Un drame qui reste un mystère :" Même des virus qui ne se propagent normalement pas bien peuvent se transmettre sur un bateau de croisière"
L'hypothèse d'une transmission interhumaine sur le navire néerlandais a été émise par l'Organisation mondiale de la santé, alors que sept personnes auraient été infectées par un hantavirus.

- Publié le 05-05-2026 à 20h04
- Mis à jour le 13-05-2026 à 21h54

La croisière ne s'amuse plus à bord du Hondius, qui reliait Ushuaïa, en Argentine, à l'archipel du Cap-Vert. Le mystère sur l'origine de l'infection au hantavirus qui a touché des passagers du navire de la compagnie Oceanwide Expeditions, toujours bloqué mardi au large du littoral cap-verdien, ne semble pas près d'être élucidé.
On continue en effet de s'interroger sur la source de cette contamination alors que trois personnes sont mortes en lien avec le foyer identifié sur le bateau de croisière néerlandais, en l'occurrence un couple de septuagénaires néerlandais et un passager allemand.Deux membres d'équipage malades et une personne cas contact devaient être évacués via le Cap-Vert et le bateau devrait repartir vers les Canaries ou les Pays-Bas, a indiqué mardi à l'AFP Ann Lindstrand, représentante de l'OMS au Cap-Vert.
Un virus connu et peu contagieux
Reconnaissant qu'il s'agissait d'une "situation particulière", le Dr Laurens Liesenborghs, médecin infectiologue à l'Institut de Médecine tropicale d'Anvers (IMT) et à la KULeuven, ne semblait pas trop inquiet. Lundi, il nous expliquait ainsi que l'"on connaît ce virus et on sait qu'il n'est pas très contagieux, en tout cas pas au point de craindre une grande épidémie".
À propos du mode de transmission, ce spécialiste précisait que "cet hantavirus peut, dans de rares cas, se transmettre d'homme à homme. D'après des études faites avec des contacts à haut risque, le pourcentage de transmissions interhumaines reste inférieur à 5 %. Il y a donc vraiment très peu d'infections homme à homme secondaire. Normalement, l'infection est zoonotique, soit une transmission de l'animal à l'homme."
Soupçon de transmission interhumaine
Mais voilà que, ce mardi, l'OMS annonce pour sa part soupçonner une "transmission interhumaine" entre les personnes infectées. "Compte tenu de la durée de la période d'incubation des hantavirus, qui peut varier entre une et six semaines, nous supposons qu'ils ont été infectés en dehors du navire", et "nous pensons qu'il pourrait y avoir une transmission interhumaine parmi les personnes en contact très étroit", a déclaré à la presse Maria Van Kerkhove, directrice par intérim du département de prévention et préparation aux épidémies et pandémies de l'OMS.
À ce stade, par rapport à l'hypothèse d'une transmission interhumaine avancée par l'OMS, "il est difficile de se prononcer à ce sujet sans avoir accès aux données, commentait ce mardi le Dr Laurens Liesenborghs. Les épidémiologistes de l'OMS devront mener une enquête approfondie. Je pense que cela repose principalement sur la chronologie des cas de maladie chez les différentes personnes. En effet, la longue période d'incubation rend souvent difficile l'identification de la source d'exposition. C'est bien sûr une possibilité, mais cela ne modifie pas pour autant de manière significative le risque global."
Le médecin infectiologue s'explique : "Nous savons que certains types de hantavirus du Nouveau Monde (en particulier le virus des Andes) peuvent se transmettre d'homme à homme, mais que cette transmission n'est généralement pas très efficace. Cependant, un bateau de croisière constitue une situation très particulière où les personnes sont très proches les unes des autres, ce qui facilite les épidémies. Ainsi, même des virus qui ne se propagent normalement pas bien peuvent se transmettre sur un navire de ce type. Une fois encore, une enquête épidémiologique approfondie, associée à une analyse génétique du virus, devra être menée dans les jours à venir. Cette dernière permettra de déterminer si des mutations se sont produites et s'il y a eu une modification du virus le rendant plus contagieux. Toutefois, ce scénario reste peu probable, mais n'est jamais exclu."
S'agissant des passagers néerlandais décédés, les résultats du séquençage en cours en Afrique du Sud sont donc attendus avec impatience. Des recherches ont en outre été lancées pour retrouver les passagers du vol dans lequel ils avaient embarqué pour rejoindre la croisière, a fait savoir l'OMS.
Une possible source commune
Par rapport aux hypothèses relatives à la contamination des croisiéristes, "il n'est pas non plus exclu que ce soit une source commune d'infection, jugeait par ailleurs le Dr Liesenborghs. Ce pourrait par exemple être une contamination de la nourriture par des rongeurs, ou peut-être un système de ventilation qui aurait été contaminé avec des excréments de rongeurs. Peut-être y a-t-il eu contamination lors d'une escale au cours de laquelle plusieurs passagers auraient été contaminés. Mais ce n'est pas parce qu'il y a plusieurs cas qu'il y a nécessairement une transmission interhumaine. Et si transmission homme à homme il y aurait eu, ce serait via la salive ou des gouttelettes expectorées".
Un risque faible pour le grand public
Quant au risque pour le grand public, "il est faible", a rassuré de son côté la responsable de l'OMS. "Il ne s'agit pas d'un virus qui se propage comme la grippe ou le Covid-19. C'est très différent".
L'OMS et le ministère espagnol de la Santé ont convenu que des épidémiologistes inspecteraient mardi après-midi le paquebot néerlandais avant de décider de sa destination, indiquent les médias espagnols.