La double vie de Michael Guillen

La mission de Michael Guillen, le journaliste choisi par les Raëliens pour prouver que leur bébé cloné n'est pas une supercherie, a mal commencé. Au cours de la conférence de presse de vendredi à Hollywood (Floride), lorsque la directrice de Clonaid, Brigitte Boisselier l'a invité à monter sur l'estrade et prendre le micro, il s'est docilement exécuté, franchissant une ligne symbolique: celle qui sépare le journaliste indépendant du membre à part entière de l'équipe"clonesque´.

Pour ne rien arranger, le gourou de la secte, Claude Vorilhon, alias Raël, a par la suite expliqué que si Guillen avait été choisi, c'est parce qu'il avait été"le premier journaliste à avoir fait une interview positive sur le projet´."Je sais qu'il est un très bon ami du docteur Boisselier´, a benoîtement précisé Raël.

Guillen a juré qu'il n'était pas payé par Clonaid, que son seul intérêt dans l'affaire était de pouvoir tourner un documentaire sur le prétendu"premier bébé cloné´, et qu'il produirait un résultat "incontestable´. Mais le scepticisme des scientifiques sur le sujet est à la hauteur de la bouffonnerie de la secte. Et le CV de Guillen, a priori respectable, comporte assez d'ombres pour renforcer les doutes.

Michael Guillen a obtenu à Cornwell University un PhD (doctorat) de mathématiques et de physique, et il a écrit deux livres sur les maths. Pendant quelques années, il a enseigné à Harvard, puis a choisi la voie du journalisme, écrivant pour divers magazines ("Science Digest´,"Esquire´...) ainsi que pour une télévision locale de Boston, où il vit. Avant de travailler plus de trois ans à la chaîne ABC, pour l'émission"Good Morning America´. En octobre, il a quitté ABC (en bons termes, reconnaît la chaîne) pour monter sa propre maison de production, Spectacular Science Productions.

Références sérieuses donc, à un bémol près: Guillen est un fanatique du"paranormal´ ce qui n'est guère compatible a priori avec la profession de journaliste scientifique. En 1997, il a reçu quatre"pigasus awards´, une récompense fantaisiste accordée par la James Randi Educational Foundation aux promoteurs de"pseudo-science et de charlataneries´. Il fait aussi partie des cibles de Robert Park, auteur d'un livre,"Vodoo Science´, qui attaque la médiatisation de fausses sciences. Park l'a épinglé pour avoir évoqué l'existance d'une prétendue source inépuisable d'énergie, pour avoir présenté pour"scientifiques´ des travaux sur l'astrologie et invité à "prendre au sérieux´ la psychokinésie: "On peut imaginer un futur de chaises roulantes, d'ordinateurs et d'avions contrôlées par le cerveau´ prophétisait par exemple Guillen dans un de ses commentaires.

Les sujets qu'il a traités sur ABC donnent une idée de ses autres centres d'intérêt: les"mystères médicaux´, la recherche"scientifique´ sur Dieu ("Dieu sous le microscope´), la possibilité de découverte d'une vie sur Mars.

Guillen s'est également passionné pour le mythe de Roswell (les extraterrestres accidentés dont l'USArmy aurait caché les corps dans une base du Nouveau Mexique). Il a également sorti un prétendu scoop sur l'usage d'"espions psychiques´ pendant la guerre froide...

Lors d'un reportage diffusé en février 2001, dans lequel il interviewait avec complaisance Raël, il a, enfin, professé sa fascination pour le clonage humain, qu'il a placé dans l'importance des découvertes,"au-dessus de l'invention de la roue ou de la Bombe A´.

Pascal Riché Copyright Libération

© La Libre Belgique 2002

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