"Le pire cauchemar pour les Israéliens, c'est justement qu'il y a un accord avec l'Iran"
Un cessez-le-feu bilatéral et des pourparlers à Islamabad pourraient permettre de mettre fin à la guerre israélo-américaine en Iran.

- Publié le 08-04-2026 à 20h03
- Mis à jour le 09-04-2026 à 09h02

La promesse d'un nouveau déluge de feu et de cendres susceptible de réduire à néant une civilisation multimillénaire, à en croire Donald Trump, a finalement fait place au souffle léger d'une accalmie, plus propice aux accords d'alcôve. Les deux semaines de cessez-le-feu annoncées mercredi par le président américain, en coordination apparente avec Israël, doivent en effet permettre de tenter d'enterrer la hache de guerre avec l'Iran. Des négociations entre Téhéran et Washington sont prévues à partir de ce vendredi 10 avril à Islamabad, au Pakistan, possiblement dans une formule de pourparlers directs.
En sa qualité d'allié des deux parties, cette autre République islamique (sunnite dans ce cas) a joué un rôle crucial dans l'établissement des conditions préalables à la conclusion de cette trêve. Sur la table, face au plan américain en quinze points déjà présenté, un plan en dix points proposé par Téhéran, où figurent en bonnes places le contrôle iranien du détroit d'Ormuz et le retrait des forces de combat de toutes les bases américaines de la région.
Des chaînes humaines
L'appel des autorités iraniennes à constituer des chaînes humaines autour des sites énergétiques et sur les ponts voués à la destruction a-t-il découragé Donald Trump ? Toujours est-il que les États-Unis et Israël ont accepté d'arrêter leurs bombardements sur l'Iran à la condition que le régime chiite rouvre le détroit d'Ormuz à une circulation maritime sûre et sans entrave. Pour sa part, Téhéran a promis de laisser momentanément libre cours au trafic dans cette voie stratégique pour l'économie mondiale, pour autant que ses adversaires arrêtent leurs attaques sur son territoire national.
Ce cessez-le-feu constitue une "victoire totale et complète", a clamé le président Trump, "tous les objectifs de guerre" ayant été "atteints". Toutefois, cette trêve semble surtout constituer une tentative de mettre fin à bon compte à un conflit qui s'emballait encore dans sa sixième semaine et masquer d'autres considérations. Le géopolitologue Frédéric Encel avance ainsi deux hypothèses tactiques.
Un cessez-le-feu tactique ?
La première suppose, pour les États-Unis, "la nécessité technique, logistique, de se réorganiser et de se réapprovisionner en munitions, en vue d'une seconde campagne de frappes, et peut-être même d'une intervention au sol sur l'une des îles du détroit". Une possibilité que le chercheur considère comme plausible, rappelant que "le 27 février dernier, lorsque Trump ne vouait pas aux gémonies le régime iranien mais considérait que les négociations avançaient bien à Genève, il préparait une campagne massive de bombardements pour la lancer quelques heures plus tard".
La seconde hypothèse envisage "l'acceptation par Trump d'une demande de cessez-le-feu par l'Iran". En effet, "même s'il se maintient, le régime iranien est extraordinairement affaibli sur le plan militaire", affirme cet enseignant à Sciences Po Paris. Aujourd'hui, dit-il, "il y a sans doute une incapacité pour l'Iran de reconstruire un arsenal balistique. Vous ne construisez pas des missiles, vous ne fabriquez pas une bombe, comme vous fabriquez des drones". Et ce n'est pas parce que les drones iraniens peuvent toucher douze pays de la région que cela constitue une "menace stratégique", estime l'auteur de La guerre mondiale n'aura pas lieu (éd. Odile Jacob, 2025).
Un retour en arrière
L'arrêt des combats va s'avérer "très compliqué à maintenir", pense pour sa part Laure Foucher, maîtresse de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), à Paris. "C'est un peu comme si l'on revenait en arrière puisqu'il y avait déjà des négociations avant la guerre, qui avaient quand même pas mal avancé. Et on voit bien que les frappes américaines et israéliennes n'ont pas nécessairement mis les Iraniens dans une position de faiblesse par rapport aux négociations. Au contraire, ils disposent maintenant d'un levier qui permet d'imposer des coûts au monde entier, y compris aux États-Unis, ce qui n'était pas le cas dans la guerre de juin 2025", explique-t-elle en référence aux conséquences mondiales du blocage par l'Iran du détroit d'Ormuz.
Du reste, Israël n'était pas du tout favorable à un cessez-le-feu, "et encore moins un cessez-le-feu institutionnalisé", note la chercheuse, qui travaille en particulier sur les politiques intérieure, extérieure et de défense en Israël et Palestine. "D'ailleurs, on ne sait pas trop ce qu'il y a dedans, c'est sujet à l'interprétation de chaque partie". Le changement de régime recherché au début du conflit demeure, selon elle, l'objectif des Israéliens, aux côtés de ceux consistant à régler une fois pour toutes la question nucléaire et balistique. "Le pire cauchemar pour les Israéliens, c'est justement qu'il y a un accord avec l'Iran", assure-t-elle. Mais il n'est pas improbable que la trêve perdure parce que "Trump estime que le coût pour repartir en guerre est trop important, notamment en interne. Et Israël ne retournera pas au combat seul, sans les États-Unis".
L'Iran, bien seul
Quoi qu'il en soit, la conclusion de cette trêve est peut-être le signe que "le régime iranien craint quand même beaucoup la capacité de Trump à mettre en œuvre ses menaces, même les plus violentes", souligne Frédéric Encel. D'autant plus que la guerre a montré, sur le plan géostratégique, "à quel point l'Iran a été seul".
"Il n'y a pas d'alliance entre Moscou et Téhéran. Il y a encore moins d'alliance entre Pékin et Téhéran, ajoute le chercheur. Ces dernières années s'est répandu le concept de Sud global, qui n'a aucune espèce de consistance géopolitique. En l'occurrence, ce qui vient de se produire c'est qu'un État du Sud global a bombardé douze États du Sud global. Sans parler du prétendu axe russo-sino-irano-vénézuélien… Vous savez où est en ce moment le président vénézuélien. L'Iran était vraiment seul. Je ne parle pas de ses proxys infra-étatiques. Aucun État ne s'est porté au secours de l'Iran, même pas politiquement".