Mipim 2026, le baptême du feu de Nicolas Boffi : "Le sujet du logement est la grande collision des contraires"
Le portrait de La Libre Immo | Pour son nouveau directeur général, le Mipim doit rester le grand rendez-vous pour penser l'avenir des villes. Et trouver des solutions concrètes à la crise du logement.

- Publié le 09-03-2026 à 12h03
- Mis à jour le 09-03-2026 à 12h05

À l'ouverture du Mipim 2026, l'ambiance est à la fois fébrile et empreinte de gravité. Nicolas Boffi, directeur général de l'événement depuis septembre 2025, jongle entre les préparatifs et le suivi des événements au Moyen-Orient. Si l'impact sur les délégations du Golfe reste à évaluer, l'homme reste serein avant son baptême du feu : pour lui, le Mipim est plus que jamais le lieu où le monde se connecte pour construire l'avenir.
Ce lundi 9 mars, il accueillera pour la première fois ses hôtes en tant que directeur du Mipim. Auparavant, cet ingénieur et urbaniste de formation a travaillé pendant 20 ans dans le secteur immobilier, dont 15 chez Arcadis, un des leaders mondiaux dans le conseil en ingénierie, architecture et urbanisme : "J'ai un peu touché à tout pendant ces 20 ans, dans des projets de développement urbain, de grandes infrastructures, de transport…" Il a notamment officié en Belgique, dans plusieurs projets. Dont le dossier de rénovation prochaine du parlement européen à Bruxelles, le bâtiment Paul-Henri Spaak.
Visiteur, exposant, directeur général
Ce Mipim, aujourd'hui à sa 36e édition, Nicolas Boffi l'a d'abord connu en tant que visiteur ou exposant. Avant qu'on lui en propose la direction. Il n'a pas hésité longtemps. "J'ai trouvé que c'était un pas de côté intéressant, après avoir été 20 ans un acteur direct du développement urbain et de l'immobilier, de pouvoir être celui qui réunit le monde entier. Au sein d'Arcadis, j'ai beaucoup travaillé en tant que City Executive, c'est-à-dire au cœur des relations institutionnelles et de développement avec les élus, les grands décideurs urbains, dans les grandes métropoles. C'était un peu la préfiguration de mon rôle au Mipim : mettre les gens en relation et contribuer à faire connaître les meilleures pratiques mondiales pour améliorer le cadre de vie et le développement économique."
Le nouveau directeur du rendez-vous cannois insiste beaucoup sur la "dualité" de l'événement : "C'est évidemment le grand salon de l'immobilier, le rendez-vous des affaires, avec sa dimension transactionnelle. On y fait des deals, on fait en sorte que les investisseurs trouvent leurs projets. Mais le Mipim doit également rester le grand rendez-vous mondial pour penser l'avenir des villes, un moment de réflexion entre les membres des gouvernements, les experts, les grands urbanistes, les acteurs publics, les autorités locales."
Des réflexions d'autant plus nécessaires que le logement traverse une crise structurelle en de nombreux endroits sur la planète. "Le sujet du logement est extrêmement complexe, reconnaît Nicolas Boffi. Cet enjeu, depuis le Covid, est un peu la grande collision des contraires, avec une question : comment concilier durabilité, coûts de construction, taux, offre, demande, etc. ? Mon souhait, cette année, est qu'on parle de solutions concrètes car il y a une vraie urgence, un défi social et sociétal très important."
Des exemples de réussite existent. "L'Autriche, d'une certaine manière, est un modèle (Vienne est souvent citée en exemple avec ses logements et loyers abordables, accompagnés d'une qualité de vie très élevée, NdlR). La transformation de bureaux en logements à New York ou le grand plan de construction modulaire en Espagne sont d'autres réussites. La ville de Manchester (qui a opéré une véritable renaissance urbaine en 20 ans, NdlR) est aussi inspirante, notamment parce que les décideurs publics et les investisseurs privés y ont travaillé main dans la main."
"Aujourd'hui, les codes de l'hôtellerie, avec son offre de services, irriguent toutes les classes d'actifs: le logement, les bureaux etc."
Le logement ne sera toutefois pas le seul thème prioritaire de ce Mipim. L'irruption de la technologie en est un autre : "L'IA est devenue une révolution, une vague qui balaie tout. Et l'IA trouve dans la ville une concrétisation par les infrastructures digitales que sont les data centers. Jusqu'ici, on parlait peu des data centers au Mipim, c'était secteur de niche, assez technique, un peu obscur. Mais aujourd'hui, les montants d'investissement sont tels, l'impact dans la ville est tel, qu'on se doit d'en parler. Nous avons donc créé un cycle de conférences, le Data Center Summit, qui va réunir tous les grands acteurs mondiaux du secteur et voir comment cela s'articule avec le développement urbain et les autres actifs."
L'immobilier "opéré", version "hôtel"
Mais un autre sujet devrait occuper les participants, dans le palais des Festivals, celui de l'immobilier "opéré", c'est-à-dire le passage, pour l'immobilier, d'une logique de "murs" à une logique de "services". "On va parler beaucoup de bureaux 'prime', c'est-à-dire les bureaux très haut de gamme, avec une approche servicielle de l'immobilier. Aujourd'hui, les codes de l'hôtellerie, avec son offre de services, irriguent toutes les classes d'actifs: le logement, les bureaux etc.", souligne Nicolas Boffi.
Ce dernier estime, enfin, que l'avenir du secteur et le futur des villes dépendront beaucoup de la capacité des uns et des autres à travailler via des partenariats publics-privés qui ont déjà fait leurs preuves. "En Europe, en France et sans doute aussi en Belgique, on a généralement pensé la ville via une organisation très verticale : le cadre était porté par les pouvoirs publics et la construction réalisée par les acteurs privés. Aujourd'hui, je pense que les acteurs privés ont aussi leur mot à dire dans la manière de prendre des décisions stratégiques dans la ville. Et que les acteurs publics doivent également apprendre à prendre des risques, comme le font les acteurs privés", conclut le directeur général du Mipim.
