Une décision va tomber en mai quant à l'île énergétique: "L'énergie est un sujet trop sérieux pour qu'on le traite avec idéologie"
Le ministre de l'Energie, en visite au centre de contrôle d'Elia une semaine après le black-out, en profite pour annoncer qu'une décision sera prise en mai quant à l'île énergétique, dont les estimations de coûts ont explosé.

- Publié le 06-05-2025 à 17h50
- Mis à jour le 06-05-2025 à 19h26

Un dossier chaud s'est invité lors de la visite du Centre national de contrôle d'Elia par le ministre de l'Energie Mathieu Bihet (MR), ce mardi, une semaine après l'important black-out qui a touché l'Espagne et le Portugal. Lequel ? Celui de l'Île énergétique Princesse Elisabeth en mer du Nord, dont les estimations de coûts, qui tournaient autour de 2,2 milliards d'euros, ont rapidement grimpé au-delà de 7 milliards d'euros. Ce qui n'a pas manqué de secouer l'opinion fin 2024.
Néanmoins, les premières fondations – deux blocs de béton de 22 000 tonnes – ont été posées en mer du Nord le 30 avril dernier.
Le ministre de l'Énergie a clairement annoncé la couleur : une décision sera prise en mai quant à ces dépenses. L'État joue gros, et Elia également. "Je ne préfère pas donner de date précise mais ce sera avant fin mai", sourit le ministre.
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Est-ce qu'une commission d'enquête pourrait avoir lieu d'ici là ? Pas de réponse précise à ce propos, mais il semble que l'idée est sur la table.
"J'essaie d'aborder cela avec pragmatisme. On ne fait pas table rase mais il faut être clair : il y avait la vision précédente de la ministre Tinne Van der Straeten (Groen, NdlR) et beaucoup de questions se posent. Aujourd'hui, les cartes sont sur la table, certains contrats sont signés. Mais il nous reste une marge de manœuvre. Et on va essayer d'utiliser cette marge de la façon la plus opportune possible. En parallèle, on doit examiner comment ces projets éoliens en mer du Nord peuvent réellement bénéficier à notre mix énergétique et à notre réseau. Je parle bien ici de règles de gouvernance. Si c'était à refaire, referait-on exactement la même chose ? Je peux vous garantir que non", lance sans détour le ministre.
"L'énergie est un sujet trop sérieux pour qu'on le traite avec de l'idéologie."
"Je pense qu'il y a eu un vrai problème de gouvernance pendant la législature précédente. L'énergie est un sujet trop sérieux pour qu'on le traite avec de l'idéologie. Il faut un mix énergétique stable, diversifié. C'est comme pour un portefeuille d'investissement : il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier", lance-t-il, taclant Groen qui, pourtant, pour rappel, était partenaire du MR sous la Vivaldi. "Ce qu'on veut éviter, c'est que la facture du citoyen explose", glisse-t-il encore.
Du côté des Engagés, le message est clair également. "Vu les dérapages budgétaires massifs, les errements dans ce dossier, les enjeux énergétiques stratégiques pour notre autonomie et notre prospérité, Les Engagés sont en faveur de la mise en place d'une enquête parlementaire sur l'île énergétique. Nous ne pouvons pas nous permettre une gestion à la petite semaine dans des dossiers aussi importants en termes de financement, de durée dans le temps et d'intérêt géopolitique", nous a indiqué Yvan Verougstraete, le président du parti.
"Ce qu'on veut éviter, c'est que la facture du citoyen explose"
À ce propos, son CEO, Bernard Gustin, défend le rôle d'Elia : "L'île en elle-même est un bon projet. Ce n'est pas un "quoi qu'il en coûte" mais un investissement structurant. Ce qu'on paie aujourd'hui pourrait nous faire économiser demain."
"Je ne veux pas qu'en 2035 ou plus tard, on puisse dire qu'on a pris une mauvaise décision à ce moment-là. On a vu lors de la crise énergétique de 2022-2023 (après l'embargo sur le gaz russe faisant suite à l'invasion de l'Ukraine et la flambée des prix, NdlR) que le prix des matières premières peut flamber. Il faut donc investir, certes de manière massive dans un premier temps, dans le réseau, afin d'éviter les mauvaises surprises par la suite", a-t-il rappelé calmement.
"Ce n'est pas le moment des querelles idéologiques sur le nucléaire ou le renouvelable. C'est le moment de l'analyse froide, de la projection sur nos propres vulnérabilités. Si demain, il n'y a plus d'électricité, qu'est-ce qu'on fait ? C'est toute la société qui doit se poser la question", a, pour sa part, encore ajouté le ministre libéral. Dossier chaud à suivre très prochainement, donc.