Prix bas, coût élevé: l'industrie alimentaire face à l'impasse, "c'est du jamais-vu"
L'industrie alimentaire belge n'est pas au mieux de sa forme.

- Publié le 03-12-2024 à 08h09
- Mis à jour le 03-12-2024 à 11h23

Le consommateur aspire à acheter des biens de consommation aux prix les plus abordables possibles. L'industrie alimentaire en est bien consciente et doit parfois, voire souvent, jongler avec ses marges pour rester dans le marché. Le dilemme est, en soi, simple : "Soit je prends un marché avec peu de rentabilité soit je n'ai pas le contrat", résume le président sortant de Fevia, Anthony Botelberge, lui-même à la tête d'une PME, Frigilunch, spécialisée dans les plats cuisinés.
Ce niveau plancher est très préoccupant. Si cela continue comme cela, on va dans le mur et il n'y aura plus d'industrie alimentaire d'ici 20 ans."
De nombreuses entreprises du secteur ont en fait raboté leur rentabilité en encaissant une bonne part des hausses des matières premières. Ces efforts sont souvent passés inaperçus aux yeux du consommateur, dont le regard s'attache surtout aux hausses des prix. Ces efforts sont toutefois loin d'être indolores pour leur trésorerie, avec un niveau global de rentabilité qui a chuté à 2,32 %, soit une baisse de 36 % en trois ans.
"C'est du jamais-vu dans l'industrie alimentaire", épingle Nathalie Guillaume, qui succède à Anthony Botelberge à la tête de Fevia, la fédération de l'industrie alimentaire. "Ce niveau plancher est très préoccupant. Si cela continue comme cela, on va dans le mur et il n'y aura plus d'industrie alimentaire d'ici 20 ans."
Plus préoccupant encore, "nous craignons que le plancher n'ait pas encore été atteint", précise Carole Dembour, responsable du département analyse. Or, la rentabilité n'est pas un simple exercice comptable. Elle est source d'investissements, d'innovations et d'emplois. Surtout, l'industrie alimentaire est un maillon essentiel de l'écosystème : elle achète 61 % de la production agricole et 50 % de son activité est destinée à l'exportation. L'effet domino peut être important.
Fiscalité et consommation
Les maux sont connus : coûts salariaux bien plus élevés que chez nos voisins (+ 25 %), sérieux handicap face à la facture énergétique et, bien entendu, cette propension des différents niveaux de pouvoir à multiplier les taxes. La fiscalité est en effet un élément clé du comportement du consommateur. Si les sodas sont moins chers en France, c'est notamment parce que les taxes sont élevées en Belgique. C'est l'un des éléments qui rendent attrayants les achats transfrontaliers, en très légère baisse sur les 9 premiers mois de l'année (550 millions d'euros, contre 568 millions pour la même période de 2023).
La donne devrait changer avec la volonté de nos voisins d'augmenter sensiblement les taxes sur les boissons sucrées ou contenant des édulcorants au nom de la lutte contre l'obésité et les autres maladies liées au sucre. Pas de quoi, toutefois, gommer les avantages concurrentiels globaux sur l'alimentation chez Auchan et consorts.
Les demandes du secteur sont nombreuses et sans surprise, comme la baisse des charges patronales ou de revoir le mécanisme d'indexation des salaires. C'est aussi maintenir le taux de TVA de 6 % sur les produits alimentaires et de ne pas le porter à 9 %, sous peine, à nouveau, de plomber l'attractivité des achats locaux. C'est encore mettre un terme à la cotisation sur les emballages. C'est enfin calmer le jeu sur le plan administratif en allégeant les charges, notamment dans tout ce qui touche à la durabilité.
Fevia va s'atteler, justement, à rédiger la Roadmap du Développement durable de l'industrie alimentaire. "Sans durabilité, il n'y aura pas d'avenir, insiste Nathalie Guillaume. Que mangerons-nous demain ?" La durabilité économique passera quant à elle par une amélioration de la compétitivité.
