Infection à hantavirus sur un bateau de croisière : "On ne sait pas très bien ce qui s'est passé, c'est une situation assez particulière"
Transmission, dangerosité, symptômes, traitements, prévention : un médecin infectiologue de l'Institut de Médecine tropicale d'Anvers nous éclaire.

- Publié le 04-05-2026 à 19h50
- Mis à jour le 13-05-2026 à 21h53

Que s'est-il passé sur le bateau de croisière reliant Ushuaïa au Cap-Vert, alors que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a lancé une alerte, dimanche, faisant état de trois décès de passagers voyageant à bord de ce navire, dont un cas d'infection à hantavirus confirmé en laboratoire ? Une autre personne se trouve dans un état stable aux soins intensifs et cinq autres sont suspectées, alors qu'au total, 149 personnes se trouvent à bord, dont 88 passagers et 61 membres d'équipage.
À vrai dire, "on ne sait pas très bien ce qui s'est passé ; c'est une situation assez particulière", commente le Dr Laurens Liesenborghs, médecin infectiologue à l'Institut de Médecine tropicale d'Anvers (IMT) et à la KULeuven. On connaît ce virus et on sait qu'il n'est pas très contagieux, en tout cas pas au point de craindre une grande épidémie".
Quoi qu'il en soit, à l'heure actuelle, aucune autre personne présentant des symptômes n'a été identifiée, selon la compagnie maritime. "À ce jour, aucun cas d'hantavirus n'a été confirmé chez les deux personnes qui se trouvent encore à bord et nécessitent des soins médicaux. Il n'a pas non plus été établi que le virus soit lié aux trois décès survenus pendant la traversée. La cause exacte et un lien éventuel font actuellement l'objet d'une enquête. Le seul cas confirmé d'hantavirus concerne le passager qui a été évacué par voie médicale et qui est actuellement soigné à Johannesburg", indique Oceanwide Expeditions.
Des virus portés par les rongeurs
Présents sur tous les continents, les hantavirus désignent une souche de virus portée par les rongeurs (souris, rats, mulots, campagnols, musaraignes). Ils doivent leur nom à la rivière Hantaan, qui se situe à la frontière entre les deux Corées. Durant la guerre de Corée (1950-1953), plus de 3 000 soldats étaient tombés grièvement malades après avoir été infectés par ces virus.
"Il existe deux grands groupes de cet hantavirus, précise le médecin infectiologue. L'un, appelé hantavirus du Nouveau Monde, se trouve essentiellement en Amérique ; l'autre est présent surtout en Europe et en Asie. On l'appelle hantavirus du Vieux Monde. Chaque année, environ 150 cas de cet hantavirus sont d'ailleurs notifiés en Belgique".
Comment se transmettent ces virus ?
Cette souche de virus est transmise principalement à l'homme par inhalation de particules en suspension dans l'air provenant d'excrétions (urines, déjections, salive) de rongeurs infectés, "au cours d'activités en forêt ou dans des locaux proches de la forêt et longtemps inhabités ainsi que lors d'activités dans des zones rurales où les champs et les fermes offrent un habitat favorable pour les rongeurs réservoirs", précise le site de l'Agence nationale de santé publique française.
La transmission interhumaine (en dehors de la transmission au cours de transfusion sanguine), elle, reste rare et n'a été décrite que pour une seule espèce d'hantavirus (sud-américain Andes). "On sait que cet hantavirus peut se transmettre de l'homme à l'homme mais c'est très inefficace, confirme le médecin infectiologue. D'après des études faites avec des contacts à haut risque, le risque de transmission est inférieur à 5 %. Il y a donc vraiment très peu d'infections homme à homme secondaire. Normalement l'infection est zoonotique, soit une transmission de l'animale à l'homme".
Par rapport aux hypothèses relatives à la contamination des passagers du bateau de croisière, "il n'est pas exclu que ce soit une source commune d'infection, nous dit le Dr Liesenborghs. Ce pourrait par exemple être une contamination de la nourriture par des rongeurs, ou peut-être un système de ventilation qui aurait été contaminé avec des excréments de rongeurs. Peut-être y a-t-il eu contamination lors d'une escale lors de laquelle plusieurs passagers auraient été contaminés. Mais ce n'est pas parce qu'il y a plusieurs cas qu'il y a nécessairement une transmission interhumaine. Et si transmission homme à homme il y aurait eu, ce serait via la salive ou des petites gouttes expectorées".
Quels sont les symptômes ?
Si l'infection est généralement asymptomatique chez l'animal, quand le virus se transmet, il peut être responsable d'infections de gravité variable et parfois même mortelles. Les hantavirus font en effet partie des agents pathogènes pouvant provoquer des détresses respiratoires et cardiaques ainsi que des fièvres hémorragiques avec syndrome rénal.
En l'absence de vaccin et de médicament spécifique contre les hantavirus, les traitements proposés consistent uniquement à soulager les symptômes.
Quelles mesures de prévention ?
Pour prévenir la maladie, il s'agit essentiellement d'éviter l'exposition aux rongeurs et à leurs déjections. En cas d'infestation par des rongeurs, il faut porter un masque FFP2 avant d'aérer et désinfecter les locaux où se sont abrités les rongeurs.
Quant à prévenir une éventuelle contamination interhumaine, "les principales précautions consistent à isoler les personnes infectées et, comme pour le Covid, à porter un masque, et à garder ses distances, selon le médecin infectiologue. Personnellement, je ne suis pas du tout inquiet. Il ne faut pas craindre une grande épidémie, puisqu'il s'agit principalement d'une zoonose. Ce virus n'a jamais causé de grande épidémie".
À propos d'un potentiel foyer de contamination à hantavirus sur le navire de croisière, le directeur régional de l'OMS Europe, Hans Kluge, s'est voulu, lui aussi, plutôt rassurant. "Le risque pour l'ensemble du public demeure faible, a-t-il fait savoir par voie de communiqué. Il n'y a aucune raison de céder à la panique ni d'imposer des restrictions de voyage."