À Wavre, les commerçants se sentent abandonnés : "On est censés être la capitale du Brabant wallon, quelle blague : tout le monde fuit cette ville"
La cité du Maca souffre de la concurrence de Louvain-la-Neuve et de son fréquenté centre commercial "L'Esplanade". Mais ce n'est pas le seul problème, selon les commerçants wavriens.

- Publié le 24-09-2024 à 06h40
- Mis à jour le 24-09-2024 à 09h08

"Wavre ? C'est calme. Très calme. Trop calme". Le discours reviendra sans cesse lors de notre petit tour dans les rues commerçantes de la cité du Maca. À entendre certains habitants de Wavre, la ville serait "morte" et "sale". À notre arrivée dans le petit centre commercial de la capitale du Brabant wallon, l'impression est pourtant plutôt positive. Les terrasses sont bien remplies et les écoliers affluent dans les rues. Chacun semble vouloir profiter des derniers rayons de soleil de l'été. Un été qui semble déjà loin pour beaucoup de commerces wavriens.
Non loin du petit piétonnier, Carine attend ses clients dans "la plus vieille pharmacie" de Wavre. "Le mercredi, jour du marché, et le samedi, c'est un peu plus animé, sourit-elle. Mais c'est vrai que c'est compliqué. On a eu le Covid, les inondations, la guerre en Ukraine…" Elle s'arrête. "Et puis il faut surtout que les gens arrêtent d'acheter tout et n'importe quoi en ligne sur des sites comme Amazon, qui ne paie pas un cent d'impôt en Belgique. Cela fait très mal aux petits commerces".
"Harcèlement" contre les automobilistes
Dans la conversation avec tous nos intervenants, un autre sujet revient en permanence : le parking. "On n'a rien contre le fait que le parking soit payant, poursuit Carine. Mais il y a quelques années, la ville en a confié la gestion à une société privée et depuis, c'est la catastrophe. On voit les contrôleurs qui repassent plusieurs fois devant la même voiture en attendant de pouvoir mettre une amende – de plus de trente euros – à la minute même où le véhicule n'est plus en ordre. Comment voulez-vous que les gens reviennent ? La mobilité douce, c'est bien. Mais vous n'allez pas venir à vélo quand vous venez de l'autre côté de la ville, que vous êtes âgé ou avez des enfants en bas âge".
"Il y a un vrai harcèlement contre les automobilistes, poursuit Nathalie qui gère une boutique de vêtements, Dress Code, juste en face de la pharmacie. Son regard s'assombrit. "Cela fait 25 ans que je suis dans cette rue, dont treize dans mon commerce actuel, et je n'ai jamais été aussi inquiète. Wavre n'est plus joyeuse comme auparavant". Et la commerçante de citer tour à tour les incivilités, la saleté, une population "qui change", le trafic de drogue et tous ces locaux commerciaux qui restent "désespérément vides et sales" depuis des années. "On pourrait rendre ce centre beaucoup plus joli, y mettre des fleurs".
"L'Esplanade ? Juste pour acheter des T-shirts"
Le commerce dans le Brabant wallon, c'est aussi une histoire de vases communicants. Et Wavre serait dans la partie qui perd de l'eau et donc des clients. Beaucoup d'enseignes maca souffriraient ainsi du dynamisme des voisines Ottignies et Louvain-la-Neuve avec le très fréquenté centre commercial "Esplanade". "L'Esplanade ? On y va juste pour acheter des T-Shirts, mais si on veut vraiment s'habiller, on vient ici", lance une cliente du Dress Code, sourire dans le coin. "Heureusement, j'ai mes clientes fidèles, poursuit Nathalie. Je suis sur un marché de niche, mais cela doit être compliqué pour beaucoup de commerces de Wavre. L'association des commerçants de la Ville se réunit très bientôt et j'ai bien l'intention de dire ce que je pense. C'est le bon moment, non ?".
Sans doute. Les élections communales approchent et les petits commerces entendent bien faire entendre leur voix dans la Cité du Maca. "Ce qui me dérange le plus, c'est la saleté et la mauvaise fréquentation de certains lieux proches de mon commerce", développe ce Wavrien qui préfère rester anonyme "pour ne pas avoir de problèmes". "Le parking ? Oui les gens s'en plaignent beaucoup ici, mais cela reste moins cher qu'à L'Esplanade", indique-t-il toutefois.
Des primes pour les nouveaux commerçants, mais…
En descendant dans le piétonnier, on trouve tout de même certains sourires. C'est le cas de la Maison Carrette, glacier depuis 1920, qui ne désemplit pas en ce jour ensoleillé. "En hiver, on fait des gaufres donc on a toujours du monde, explique une vendeuse. Pour Omayama, originaire de Charleroi, tout va bien aussi. Sa boulangerie, "Aux saveurs de pain", connaît un beau succès. "On a une clientèle très mixte", souffle-t-elle. "Il y a eu pas mal de primes pour installer de nouveaux commerces", rappelle Carine la pharmacienne. Certains se demandent toutefois s'ils ont fait le bon choix. Comme cette Namuroise qui vient de reprendre un magasin de vêtements en plein centre-ville. "C'est vraiment très calme, beaucoup moins animé que Namur", s'inquiète cette dernière.
En remontant vers la gare, les critiques deviennent de plus en plus virulentes. Non loin d'une ancienne galerie commerçante à l'abandon, près de l'hôtel de ville, on refait le monde au café "À la Ville de Liège". "Je ne sais pas pourquoi l'établissement porte ce nom, mais je l'aime bien et je ne l'ai pas changé, explique Angéline, la nouvelle tenancière depuis six mois. Angéline vient de Guinée. Elle a vécu quelque temps à Bruxelles et Mons avant de venir s'installer à Wavre. Elle aussi, nous parle du "calme" de Wavre avant d'enchaîner sur un sujet qui lui tient à cœur. "Je trouve que la police devrait être beaucoup plus solidaire avec les commerçants quand ils doivent gérer certaines incivilités de leurs clients".
"Comment voulez-vous que nos jeunes restent ?"
En face du café, le parc invite à une promenade ensoleillée. Une erreur, selon Geneviève qui se joint à la conversation. "C'est un repère pour les drogués et les trafiquants de stupéfiants", lance la fraîche retraitée, Wavrienne de naissance. La sexagénaire se lâche. "Tout le monde fuit Wavre. Cette ville est une vaste blague. On est censés être la capitale du Brabant wallon. Mais il n'y a plus rien ici. On n'a même plus de piscine ou de bowling. Comment voulez-vous que nos jeunes restent ? Ils partent tous vers Ottignies-Louvain-la-Neuve ou des villes plus dynamiques".
Geneviève s'est déjà présentée sur des listes socialistes aux élections communales. Mais elle ne le refera plus cette année. "Je ne crois plus au changement. De toute façon, ce sont toujours les mêmes qui gouvernent". Elle a de mots très durs sur la famille Michel, très présente dans le Brabant wallon, "même si Charles sort un peu du lot." Les autres clients interviennent. Le ton monte un peu. Il est temps de partir. Finalement Wavre n'est pas aussi calme que ça…