Parmi les plus chères communes de Bruxelles, Ixelles se crée de nouveaux quartiers résidentiels
Le dossier de La Libre Immo | La commune fait partie du top 3 des prix les plus élevés de la capitale depuis dix ans. Cela tient à sa forme, à son parc immobilier, à ses clients privilégiés et... à ses nouvelles offres.

- Publié le 29-01-2026 à 10h56

Ixelles est une des communes les plus chères de la Région bruxelloise. Ces dix dernières années, elle n'a pas quitté une seule fois les tops 3 des maisons et appartements de Bruxelles. Et, plusieurs fois, elle en a occupé la première marche. "C'est remarquable, sans être un record", convient Jerôme Otte, notaire à Ixelles, porte-parole de Fednot qui a établi ces statistiques. "Avec ceci que les belles façades d'Ixelles cachent souvent de très grandes maisons, dont les prix sont sans surprise plus élevés que ceux de plus petites maisons."
"Il n'empêche, personnellement, ce qui me frappe le plus, c'est la progression des prix en dix ans. Où l'on voit qu'Ixelles a bien progressé. Et de manière continue. Les prix ixellois ont parfois stagné, parfois légèrement diminué mais il n'y a jamais eu de gros recul."


Morphologie singulière
Cette supériorité en termes de prix moyens (parce qu'on parle bien de moyenne) a quantité d'explications. Qui tiennent avant tout à la morphologie de la commune : discontinue et allongée, de la Porte de Namur et Matonge jusqu'à l'entrée de la forêt de Soignes, s'offrant aussi bien les charmes (et les prix) du centre-ville que ceux de la quasi-périphérie verte; en "papillon", de part et d'autre de l'avenue Louise, avec pour résultat d'avoir une frontière avec pas moins de sept communes (Bruxelles-Ville, Saint-Gilles, Forest, Uccle, Etterbeek, Auderghem et Watermael-Boitsfort) y piochant chaque fois une évolution immobilière particulière.
Patrimoine exceptionnel
La hauteur des prix tient aussi à "la qualité de vie qu'offre Ixelles, avec ses vallons et donc ses perspectives, ses étangs, ses parcs, tout en étant central. À Ixelles, on est proche de tout mais on respire", ajoute Julie de Groote (Les Engagés), échevine de l'Urbanisme depuis le 1er décembre 2024 au sein d'une coalition PS-MR-Engagés.
À regarder de plus près l'offre ixelloise, on pointe d'ailleurs davantage de quartiers premium, chics et chers, que de quartiers intermédiaires ou d'entrée de gamme.
Son riche bâti explique aussi ses prix. "Ixelles présente un patrimoine exceptionnel, ajoute-t-elle. Avec beaucoup de zones classées et de zones Zichee (Zone d'intérêt culturel, historique, esthétique ou d'embellissement)." Parmi lesquelles le jardin du Roi, le quartier des Étangs d'Ixelles, l'abbaye de la Cambre, le quartier du Châtelain et de la place Brugmann, les abords du parc Tenbosch, le cimetière d'Ixelles…
Extension continue des quartiers
À regarder de plus près l'offre ixelloise, on pointe d'ailleurs davantage de quartiers premium, chics et chers, que de quartiers intermédiaires ou d'entrée de gamme. "Ixelles affiche un coefficient de GINI (qui mesure l'écart entre les revenus bas, emplois précaires, étudiants…, et les revenus hauts, cadres, professions libérales, expatriés, diplomates…, NdlR) parmi les plus élevés de la Région; ce qui montre une forte inégalité dans la répartition des revenus bien que le revenu net moyen par habitant soit proche de la moyenne régionale (environ 18 775 euros)", confirme Julie de Groote.
Cette localisation de qualité a, sans surprise, attiré des demandes bien nanties. "Ixelles est devenue une des communes privilégiées des Français et des eurocrates, indique le notaire Otte. Ce qui a tiré les prix vers le haut."
