensuite Meet, Innovate, Create). Une structure, érigée au rang de "référent" de l'Agence du Numérique pour les technologies avancées, qui pourrait se définir comme un "facilitateur d'adoption technologique". Depuis sa création, son objectif est de contribuer au développement économique et technologique des entreprises en Wallonie et à l'amélioration des compétences des talents locaux. Et cela via des formations, la création de prototypes ou l'accompagnement ou la certification de projets technologiques. Avec une cible privilégiée : les PME, qui constituent, faut-il le rappeler, le gros du tissu économique wallon.
La Wallonie à la traîne
En avril dernier, le MIC a vu l'arrivée à sa tête d'une nouvelle patronne : Aurélie Couvreur, dont le parcours professionnel témoigne d'une très solide expérience de 25 ans dans la transformation numérique des entreprises et cela auprès de différents employeurs (D'Ieteren, Fédération des notaires, Microsoft, Swift…).

Son cheval de bataille : faire monter les PME wallonnes dans le train de l'IA générative avant qu'elles ne restent complètement à quai. C'est dans ce cadre qu'elle a dévoilé, en mai dernier, un plan d'actions centré sur l'IA qui est désormais au cœur de la stratégie du MIC. Le partenariat annoncé mardi avec Microsoft donnera une impulsion supplémentaire à son action.
Pour 2030, l'objectif est d'atteindre un niveau de 80%. Des pays comme les Pays-Bas (NdlR: où le taux est de 83%) ou la Finlande y sont déjà."
Il faut dire que l'IA s'impose à la vitesse de l'éclair comme un élément clé de la compétitivité des entreprises. Le récent rapport de Mario Draghi sur la compétitivité européenne l'a encore rappelé avec force la semaine dernière. Et, aux yeux de nombreux observateurs, l'IA constituera une révolution technologique encore beaucoup plus impactante que l'arrivée d'Internet. Mais les entreprises wallonnes sont malheureusement à la traîne. "On estime que 55 % des Wallons disposent de compétences numériques de base. C'est moins que la Flandre (63 %), Bruxelles (65 %) et la moyenne de la Belgique (59 %). En Wallonie, nous sommes 10 % en dessous de l'objectif qui avait été fixé pour 2024. Pour 2030, l'objectif est d'atteindre un niveau de 80 %. Des pays comme les Pays-Bas (NdlR : où le taux est de 83 %) ou la Finlande y sont déjà", explique Aurélie Couvreur, CEO du MIC.
Les compétences, le premier frein
Il y a donc du travail, beaucoup de travail en Wallonie pour relever ce défi de l'IA alors que d'autres pays européens prennent une solide longueur d'avance sur le nôtre. "La principale difficulté pour les PME, c'est d'avoir les compétences nécessaires pour utiliser l'IA générative, recruter et conserver du personnel qualifié. De savoir aussi quelles sont les formations accessibles. C'est le premier frein au développement de l'IA dans les entreprises. En Belgique, neuf Belges sur dix n'ont pas suivi de formation en IA au cours du mois précédent et notre pays reste dans le bas du peloton. En Wallonie, en particulier, il y a une urgence absolue à agir au niveau des PME, d'autant que la majorité des utilisateurs de l'IA générative se trouve encore aujourd'hui dans les grandes entreprises de plus de 250 personnes", ajoute-t-elle.
Il faut cultiver la curiosité et miser sur l'apprentissage permanent vis-à-vis de l'IA générative, au lieu de se montrer attentiste."
L'idée de ce partenariat entre le MIC et Microsoft est donc de "démocratiser" l'accès à l'IA générative via des formations continues. "Nous voulons aider chaque citoyen à devenir "bilingue" en IA, en leur donnant accès à des outils", complète encore Aurélie Couvreur. Tous les publics seront visés : étudiants, jeunes diplômés, entrepreneurs, dirigeants de PME ou encore demandeurs d'emplois. Concrètement, le MIC et Microsoft donneront gratuitement accès via la plateforme IAttitude à un catalogue de formations en ligne et d'outils mais aussi à des témoignages d'entreprises sur les bonnes pratiques liées à l'IA. Des formations des plus basiques pour le citoyen lambda jusqu'aux plus poussées destinées à des développeurs informatiques, certaines débouchant sur une certification reconnue au niveau européen.
"Il faut cultiver la curiosité"
Mais comme le souligne Aurélie Couvreur, c'est aussi un changement d'attitude qui est nécessaire en Wallonie vis-à-vis de l'IA générative. "IAttitude, ce n'est pas juste un jeu de mots. C'est une manière de dire qu'il faut miser sur la complémentarité de l'innovation technologique et de l'humain. Il faut cultiver la curiosité et miser sur l'apprentissage permanent vis-à-vis de l'IA générative, au lieu de se montrer attentiste", ajoute encore la CEO du MIC.

Le changement de majorité en Wallonie va-t-il être de nature accélérer cette prise de conscience ? "Je pense que le nouveau gouvernement wallon a pris la mesure de l'importance de l'IA en termes de développement économique et d'innovation technologique, de sa contribution aussi aux gains de productivité. Mais il y a encore une lenteur en Wallonie, en ce qui concerne l'adoption, en ce compris au niveau politique. Il faut une approche plus pragmatique, par exemple en donnant l'autorisation au secteur public d'utiliser l'IA comme c'est le cas en Espagne. La prise de conscience n'est pas encore là, par manque d'usage de cette technologie", conclut Aurélie Couvreur.