En attendant les preuves de Clonaid...
INTERVIEW EXCLUSIVE. Les prélèvements d'ADN sur le 1er enfant présumé cloné semblent compromis. Un tribunal de Floride demande de retirer aux parents la garde de leur fille. Présidente de la société de clonage, le Dr Boisselier répond à nos questions.En ce qui concerne l'enquête que doit effectuer un journaliste indépendant, plusieurs chaînes de télévision ont révélé que Michaël Guillen aurait voulu leur vendre le sujet il y a plusieurs semaines. Ce qui met en doute son "indépendance" par rapport à la secte Raël.
- Publié le 04-01-2003 à 00h00

ENTRETIEN
De passage à Bruxelles "par plaisir, mais également pour le business´, le très controversé Dr Brigitte Boisselier, présidente de Clonaid, nous a accordé une interview exclusive, alors que le monde attend toujours la preuve de l'existence réelle du premier bébé cloné. Et alors que Claude Vorilhon, alias Raël, l'a priée de renoncer aux tests d'ADN.
Le côté"business´ qui justifie votre passage dans notre capitale est-il lié au clonage?
Bien sûr, mon business est à 100 pc clonage, pour l'instant.
Nous voulions dire directement lié à la naissance d'enfants clonés à naître sur notre territoire...
Pas nécessairement en Belgique.
L'incertitude quant au fait qu'un expert indépendant puisse effectuer les prélèvements sur Eve pose un réel problème de crédibilité. Comment allez-vous apporter cette preuve tant attendue?
Une preuve que j'attends aussi avec impatience. Mais ce sont les parents qui détiennent l'accès et tant qu'il subsistera un doute sur le fait que l'enfant puisse leur être enlevé, ils vont probablement me faire patienter encore un peu.
Vous avez envisagé d'autres solutions pour apporter la preuve?
Oui, on pourrait peut-être s'en tirer différemment. Le maillon faible est cet expert indépendant. Etant de nationalité américaine, en face d'un juge américain, il est tenu par la loi de donner ces informations. On pourrait donc imaginer avoir un expert d'un autre pays. L'autre solution envisagée consisterait à faire les tests sur les prochains bébés à naître.
Que pensez-vous de l'attitude des parents?
Je comprends très bien qu'ils restent prudents même si, contractuellement, ils s'étaient engagés à rendre l'événement public et à accepter le passage d'un expert. Mais je n'ai pas le coeur à les pousser compte tenu de la folie de certaines demandes juridiques. Je ne désespère toutefois pas qu'ils changent d'avis. Ils nous ont demandé 48 heures de réflexion. Nous travaillons avec nos avocats.
Vous comprenez aussi le scepticisme légitime du public en l'absence de preuves?
Oui, mais quand une nouvelle technologie se développe, elle suscite des réactions. Il y a eu le dégoût, puis la peur et maintenant le doute. Il faudra bien un jour que les gens se fassent à la réalité.
Que pensez-vous de la demande du tribunal de Floride de retirer aux parents la garde de l'enfant?
Aucune juridiction ne pourrait nuire d'une façon quelconque à ceux qui ont fait cet enfant, et je m'inclus dans ceux-ci.
Vous n'aviez pas envisagé cette éventualité?
Non, cela me paraît si monstrueux, indigne que cela ne nous a jamais traversé l'esprit.
On peut répondre qu'il est monstrueux de concevoir un clone...
Dès que les gens verront le visage de l'enfant et qu'ils comprendront qu'il est le jumeau décalé d'un autre enfant, je suis persuadée que leurs doutes vont disparaître et que leur perception de l'événement va se décanter. Qu'il y aura un peu moins d'émotion et que ce sera plus rationnel.
Pourquoi pensez-vous que la situation sera plus aisée en Europe, pour la prochaine naissance de cette petite fille d'un couple de lesbiennes?
Peut-être que les parents se sentiront moins menacés et qu'ils accepteront donc cette expertise plus facilement.
Quelles sont les équipes qui assurent le suivi des grossesses?
Il existe deux équipes qui travaillent selon le continent. L'important est d'avoir des médecins possédant la licence pour travailler dans les pays concernés.
Avez-vous assisté au premier accouchement?
Non. Je m'étais pourtant toujours promis d'y assister mais il m'a semblé qu'il était plus prudent de ne pas y être pour m'assurer de ne pas être suivie. Il n'est pas impossible que j'assiste à la deuxième naissance.
Combien d'essais ont été nécessaires pour aboutir à une naissance à terme?
Parmi les dix implantations que nous avons effectuées, cinq sont sur le point ou sont déjà arrivées à terme. Les autres se sont soldées par des fausses couches spontanées.
Quels tests ont été réalisés pour vérifier le bon état de santé d'Eve?
Tout a été fait.
Les risques de développer plus tard d'autres maladies, notamment génétiques, demeurent malgré tout bien présents?
Comme pour tout enfant né le même jour à la même heure. Cela n'a rien à voir avec le mode de conception.
Et lorsque l'on vous dit que ce bébé est un cobaye humain...
On peut le qualifier de toute sorte. Je considère pour ma part que c'est un enfant qui a été désiré. Les parents ont pris, avec nous, le risque de l'obtenir et ils sont aujourd'hui heureux de l'avoir fait. Nous avons implanté un embryon testé au préalable et nous avons assuré un suivi pendant la grossesse comme cela se pratique en fécondation in vitro, même si nous avons"surassisté´ ce suivi. Si ce bébé a été"surétudié´, je ne le qualifierais pas pour autant de cobaye.
Que savez-vous des expériences similaires menées ailleurs?
À vrai dire, je n'en connais pas plus que vous. J'ai entendu des déclarations du Dr Antinori qui annonce une naissance début janvier. J'espère que tout se passera bien pour lui, comme ce fut le cas pour moi.
Certains experts ont affirmé qu'en Russie, des centaines de spécialistes étaient capables de faire naître des bébés par clonage, mais qu'ils manquaient de moyens. Qu'en pensez-vous?
Je pense qu'il en existe des milliers de par le monde et pas uniquement en Russie. En Chine, ils sont aussi bien avancés et même encouragés par le gouvernement. Il suffit d'avoir un équipement de type clinique de fécondation in vitro et des techniciens doués qui pratiquent beaucoup. En plus de connaître les caractéristiques propres à l'espèce humaine. Je suis convaincue que le clonage est accessible à toute personne qui connaît l'art...
© La Libre Belgique 2003
Le journaliste américain, présenté comme indépendant, chargé de vérifier que le bébé Eve est bien le premier clone humain, a essayé de vendre cette histoire à des chaînes de télévision américaines des semaines avant la naissance, selon le New York Times de dimanche. Ces tentatives soulèvent des interrogations sur l'indépendance de Michael Guillen, un ancien reporter scientifique pour la chaîne ABC et physicien-mathématicien de formation, vis à vis des raéliens, secte fondatrice de la société Clonaid, souligne le journal.
