Un tiers des Belges en âge de travailler n'a jamais utilisé d'IA générative
Deloitte a sondé plus de 2 700 Belges sur leur connaissance et utilisation de l'intelligence artificielle (IA) générative. Verdict ? Les lacunes à combler ne manquent pas !

- Publié le 22-10-2024 à 06h31

Cela fera deux ans, le 30 novembre prochain, que ChatGPT et l'intelligence artificielle générative ont surgi dans nos vies quotidiennes. Une véritable tornade qui a suscité autant l'enthousiasme que la méfiance dans le monde des entreprises.
La société Deloitte a voulu savoir comment l'IA générative était perçue par les Belges et dans quelle mesure ils l'utilisaient. Elle a chargé Ipsos de mener une enquête, en juillet, auprès de 2 714 Belges (âgés de 16 à 75 ans). La même enquête a été menée dans dix autres pays européens.
Mauvais élève de la classe
Premier constat : une majorité des Belges interrogés (61 %) a connaissance des outils d'IA générative tels que ChatGPT ou Microsoft Copilot. C'est en deçà de la moyenne européenne (66 %). Il y a toutefois un revers à la médaille : si la majorité des Belges en âge de travailler a connaissance de l'IA générative, ils n'en sont pas pour autant tous des utilisateurs. Plus d'un tiers (36 %) des Belges n'a ainsi jamais utilisé une IA générative, à titre professionnel ou personnel, alors que la moyenne européenne est de 29 %. "Les Belges ont donc à la fois une connaissance et un usage moindre de l'IA générative que la moyenne des Européens", résume Patrick De Vylder, managing partner chez Deloitte Belgique.
"Ce n'est pas en demandant aux gens de travailler plus, mais bien en leur permettant de travailler de manière plus efficace (que la Belgique pourra rester compétitive). L'IA générative, de ce point de vue, est une technologie qui peut avoir un réel impact."
"Ce sont des résultats inquiétants, poursuit M.De Vylder. La Belgique est une économie de la connaissance, avec une productivité qui décline année après année et un coût du travail qui est en croissance. La question est de savoir comment la Belgique pourra rester compétitive à l'avenir. Selon nous, ce n'est pas en demandant aux gens de travailler plus, mais bien en leur permettant de travailler de manière plus efficace. L'IA générative, de ce point de vue, est une technologie qui peut avoir un réel impact".
Bruxelles fait la course en tête
Parmi les Belges interrogés, des disparités apparaissent. La première d'entre elles est géographique : c'est à Bruxelles que l'on recourt le plus à l'IA générative. La Flandre, que l'on imaginait plus ouverte aux nouvelles technologies, est même à la traîne en matière d'utilisation de l'IA générative : près de deux personnes sur cinq (38 %) connaissent l'IA, mais ne l'utilisent pas. La Wallonie affiche un taux de 37 %. À Bruxelles, ce taux n'est que de 27 %.
Une autre disparité est liée à la fonction occupée. Deux tiers des cadres supérieurs (64 %) l'utilisent au moins une fois par semaine, contre la moitié des cadres moyens (51 %) et seulement deux employés sur cinq (38 %). L'enquête révèle aussi des différences d'utilisation selon le sexe. Si les femmes font moins usage et moins confiance à l'IA générative, les hommes craignent davantage que l'IA ne remplace leur emploi (lire ci-après).
Les entreprises doivent accélérer
"Plus des trois quarts des utilisateurs de l'IA générative pensent qu'elle rendra leur travail plus facile et plus agréable, ce qui témoigne d'un mélange ambivalent d'optimisme et de préoccupation", fait observer Patrick De Vylder. Cet enthousiasme des Belges, qui sont déjà utilisateurs, contraste avec la relative frilosité des entreprises à la promouvoir. Seuls deux Belges sur cinq (40 %) indiquent que leur entreprise encourage l'utilisation de l'IA générative ; près d'une personne sur trois (29 %) déclare que son employeur n'a pas de politique sur l'utilisation de l'IA générative au travail ; et un quart (24 %) déclare que l'utilisation de l'IA générative dans leur entreprise est désapprouvée ou même interdite ! "Les entreprises belges doivent accélérer la promotion de l'IA générative en mettant l'accent sur la confiance", insiste Patrick De Vylder.
Comme d'autres études l'ont déjà montré, le déploiement de l'IA générative dans les entreprises suscite aussi des craintes. Deux hommes sur cinq (41 %) craignent que l'IA ne remplace leur emploi. Les femmes ne sont qu'une sur trois (32 %) à partager cette crainte. Elle varie toutefois selon les secteurs. L'enquête pointe trois secteurs où plus de la moitié (55 %) des travailleurs pense que l'IA pourrait remplacer complètement leur emploi au cours des deux prochaines années : l'énergie, les matières premières et l'industrie.