Vide juridique: un paradis pour cloneurs

Le monde entier attend la certification scientifique qu'Eve soit le premier bébé né de la technique du clonage humain, comme le prétend la secte Raël. En attendant, la communauté scientifique s'inquiète des lacunes de la législation mondiale en matière de clonage à caractère reproductif et des paradis pour cloneurs que cela sous-entend

RACHEL CRIVELLARO
Vide juridique: un paradis pour cloneurs
©EPA

ECLAIRAGE

Le monde entier attend la certification scientifique qu'Eve soit le premier bébé né de la technique du clonage humain, comme le prétend la secte Raël (cf. LLB du 27/12). En attendant, la communauté scientifique s'inquiète des lacunes de la législation mondiale en matière de clonage à caractère reproductif et des paradis pour cloneurs que cela sous-entend.

Pour mémoire, seuls une trentaine de pays - comme le Japon, l'Australie, l'Afrique du Sud ainsi que la plupart des pays européens - ont adopté une loi interdisant le clonage d'être humain et prévoyant des sanctions pénales. Un dispositif toutefois insuffisant, le cloneur n'ayant qu'à se jouer des frontières pour mener ses travaux en toute impunité. L'Allemagne et la France l'ont bien compris qui ont réclamé - en juin 2001 - une convention internationale bannissant tout clonage reproductif d'être humain.

Elaboré sous l'égide des Nations-Unies (Onu), ce texte à portée internationale reste toujours lettre morte, faute de consensus. L'absence d'interdiction du clonage humain s'explique en grande partie par des divergences persistantes sur le clonage thérapeutique (création d'un embryon clone d'un patient comme source de cellules de remplacement). Le Vatican et les Etats-Unis restent opposés au clonage thérapeutique car ils considèrent que l'embryon est dès la conception un être humain. Dès lors, proscrire le clonage humain reviendrait - en filigranes - à accepter le clonage thérapeutique, or Washington et l'Eglise catholique prônent une interdiction globale de la technique.

Traditionnellement alliés aux Etats-Unis et au Saint-Siège sur les questions inhérentes à la reproduction humaine (avortement, contraception), les pays musulmans se sont dissociés et ont plaidé pour un moratoire sur une technique estimée encore trop peu fiable, un point de vue partagé par Israël ou encore la Chine. Par ailleurs, pour l'Islam, le début de la vie d'un être humain ne commence que 40 jours après la conception, et les embryons à usage thérapeutique sont"tués´ avant ce terme. D'autres pays qui veulent voir condamner le clonage reproductif ne souhaitent pas pour autant fermé la porte au"thérapeutique´, considéré comme une piste prometteuse - bien que pour certains spéculative - dans le traitement de nombreuses maladies aujourd'hui incurables. Reste que, de manière générale, la communauté scientifique exige une position claire sur l'interdiction du clonage reproductif pour ne pas nuire à la thérapie cellulaire et libérer le champ de recherche sur l'embryon.

Face à cet écheveau de positions contradictoires, le processus de l'Onu s'est donc enlisé, rien n'a été décidé. Un statu quo qui pourrait coûter cher si d'aventure la naissance d'un bébé par la technique du clonage reproductif devait être prouvée. Il sera bien difficile de revenir en arrière devant le fait accompli.

© La Libre Belgique 2002


Preuves et condamnations Le Vatican s'est élevé samedi contre l'annonce du premier clonage humain par Clonaid, société liée à la secte Raël. "L'annonce en elle-même est l'expression d'une mentalité brutale, dénuée de toute considération éthique et humaine´, a estimé le porte-parole pontifical, Joaquin Navarro-Valls. Le porte-parole du pape Jean Paul II souligne qu'aucune preuve scientifique n'a été apportée à l'appui de cette affirmation et que l'annonce de Clonaid "a déjà suscité le scepticisme et la condamnation morale d'une grande partie de la communauté scientifique internationale´. Le Pape lui-même a critiqué toute expérimentation scientifique qui porte atteinte à la dignité de la vie humaine, notamment l'utilisation d'embryons humains pour la recherche sur les cellules souche. "Science-fait ou science-fiction?´, titrait samedi un grand quotidien américain, résumant la perplexité générale accueillant l'annonce des raéliens. "Sans données scientifiques, on se doit d'être très, très sceptique´, a estimé Robert Lanza, un des responsables de la firme privée de recherches génétiques Advanced Cell Technologies. Par ailleurs, l'Institut Roslin d'Edimbourg - où est née la brebis clonée Dolly - a mis en garde contre les dangers du clonage d'un être humain. L'Institut cite un fort taux de fausses couches et de mortalité post-natale et des problèmes avec les clones au cours de leur vie. De son côté, l'Eglise orthodoxe russe a condamné le clonage humain, mettant en avant le risque d'une "profonde crise morale´, tandis que le président américain George W. Bush faisait savoir qu'il allait presser le Congrès de voter un projet de loi interdisant toute forme de clonage humain. Le président français, Jacques Chirac, a pour sa part condamné "cette pratique, contraire à la dignité de l'homme et criminelle´. Il a appelé tous les Etats à"se rallier sans plus tarder à la proposition de convention visant la prohibition universelle du clonage humain reproductif, présentée aux Nations unies par la France et l'Allemagne (cf.supra). Le porte-parole de l'Onu Fred Eckhard a quant à lui déclaré: "personne ne peut s'attendre à ce que le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan envoie des fleurs´. (D'après BELGA, AFP et REUTERS)

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