Débat entre les candidats à la vice-présidence américaine : une anomalie dans l'ère Trump
Le gouverneur démocrate Tim Walz et le sénateur républicain J.D. Vance ont livré un débat respectueux et sans éclats, mardi soir.
- Publié le 02-10-2024 à 06h50
- Mis à jour le 02-10-2024 à 17h06

Qui a dit qu'il fallait s'insulter pendant les débats télévisés ? Mardi soir, le Démocrate Tim Walz et le Républicain J.D. Vance se sont livrés à une confrontation dense et cordiale, axée sur les propositions de leurs colistiers respectifs, Kamala Harris et Donald Trump, plutôt que les attaques personnelles. Bref, un duel cathodique "normal" comme les Américains n'en avaient plus l'habitude depuis l'irruption du milliardaire sulfureux dans la vie politique.
Pendant une heure et demie, les deux hommes, respectivement gouverneur du Minnesota et sénateur de l'Ohio, ont balayé les principaux sujets de préoccupation des Américains : l'inflation, l'immigration, l'avortement, la santé, les armes à feu… Même si leurs micros étaient ouverts en permanence, ils ont résisté à la tentation de s'interrompre. Ils se sont quittés en se serrant la main.
Sur beaucoup de dossiers, les élus ont même affiché leur accord. Quand Tim Walz a indiqué que son fils avait été le témoin d'une fusillade, son rival lui a offert sa sympathie. "Je ne le savais pas, j'en suis désolé, a dit le Républicain. Christ, aie pitié !"
Traditionnellement, les débats entre potentiels vice-présidents sont moins suivis que ceux entre les candidats à la Maison-Blanche. L'enjeu de telles confrontations : ne pas commettre de faux pas qui pourraient plomber le candidat, comme cela avait été le cas en 2008 avec la performance inégale de Sarah Palin, la numéro deux de John McCain, face à un Joe Biden beaucoup plus à l'aise et au fait des dossiers. En ce sens, Tim Walz et J.D.Vance ont rempli leur mission.
Ce dernier a cherché à déminer les prises de position les plus controversées de l'ancien Président, en particulier dans le domaine de l'immigration. Quand Tim Walz a évoqué Springfield (Ohio), ville où les migrants haïtiens sur place ont été accusés par Donald Trump de manger des chats et des chiens, le sénateur a mis l'accent sur "les écoles et les hôpitaux submergés" par les migrants, et accusé Kamala Harris d'être responsable de la crise migratoire. "Je pense avant tout aux citoyens américains dont la vie a été détruite par les frontières ouvertes de Kamala Harris", a-t-il souligné. Il a aussi reconnu que "le Parti républicain devrait regagner la confiance du peuple" sur le sujet épineux de l'avortement, l'un des principaux sujets de préoccupation de l'électorat.
Habitué des plateaux de télévision, J.D. Vance, 40 ans, plus jeune candidat au poste de vice-président, s'est montré à l'aise dans l'exercice, même quand on lui a fait remarquer qu'il avait autrefois qualifié Donald Trump d' Hitler américain". Tim Walz, lui, est apparu plus nerveux, prenant constamment des notes. Il s'est emmêlé les pinceaux quand la présentatrice lui a demandé pourquoi il avait affirmé avoir assisté au massacre de la place Tian'anmen en 1989, alors qu'il était chez lui, dans le Nebraska. "Parfois, je peux être un imbécile", a reconnu le Démocrate, coutumier de ce genre de contre-vérités.
Les deux hommes ont marqué leurs différences en fin de débat sur la question de la démocratie. J.D. Vance a fait valoir que les Démocrates avaient agi pour "censurer" les voix critiques sur les réseaux sociaux pendant la crise sanitaire. Il a minimisé l'attaque de partisans trumpistes contre le Capitole, le 6 janvier 2021, faisant remarquer que Donald Trump avait fini par quitter pacifiquement la Maison-Blanche. Il a, toutefois, refusé de dire si le milliardaire avait perdu l'élection de 2020 – l'intéressé affirme qu'il l'a remportée. "Je suis focalisé sur le futur", a-t-il botté en touche. "Il y a eu beaucoup de terrains d'entente ce soir mais je trouve ce sujet perturbant", a rétorqué le gouverneur Walz, notant que 140 agents de police avaient été blessés pendant l'attaque et que certains s'étaient donné la mort après. "Quand cette élection sera terminée, a-t-il conclu, nous devrons nous serrer la main et passer à autre chose".
Sur son réseau Truth Social, Donald Trump n'a pas montré la même courtoisie que J.D. Vance vis-à-vis du gouverneur. Tout en le qualifiant de "Tampon Tim", allusion à une loi du Minnesota qui autorise la distribution de tampons dans les écoles publiques, il l'a qualifié de "désastre avec un QI bas… comme Kamala".
