Trump force l'Europe à se fournir aux États-Unis : "Acheter 250 milliards de dollars d'énergie américaine, cela n'a aucun sens"
Certains experts doutent de la capacité de l'Europe à acheter pour 250 milliards de dollars d'énergie américaine.
- Publié le 28-07-2025 à 15h34
- Mis à jour le 28-07-2025 à 17h23

Anne-Sophie Corbeau, chercheuse au Center on Global Energy Policy de l'Université de Columbia, estime que l'Europe ne pourra pas respecter son engagement d'importer pour 250 milliards de dollars d'énergie par an (750 milliards de dollars sur trois ans), en provenance des États-Unis. "Cela n'a aucun sens", déclare-t-elle, chiffres à l'appui.
L'année dernière, l'UE a importé pour 375 milliards d'euros d'énergie, soit 435 milliards de dollars (pétrole, gaz, charbon…). Il faudrait donc que 57 % des importations européennes d'énergie proviennent des États-Unis, pour respecter notre engagement.
Ce qui, techniquement, semble impossible. Comme le souligne Anne-Sophie Corbeau, les USA n'ont exporté "que" 1,5 milliard de barils de pétrole en 2024, ce qui représente une valeur théorique de 105 milliards de dollars (si le baril reste à 70 dollars).
Par ailleurs, l'Europe a importé pour 117 milliards de dollars de gaz en 2024, en comptant les importations par bateaux (GNL) et par gazoducs.
"Les prix du gaz devraient baisser dans les années à venir"
Irréaliste ?
Même si l'Europe absorbait l'ensemble des exportations américaines de pétrole (105 milliards de dollars) et que les États-Unis devenaient le fournisseur exclusif de gaz de l'UE (117 milliards de dollars), on n'arriverait pas à une somme de 250 milliards de dollars d'importations par an. Et cela sans compter le fait "que les prix du gaz devraient baisser dans les années à venir", selon Anne-Sophie Corbeau.

En outre, il est hautement improbable que l'Europe arrête d'acheter du gaz à la Norvège, son premier fournisseur, pour n'importer que du gaz américain. Et il n'y a pas que la Norvège qui devrait arrêter de nous livrer pour faire de la place au gaz US. En 2024, les USA ont fourni 16,5 % des importations européennes de gaz. Il faudrait donc que l'Europe dise "stop" à 83,5 % de son approvisionnement actuel, pour acheter uniquement "Made in USA".
La mise en place d'un embargo total sur les importations de gaz russe, en 2027, pourrait aider. Toutefois, la Russie représentait moins de 20 % de l'approvisionnement européen de gaz en 2024. Remplacer le gaz russe par du gaz américain ne suffira donc pas.
Notons que le GNL américain, qui devra être liquéfié aux USA, traverser l'Atlantique par bateaux, puis être regazéifié en Europe, devrait coûter plus cher que le gaz transporté par gazoducs.
Rappelons également que ce sont les entreprises qui signent des contrats d'approvisionnement en gaz et non pas les États. Une entreprise comme Engie, par exemple, est détenue majoritairement par des investisseurs privés. Il semble compliqué de lui imposer d'acheter davantage de gaz naturel liquéfié (GNL) américain, a priori plus coûteux que le gaz livré par gazoducs.
Quoi qu'il en soit, la Commission européenne estime que le montant de 250 milliards de dollars d'importations d'énergie américaine n'est pas irréaliste. Tout en précisant qu'il concerne aussi les importations de puces destinées à l'intelligence artificielle (IA). Rappelons que le géant américain Nvidia est le leader mondial des puces pour l'IA.
Enfin, cette dépendance accrue au gaz américain risque de faire grincer des dents. Dans une interview accordée à La Libre, Febeliec, la fédération belge des industriels qui consomment beaucoup d'énergie, a récemment tiré la sonnette d'alarme à propos du risque de dépendre des États-Unis.
