Election américaine : Que peut-on en attendre des marchés financiers sous Trump 2 ?
Les marchés européens ont ouvert en hausse ce matin, et Wall Street est également attendu en forte progression. Mais quel sera l'impact à long terme d'une présidence de Trump ?

- Publié le 06-11-2024 à 11h08
- Mis à jour le 06-11-2024 à 18h27

Donald Trump, un président apprécié par les marchés financiers ? Aux États-Unis, il ne faisait en tout cas pas peur aux investisseurs, notamment parce que l'une de ses promesses de campagne était d'abaisser (à nouveau, comme lors de son premier mandat) la fiscalité sur les entreprises pour la faire descendre jusqu'à 15 % (contre 21 % actuellement). "Tout l'inverse de ce que la candidate démocrate souhaitait faire, c'est-à-dire poursuivre la politique de subventions à tout-va conduite par Biden", souligne Christophe Dembik, conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet AM.
La Bourse de New York attendue en forte hausse
Traditionnellement, les marchés sont bien orientés à la suite d'une élection présidentielle aux États-Unis. Notamment parce qu'elle lève les incertitudes qui régnaient jusque-là. Mercredi matin, les marchés européens, les premiers à réagir à la victoire de Donald Trump, étaient d'ailleurs en hausse : dans les premiers échanges, la Bourse de Paris avançait nettement (1,11 %), Londres gagnait 0,86 %, Francfort 0,82 % et Milan 0,63 %. Et on peut sans doute s'attendre, cet après-midi, à une ouverture de Wall Street en forte hausse : dans les échanges d'avant-séance, le contrat sur l'indice vedette Dow Jones prenait 2,24 %, celui sur l'indice élargi S&P 500 progressait de 2 %, tandis que celui pour le Nasdaq, à forte composante technologique, gagnait 1,65 %.
Le fait que Donald Trump puisse compter, demain, sur un Congrès totalement républicain, devrait permettre au futur président de mettre en œuvre son programme économique. Pour rappel, outre la baisse de la fiscalité sur les entreprises, l'homme mise sur le protectionnisme et veut augmenter tous les droits de douane à l'entrée aux États-Unis. Aux dernières nouvelles, il ferait passer de 10 à 20 % les droits de douane sur l'ensemble des importations, et voudrait les porter à 60 % sur les importations chinoises et même à 200 % sur les véhicules importés depuis le Mexique.
"Budgétairement, le programme économique de Donald Trump n'est pas neutre et pourrait faire grimper la dette des États-Unis à 130 % du produit intérieur brut."
Par ailleurs, parmi les mesures emblématiques du candidat Trump, figure aussi la multiplication des forages pétroliers et gaziers aux États-Unis pour assurer l'indépendance énergétique du pays.
Mais, parmi les intentions de Donald Trump, il y a évidemment aussi la volonté de beaucoup mieux contrôler les frontières, avec le risque d'apporter de la tension sur le marché de l'emploi et de faire grimper les salaires.
Les secteurs pouvant être favorisés par Donald Trump
Quel pourrait être l'impact à long terme de ces mesures sur les marchés, et, en particulier, la Bourse de New York ? "Il ne faut jamais exagérer l'influence du politique sur l'évolution des actions. D'autres facteurs jouent : la politique monétaire, les résultats d'entreprises, le niveau du dollar, entre autres", rappelle Christophe Dembik. Et, sur ce plan, certaines inquiétudes s'expriment aussi sur les marchés car le programme de Donald Trump – surtout ses mesures protectionnistes et la "fermeture" des frontières – pourrait se révéler assez inflationniste. "Budgétairement, le programme économique de Donald Trump n'est pas neutre et pourrait faire grimper la dette des États-Unis à 130 % du produit intérieur brut. Avec peut-être un peu plus d'inflation – même s'il ne s'agit pas d'un retour aux niveaux de 2022 – et des taux d'intérêt qui pourraient s'ancrer autour des 4 % au lieu de continuer à baisser", estimait récemment dans La Libre Jérôme van der Bruggen, chief Investment Officer chez Degroof Petercam. Les taux obligataires américains ont d'ailleurs atteint un plus haut ce mercredi matin, aux alentours de 4,40 %, alors que le dollar s'inscrivait aussi à un sommet depuis un an.
Or, une remontée de l'inflation pourrait inciter la Banque centrale américaine (la Fed) à mettre en pause son mouvement de baisse des taux en cours actuellement; ce qui pourrait avoir un effet négatif sur les marchés. De premières indications pourraient tomber rapidement, la Fed se réunissant justement ces mercredi et jeudi; on attend une nouvelle baisse des taux directeurs de 0,25 point de base mais la Fed pourrait aussi donner des indications sur la suite des opérations.
A contrario, un élément plaide nettement pour une hausse, au moins dans un premier temps, du marché américain : la baisse de la taxation des sociétés qui va sans doute pousser les bénéfices des (grosses) entreprises américaines (jusque + 11,5 % à + 13,5 % environ par an), durant les prochaines années.
Et au rayon des valeurs américaines qui pourraient le plus bénéficier de la présidence de Donald Trump, les experts pointent généralement l'automobile, les combustibles fossiles (gaz et pétrole), le secteur spatial (vu les accointances avec Elon Musk), l'armement, la finance et les cryptomonnaies, Trump étant plutôt favorable à une dérégulation du secteur financier. Mercredi matin, le bitcoin s'envolait déjà de plus de 5,5 % à près de 73 000 dollars, dopé par la perspective d'un assouplissement réglementaire en cas de victoire définitive de Donald Trump.
Enfin, le secteur des nouvelles technologies (et notamment tout ce qui tourne autour de l'intelligence artificielle), qui a fortement poussé le marché américain ces derniers temps, devrait continuer à profiter des bonnes grâces d'une administration républicaine, au contraire de ce qui aurait pu se passer sous les Démocrates qui voulaient davantage réguler ce secteur pour mieux protéger la vie privée et les consommateurs.