L'offre neuve a dès lors suivi. Et va continuer à suivre. Rien que sur les trente prochains jours, l'échevine de l'Urbanisme et l'ensemble du collège ont, dans leur agenda, l'ouverture du food market Ratz rue Saint-Boniface, la pose de la première pierre du projet WAT à Volta, la délivrance de deux gros permis (Bastion et hôtel Shaker) à la Porte de Namur (lire pp. 6-7), l'étude de plusieurs lourds dossiers (Mix, Royal Rinking, Universalis), etc.
"Ce qui, selon moi, maintient les prix moyens vers le haut, témoigne Julie de Groote, c'est que l'offre, désormais, ne se limite pas aux seuls quartiers prisés, huppés, classés, subissant une forte pression. Et c'est vraiment récent. On voit apparaître des focus différents d'il y a quelques années et même d'il y a un an (lire ci-contre)." "Oui, insiste-t-elle, Ixelles est vraiment devenue une commune d'investissement au-delà des traditionnels quartiers haut de gamme. Soit dans le prolongement de ces quartiers, soit dans de nouveaux quartiers. Avec, pour conséquence, une transformation majeure de pôles urbains. À nous de préserver l'équilibre entre quartiers et fonctions."
Aux limites des quartiers prisés
Alors que dans un passé encore récent, les développeurs de logements familiaux s'ancraient en priorité dans les quartiers prisés d'Ixelles (Étangs, Châtelain, Brugmann…), ils s'aventurent aujourd'hui aux limites de ceux-ci, voire dans de nouveaux quartiers résidentiels. "L'attractivité s'est étendue", insiste Julie de Groote, échevine de l'Urbanisme d'Ixelles, qui a vu "en très peu de temps" se multiplier les projets ou les demandes de permis sur trois sites.
Premier pôle en devenir : celui qui prend place, côté centre-ville, de part et d'autre de la chaussée d'Ixelles au départ du square du Bastion. "Il y a un peu plus d'un an, on disait le quartier de la Porte de Namur dégradé, insécurisé. Aujourd'hui, je peux dire qu'à travers plusieurs permis d'urbanisme d'une envergure inégalée, il va être profondément transformé dans un très court laps de temps (lire pp. 6-7)."
Le deuxième nouveau pôle résidentiel prend place du côté des boulevards du Triomphe et de la Plaine. "Alors qu'au départ, ce quartier semblait être dévolu quasi exclusivement aux étudiants, on a vu sortir, en un an, des projets d'un tout autre type, poursuit-elle. Des logements familiaux, et même haut de gamme, ou des espaces professionnels pour jeunes actifs. Ceci, du fait de sa localisation en entrée de ville, bénéficiant d'une bonne desserte en matière de mobilité..." Et de pointer le projet concernant le bâtiment circulaire iconique de Renault, près du pont Fraiteur, avec des logements et non des kots, de même que le WAT, sur l'ancien site des imprimeries Volta, qui va accueillir un incubateur de start-ups. Sans oublier Usquare, boulevard Général Jacques, dans les anciennes casernes d'Ixelles, "un nouveau quartier dans la ville. Pas seulement tourné vers les étudiants, même si leur visibilité sera grande (auditoires, kots, Fablab), mais aussi vers les habitants (Maison de l'autisme, logements sociaux…)".
Troisième site "qui devient 'focus'" : l'avenue de la Couronne et ses perpendiculaires vers la chaussée de Boondael. Avec, sur la première, la réaffectation des anciens bureaux de la police fédérale en 254 logements, quelque 8 600 m² de commerces et 900 m² de bureaux – "de quoi revoir ce morceau de rue que l'on avait oublié", pointe Julie de Groote. Et sur la seconde, celle de l'ancienne poste de Flagey, bâtiment moderniste des années 60, que la commune veut voir dédié à des équipements collectifs, culturels ou sociaux.