Un seul pays au monde est totalement autosuffisant alimentairement – et ce n'est pas celui qu'on croit
Une nouvelle étude révèle que seul le Guyana, pays d'Amérique du Sud, est totalement autosuffisant sur le plan alimentaire.
- Publié le 03-07-2025 à 06h44

Crises sanitaires, conflits géopolitiques, dérèglement climatique… Ces dernières années, les chocs sur les chaînes d'approvisionnement mondiales ont remis sur le devant de la scène la question cruciale de l'autosuffisance alimentaire. Une étude récemment parue dans la revue Nature Food dresse un constat sans appel : sur 186 pays analysés, un seul est capable de produire à lui seul l'intégralité des aliments nécessaires pour nourrir sa population selon les recommandations nutritionnelles internationales.
Et l'identité de ce pays risque d'en surprendre plus d'un : le Guyana, nation d'Amérique latine nichée entre le Venezuela, le Brésil et le Suriname. Cette performance s'explique en partie par sa faible densité de population : 4 habitants par km², soit environ cent fois moins que la Belgique. Une comparaison qui doit néanmoins être prise avec prudence, puisque 85 % du territoire du Guyana est recouvert par la forêt amazonienne, ce qui limite les terres disponibles pour l'agriculture.
Sept critères
Pour parvenir à ce résultat, des chercheurs des universités de Göttingen (Allemagne) et d'Édimbourg (Royaume-Uni) ont évalué la capacité de chaque pays à couvrir leurs besoins propres, grâce à leur seule production agricole dans sept grands groupes alimentaires : fruits, légumes, produits laitiers, viandes, poissons, protéines végétales (légumineuses, noix, graines) et féculents. Ils ont, pour ce faire, utilisé les critères du régime Livewell, développé par le WWF (World Wildlife Fund), qui encourage une alimentation plus végétale, équilibrée et durable.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que le bilan global dressé par les scientifiques est préoccupant : plus d'un tiers des pays ne sont autosuffisants que dans deux groupes alimentaires ou moins. Seul le Guyana satisfait aux exigences dans toutes les catégories. Derrière ce pays, il n'y a que la Chine et le Vietnam qui satisfont à six des sept critères, échouant uniquement à produire suffisamment de produits laitiers.
Des disparités régionales
Une des observations marquantes de cette étude est que les disparités régionales sont marquées. L'Europe et l'Amérique du Sud sont globalement plus autosuffisants que la moyenne, alors que les États insulaires, la Péninsule arabique et les pays en développement dépendent les plus de l'importation d'aliments.
En Afrique subsaharienne, la plupart des pays peinent à couvrir leurs besoins en légumes et en poisson, souvent aussi en fruits et en viande. Et six pays, principalement situés au Moyen-Orient, ne couvrent aucune des sept catégories : l'Afghanistan, les Émirats arabes unis, l'Irak, Macao, le Qatar et le Yémen.
Les grandes puissances pas épargnées
Même les grandes puissances agricoles ne sont pas à l'abri. Les États-Unis, malgré leur rang de géant agricole, échouent dans trois catégories. La France aussi, pourtant pilier de l'agriculture européenne. Les pays nordiques, que ce soit la Scandinavie, les pays baltiques, le Royaume-Uni, le Canada ou la Russie, ne produisent quant à eux même pas la moitié de leurs besoins en fruits.
Autre constat frappant : la surproduction de certaines denrées ne compense pas les carences dans d'autres. Ainsi, deux tiers des pays produisent trop de viande et de produits laitiers, mais pas assez de protéines végétales. C'est d'ailleurs tout le secteur végétal qui est en retrait, puisque la moitié des pays dans le monde ne produisent pas assez de légumineuses ou de féculents, tandis que les trois quarts sont concernés par une carence en légumes.
Et la Belgique, dans tout ça ? Elle est autosuffisante dans quatre catégories et reste donc dépendante des importations de fruits, de poisson et de légumineuses.
Les vertus du commerce international
Mais est-ce un problème pour autant ? Pas forcément, tempère Jonas Stehl, l'auteur principal de l'étude. Il est parfois plus rationnel, aussi bien économiquement qu'écologiquement, d'importer certaines denrées plutôt que de tenter de les produire localement coûte que coûte dans des conditions peu favorables.
Souvent décrié, le commerce international joue donc un rôle crucial pour équilibrer les besoins alimentaires mondiaux. Mais il comporte aussi ses risques, notamment lorsque les pays s'appuient sur un nombre restreint de partenaires. Cette vulnérabilité est d'autant plus préoccupante dans un contexte géopolitique incertain, où l'Administration Trump, par exemple, multiplie les mesures protectionnistes et les droits de douane élevés.
Même les zones de libre-échange n'offrent pas toujours une garantie de sécurité alimentaire. Les unions économiques entre pays d'Afrique ou des Caraïbes ne permettent aux pays membres de couvrir que deux groupes alimentaires. Quant au Conseil de coopération du Golfe (CCG), il ne parvient à l'autosuffisance que pour la viande.
En cas de conflit ou de catastrophe climatique, cette dépendance pourrait rapidement se transformer en crise. D'où l'importance, pour chaque pays, de tendre vers une forme de souveraineté alimentaire et de bâtir des chaînes d'approvisionnement résilientes pour garantir la santé publique et la sécurité nutritionnelle de sa population. Encore faut-il, bien sûr, que cette nourriture soit effectivement accessible à l'ensemble des citoyens, ce qui relève davantage de choix politiques que de production agricole.
Étude source : Stehl, J., Vonderschmidt, A., Vollmer, S. et al. Gap between national food production and food-based dietary guidance highlights lack of national self-sufficiency. Nature Food 6, 571 – 576 (2025). https://doi.org/10.1038/s43016-025-01173-4