Ces experts de l'ombre devenus stars du jour au lendemain: Marius Gilbert, l'épidémiologiste discret
Il était sans doute le dernier à imaginer ça, que des t-shirts floqués à son effigie - avec le slogan " Il va falloir inventer une nouvelle manière de vivre", titre d'un article de nos confrères de Paris Match - se vendent comme des petits pains.

- Publié le 03-05-2020 à 09h09

Il était sans doute le dernier à imaginer ça, que des t-shirts floqués à son effigie - avec le slogan "Il va falloir inventer une nouvelle manière de vivre", titre d'un article de nos confrères de Paris Match - se vendent comme des petits pains.
Ou encore qu'à Jurbise, un certain Julien Toussaint, architecte de métier et passionné de musique électronique, lui consacre une chanson. "Quand le virus sera derrière, tu pourras lui payer une bière. À Marius… Marius Gilbière", chante-t-il légèrement.
Qu'en pense l'intéressé ? Mystère. Pour l'affaire des t-shirts, il a appelé François Vancauwenberghe, qui les avait imaginés, à ne pas aller plus loin. L'initiative était sympathique, une centaine de pièces ont été vendues mais le scientifique, plus habitué aux labos qu'aux plateaux, a demandé que cela s'arrête là. "À la demande de Marius, qui voit sa vie privée partir en fumée, nous clôturons les commandes ce soir", pouvait-on lire sur la page Facebook de François Vancauwenberghe le 21 avril.
C'est que si le chercheur en épidémiologie à l'Université de Bruxelles s'est beaucoup exposé sur les plateaux de télévision - à la RTBF, il était devenu l'un des référents pour parler de la crise du coronavirus - et dans la presse écrite - au travers d'entretiens hebdomadaires dans Paris Match -, il est aussi, depuis le 2 avril, l'un des membres du groupe d'experts en charge de l'exit strategy (GEES) institué par la Première ministre Sophie Wilmès. À plusieurs reprises, à la télé, il a d'ailleurs tenu à ce que ces deux rôles ne se télescopent pas, sans jamais, pour autant, abandonner son franc-parler.
Car c'est sans doute ce qui a le plus séduit les Belges, en ce temps de confinement : qu'on leur parle clairement, sans détour, qu'on ne leur fasse pas de fausses promesses mais aussi qu'on les informe et qu'on les rassure. Ce costume-là, Marius Gilbert l'a remarquablement endossé. "Je ne pense pas être le seul à avoir pour idole, dans cette période chahutée, notre Marius national. Véritable expert, sans langue de bois et sans objectif personnel caché, il nous rassure et nous maintient en contact avec le monde réel", écrivait son ami vendeur de t-shirts sur Facebook. D'autres, innombrables anonymes, ont posté des commentaires sur la page de l'ULB. "Je me permets de vous prendre un peu de votre précieux temps pour vous remercier pour vos commentaires et vos explications. Continuez nous avons besoin de vous. Prenez soin de vous", écrit Guy. "FÉLICITATIONS. Vous êtes le meilleur. J'aimerais que vous soyez notre prochain ministre de la Santé ! Épatant", souligne Martine. Mais sur la page de l'ULB seulement, car sur la sienne propre, Marius Gilbert n'a pas accepté de nouveaux amis ni ne s'est répandu en commentaires. Ce n'est ni le lieu, ni le moment.
"D'emblée, j'ai eu le sentiment d'avoir échangé avec un scientifique désirant vulgariser son savoir dans le souci de l'intérêt général", écrit quant à lui Michel Bouffioulx, sur son blog, qui reprend leurs entretiens pour Paris Match. Fin février, il disait "Il importe d'envisager le scénario d'une épidémie de grande ampleur". Mi-mars, dans les mêmes colonnes, il précisait "À ce stade, le pic de l'épidémie n'est absolument pas prévisible. Cela dépendra de l'adhésion de tous nos concitoyens, tant dans la sphère privée que professionnelle, aux mesures de sécurité recommandées par les autorités." Et aussi "Tout le monde doit se sentir concerné. Il faut veiller à ne pas contracter le virus pour soi-même mais aussi pour les autres, pour des personnes qui pourraient en souffrir plus que nous-même."
Dans l'émission L'objet de la recherche, sur la TV de l'ULB, Marius Gilbert présentait en 2015, un toucan en paille de riz reçu lors d'une mission en Thaïlande, au beau milieu de l'épidémie de la grippe aviaire, où il étudiait les facteurs de risques. Un objet important à ses yeux parce que ce moment a marqué un tournant dans sa carrière. C'est depuis lors qu'il a décidé de s'intéresser à la grippe aviaire "et aux maladies émergentes de manière générale." Des connaissances qu'il distille et vulgarise aujourd'hui avec brio.