À deux mois des élections, les différents gouvernements de ce pays sont en affaires courantes, à l'arrêt ou en roue libre
Le gouvernement de la FWB est en "affaires courantes", selon Pierre-Yves Jeholet. Aux autres niveaux de pouvoir, les gouvernements tournent également au ralenti.

- Publié le 18-04-2024 à 20h19

Le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) passait, jusqu'il y a quelques jours, pour un gouvernement relativement stable.
Le ministre-président Pierre-Yves Jeholet (MR) a considéré ce mercredi son exécutif comme étant "en affaires courantes", après le vote par une majorité alternative PS-Ecolo-PTB d'un texte modifiant la réforme du décret paysage.
"Ce gouvernement, il existe", a contesté Paul Magnette, président du PS, mercredi soir sur RTL.
Si les politiques mobilisent une certaine énergie à sauver les apparences, à deux mois des élections, il apparaît que ce gouvernement ne réalisera plus rien de majeur avant les élections du 9 juin.
Cette séquence ressemble à la situation vécue par le gouvernement fédéral à la fin 2018 après le départ de la N-VA. "Le gouvernement était démissionnaire, mais il a été décidé de ne pas aller vers élections anticipées, rappelle Jean Faniel, politologue et directeur du CRISP. Ce n'est pas une situation réjouissante, même si on se trouve ici bien plus proche du moment où les élections vont se dérouler qu'à l'époque. Il faut se souvenir que les gouvernements mettent déjà un certain temps à se former, du moins au Fédéral. Mais cette situation peut aussi donner plus d'espace aux parlementaires, qui seraient déliées de la solidarité gouvernementale. On peut alors assister à des majorités à la carte, parfois avec des majorités alternatives."
Blocage aussi au gouvernement bruxellois
Le cas de la FWB n'est toutefois pas isolé dans le paysage institutionnel belge.
Sans parler d'affaires courantes au sens strict, le gouvernement bruxellois fonctionne lui aussi au ralenti, depuis plusieurs semaines et le blocage du PS sur le code du bien-être animal. Le dossier figure dans l'accord de gouvernement mais les socialistes craignent, si le code arrive jusqu'au Parlement bruxellois, le retour, via des amendements, de la question de l'interdiction de l'abattage sans étourdissement.
"Ce blocage du PS ne doit pas entraîner une chute du gouvernement ni même un gouvernement en affaires courantes. Il reste des dossiers importants qui exigent des solutions comme le carrefour Léonard, le permis d'environnement de l'aéroport de Bruxelles National, la rénovation des tunnels, les travaux au Palais du midi ou encore la crise du logement", a insisté Bernard Clerfayt (Défi), ministre bruxellois du Bien-être animal dans un communiqué ce jeudi.
Bernard Clerfayt justifie ainsi, malgré le blocage du PS, les raisons qui le poussent à continuer de participer au gouvernement bruxellois, au lieu de faire tomber la majorité.
Défi souhaite par ce biais se profiler en "parti sérieux et loyal" qui continuera à assumer ses responsabilités jusqu'à la fin de cette mandature. Et se distinguer du PS et d'Écolo, épinglés en FWB.
"La sortie est hypocrite, nous glisse un socialiste. Bernard Clerfayt lui-même bloque plusieurs dossiers."
Selon les socialistes, Bernard Clerfayt s'oppose, en mesure de rétorsions au blocage de son code du bien-être animal, à des dossiers comme la réforme urbanistique Good Living.
Et alors que la fin de législature approche, les chances de faire atterrir les dossiers d'ampleur sont de plus en plus faibles dans la capitale.
Le gouvernement wallon n'est guère beaucoup mieux loti. Les conflits, blocages et tensions n'ont certes pas été aussi visibles à Namur qu'à Bruxelles. Mais l'exécutif dirigé par Elio Di Rupo ne semble pas, en cette fin de législature, saisi d'une frénésie réformatrice.
De Croo et la présidence de l'Europe
Le gouvernement fédéral, quant à lui, est en train de mourir de sa belle mort. Les réformes principales prévues dans l'accord de majorité sont soit réalisées, soit abandonnées soit reportées à la prochaine législature. Le cas de la réforme fiscale est emblématique. Depuis plusieurs semaines, c'est la Présidence belge du Conseil de l'Union européenne qui semble retenir l'essentiel de l'attention du Premier ministre Alexander De Croo (Open VLD).
Les affaires courantes, ou du moins les fins de législatures en roue libre, sont-elles de plus en plus courantes?
Si on remonte davantage dans le temps, il me semble que les gouvernements essayaient d'avancer au maximum et de réformer jusqu'au dernier moment."
"Il y a eu par le passé des chutes de gouvernement et des anicroches, surtout au fédéral, conclut Jean Faniel. Mais si on remonte davantage dans le temps, il me semble que les gouvernements essayaient d'avancer au maximum et de réformer jusqu'au dernier moment. Ce n'est que quand la Chambre était dissoute, lorsque le moniteur publiait les listes d'articles de la Constitution soumis à révision (NdlR, autour d'un mois avant le scrutin), qu'il entrait dans les affaires prudentes."