Savon, shampoing, crème, maquillage… Les produits cosmétiques laissent des traces
En diminuer la consommation entraîne une baisse massive et rapide de la concentration de certains polluants chimiques et perturbateurs endocriniens dans les urines chez l'humain, selon une étude.

- Publié le 28-04-2026 à 06h38

Voilà une étude qui tombe à pic alors que les institutions européennes négocient un changement de la réglementation communautaire sur les cosmétiques. Une volonté de simplification de nature à affaiblir la protection des consommateurs, notamment en accordant davantage de temps aux industriels pour retirer de la vente des produits contenant des substances classées cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction.
Publiée dans la revue Environment International par des chercheurs de l'Inserm, de l'Université Grenoble Alpes et du CNRS, cette étude démontre qu'une moindre utilisation de produits de soins (shampoings, savons ou maquillage) permet de réduire en quelques jours seulement l'exposition du corps à plusieurs substances chimiques problématiques, dont des perturbateurs endocriniens, comme le bisphénol A.
Comment s'est déroulée l'étude
Pour mener à bien leurs travaux, les chercheurs ont demandé à une centaine d'étudiantes grenobloises âgées de 18 à 30 ans de réduire pendant cinq jours le nombre de produits cosmétiques qu'elles utilisaient. En outre, les participantes à l'étude devaient aussi remplacer leurs produits d'hygiène habituels – tels que le savon ou le dentifrice – par des produits alternatifs fournis par les chercheurs, en l'occurrence sans phénols synthétiques, parabènes, phtalates et éthers de glycol.
Les chercheurs ont ensuite comparé les dosages urinaires réalisés avant et après ces cinq jours de restriction.
Les conclusions
Les résultats montrent une diminution de près d'un quart d'exposition (-22 %) pour le phtalate de monoéthyle, issu de composés utilisés notamment pour fixer les parfums, ou encore de "-30 % pour le méthylparabène, un conservateur et possible perturbateur endocrinien, selon les autorités européennes", indique l'Inserm.
De plus, les scientifiques ont observé une baisse de 39 % de la concentration urinaire de bisphénol A (BPA), classé comme perturbateur endocrinien par l'Agence française de sécurité sanitaire de l'alimentation (Anses). Rappelons que le bisphénol A est soupçonné d'être lié à de multiples troubles et maladies (cancer du sein, infertilité, etc.).
Cette substance n'est pourtant plus autorisée en France depuis 2005 comme ingrédient dans les produits de soin et cosmétiques en raison de son caractère reprotoxique. Mais "sa présence pourrait être liée à des contaminations survenues au cours du processus de fabrication ou via les matériaux d'emballage", a indiqué l'Inserm dans un communiqué.
Ces résultats "pourraient étayer la mise en œuvre d'une réglementation plus stricte visant la composition des produits de soins (par exemple, les éthers de glycol) ou l'ensemble du processus de production et de conditionnement (bisphénol A)", conclut l'étude.