Quand la liberté d'expression vire à l'influence : le rôle controversé d'Elon Musk dans la victoire de Trump
Une chronique de Roald Sieberath, entrepreneur (Accelerate. AI), investisseur pour Noshaq, professeur invité à l'UCLouvain et l'UNamur.
- Publié le 09-11-2024 à 14h26

A présent que les élections américaines sont derrière nous, de nombreux analystes vont pouvoir analyser les raisons de la victoire de Donald Trump et celles de l'échec de Kamala Harris. J'espère que des chercheurs sérieux vont également se pencher sur l'influence qu'auront eue sur l'élection Elon Musk et son réseau social X (ex-Twitter), qu'il a transformé en "MAGA-phone" (MAGA, comme Make America Great Again), amplifiant un torrent de messages favorables à Trump.
L'aide d'Elon Musk
On peut sans doute juger que sans l'aide radicale d'Elon Musk, la campagne du Républicain n'aurait pas touché l'un ou l'autre pourcent de votants. Elon Musk se présente comme un absolutiste du "freedom of speech" : on doit pouvoir par défaut émettre toute opinion sans censure à l'émission, en laissant à des mécanismes juridiques ultérieurs le soin de courber les excès éventuels, selon des règles légales (qui varient selon les pays, mais incluent généralement la diffamation, l'incitation à la haine, etc.)
Notre esprit hérité des Lumières se doit d'adhérer au principe de liberté de parole… Mais il est sans doute bon de réaliser à quel point l'accélération insensée des technologies change les règles du jeu.
Quand on voit à quel point les contenus scandaleux (du type "les migrants viennent manger des chiens et des chats dans nos villes"), bien que complètement faux, se propagent comme une traînée de poudre par les retweets et partages. Ou que les démentis, correctifs ou autres "debunks" touchent infiniment moins de monde…
Repenser des garde-fous
Une image reste en tête : Kamala Harris, en uniforme rouge, dans un contexte de Chine communiste. On a beau savoir que cette image est fake, générée par Grok, l'IA "anti-woke" de X, quand elle s'est imprimée à des millions de reprises dans les esprits de gens crédules, elle installe l'idée : "Harris nous amène au communisme". Il suffisait d'écouter les interviews d'électeurs pro-Trump, pour réaliser que cette idée revient souvent dans leur argumentaire anti-Harris.
Face aux "feux de brousse" potentiels des fake news, amplifiés par les réseaux et l'IA, nous devons repenser des garde-fous adaptés à la liberté de parole débridée.

