La ville d'Uvira au centre de toutes les tensions : "Une provocation à l'égard des États-Unis et de Donald Trump"
Les rebelles de l'AFC/M23 affirment avoir quitté la ville. Kinshasa nie.

- Publié le 23-12-2025 à 18h43

"Nous avons accepté de retirer nos troupes. Il n'y a plus un militaire de l'AFC dans le centre d'Uvira", explique Freddy Kaniki, coordonnateur adjoint de l'AFC/M23 chargé des questions économiques, financières et développement.
Un de ses proches ajoute : "Des troupes sont conservées juste en dehors de la ville. Prêtes à intervenir en cas d'urgence ou de menace contre les populations civiles. Nous savons que des wazalendo (supplétifs de l'armée congolaise issus d'anciennes milices armées, NdlR) sont cachés dans la ville. Nous voulons éviter qu'ils profitent de l'absence de nos hommes pour commettre des meurtres".
Depuis vendredi dernier, les troupes antigouvernementales de l'AFC/M23 étaient sous pression des États-Unis qui réclamaient leur retrait de la ville d'Uvira, sur le lac Tanganyika et la frontière burundaise. La cité est tombée dans l'escarcelle des rebelles le 10 décembre, quelques jours seulement après la signature, à Washington, le 4 décembre, sous la baguette du président Donald Trump, d'un "accord de paix" entre la République démocratique du Congo et le Rwanda.
La chute d'Uvira, troisième grande ville conquise par les troupes antigouvernementales après celles de Goma et de Bukavu en janvier et février dernier, a été vécue "vu la proximité entre les rebelles et le Rwanda, comme une provocation à l'égard des États-Unis et de leur président", explique un diplomate occidental.
Les pressions américaines, surtout, mais aussi onusiennes et européennes ont donc eu raison de la détermination des rebelles qui, dans un premier temps, avaient annoncé conditionner leur retrait d'Uvira, "à une démilitarisation complète de la zone, à la mise en place d'une force de défense neutre dans la ville et à la protection des civils par un "mécanisme clair et crédible". Autant d'objectifs aux contours flous et donc très difficiles à atteindre qui laissaient présager un statu quo et donc un maintien de la présence des rebelles dans Uvira.
Mais Washington ne l'a pas entendu de cette oreille et a maintenu la pression tant sur les rebelles que sur leurs alliés rwandais, grands bénéficiaires des accords de Washington, et donc beaucoup plus sensibles aux positions américaines.
"Pas suffisant"
Pour le gouvernement de Kinshasa, il ne s'agit que d'une annonce de retrait. À Washington, certains responsables politiques se montrent aussi dubitatifs. "Il y a eu quelques mouvements, mais nous ne pensons pas que cela corresponde à une libération complète de la ville. Nous croyons que l'autoroute M23 continue de bloquer la ville", a ainsi déclaré un haut responsable américain à Reuters.
Sur le terrain, des manifestations ont été organisées à Uvira, Goma et Bukavu ces deux deniers jours. Des milliers de personnes sont descendues dans les rues pour demander le maintien des troupes de l'AFC/M23 à Uvira en mettant en avant le retour de la sécurité dans la ville depuis le départ des wazalendo. Des manifestations mises en avant par les uns, dénoncées comme de la propagande organisées à coups de menaces par les autres.
La situation reste donc aussi tendue que confuse dans et autour d'Uvira où des notables se seraient organisés pour organiser la gestion de la ville d'un peu plus de 300 000 habitants. Une fois encore, Kinshasa crie à une manipulation orchestrée par des rebelles qui espèrent conserver la mainmise sur la ville.
Dialogue
Dans ce contexte toujours aussi incertain, le président congolais Félix Tshisekedi n'est pas épargné par la pression nationale, régionale et internationale pour mettre sur pied un dialogue national inclusif. Une piste privilégiée depuis de longs mois par les évêques congolais, rejoints aujourd'hui par la plupart des pays d'East african community mais aussi l'Angola, qui préside pour quelques semaines encore l'Union africaine, et le Togo, médiateur pour la crise en RDC de cette institution. L'opposant politique Moïse Katumbi, très discret ces derniers temps, est aussi monté au créneau ce lundi en faveur de ce dialogue inclusif. Le président congolais, lui, joue la sourde oreille. "Il dit qu'il n'est pas prêt", explique un responsable angolais. "Tout va s'inscrire dans un rapport de force", explique un autre diplomate de la région pour qui "Kinshasa n'est sensible que la voix des armes."