Fini, la hausse parfois vertigineuse des fonctionnaires à Bruxelles…
Le gouvernement Dilliès veut faire des économies en réduisant le personnel dans les institutions publiques bruxelloises. Un personnel qui a augmenté de 36 % entre 2015 et 2023. Pour des raisons valables ?

- Publié le 19-02-2026 à 16h33
- Mis à jour le 20-02-2026 à 09h27
Cela doit être une mesure phare du nouveau gouvernement de la Région Bruxelles-Capitale dirigé par le libéral Boris Dilliès : faire des économies dans le très coûteux appareil administratif bruxellois. Pour y arriver, le gouvernement veut prolonger le moratoire, à savoir maintenir le gel des recrutements en vigueur depuis début décembre 2023. Mais la DPR (Déclaration de politique régionale) précise bien qu'il n'y aura pas de licenciements et qu'on ne touchera pas aux fonctions opérationnelles (sauf en 2026). En clair, il n'y aura pas de bain de sang social. Une victoire pour Ahmed Laaouej, le chef de file des socialistes bruxellois.
Plus qu'en Wallonie
Le premier à avoir tiré la sonnette d'alarme sur la hausse des fonctionnaires et le coût qui en résulte est l'ancien ministre bruxellois du Budget Sven Gatz (Open VLD). De 2015 à 2023, le nombre de fonctionnaires à Bruxelles a en effet augmenté de 37 %, passant de 8 756 en 2015 à 12 093 (voir tableau ci-dessous). Cela signifie qu'il y a environ un fonctionnaire par cent habitants dans la capitale. C'est beaucoup plus qu'en Flandre et en Wallonie où le rapport est d'environ 280 habitants par fonctionnaire. La configuration des trois Régions est certes très différente, Bruxelles étant une capitale accueillant des institutions internationales. Mais une telle différence est-elle justifiée ?

Le coût en termes de masse salariale est énorme. Selon un article du Standaard paru fin décembre, les dépenses de personnel (y compris la Stib) sont passées de 1,2 milliard en 2018 à 1,8 milliard en 2024, soit une hausse de 50 %.
Les hausses les plus notables
L'inflation du personnel dans les institutions publiques bruxelloises est allée de pair avec la mise sur pied d'une kyrielle d'organismes. On arrive à un total de 23.
Les deux plus gros organismes affichant les hausses les plus notables de personnel sont Actiris et Bruxelles Environnement. Interrogées il y a quelques mois par La Libre sur les raisons de cette hausse, les institutions concernées invoquaient notamment les réformes de l'État (dont la dernière de 2014), qui ont eu pour effet d'augmenter les missions à remplir.
Pour Bruxelles Environnement – qui employait 1 260 personnes en 2024, soit le double par rapport à 2005-, plusieurs compétences se sont effectivement ajoutées, en particulier en matière de climat, de gestion de déchets et d'énergie. Bruxelles Environnement a aussi hérité du bien-être animal. Mais qui induit "un nombre limité d'emplois" en plus, reconnaissait-on du côté de Bruxelles Environnement.
Autre explication : la réglementation européenne qui mobilise beaucoup de moyens. "Il y a au moins 30 directives européennes qui ont un impact sur la politique du sol depuis 2005."
Chez Actiris où l'emploi a doublé en 20 ans (pour atteindre 1 518 personnes fin 2024), la sixième réforme de l'État est aussi pointée du doigt. "Il faut prendre conscience que suite à la réforme de l'État, les budgets d'Actiris ont doublé. Indépendamment du personnel transféré et lié à la gestion des compétences que la Région devait accueillir, ceci a également nécessité un renforcement des fonctions de support", nous expliquait le porte-parole Romain Adam.
Dénominations absconses
D'autres institutions, comme Perspective.brussels (174 personnes), font aussi référence à de nouvelles missions sans toutefois parler de réforme de l'État. Des missions héritées dans certains cas d'autres administrations et aux dénominations parfois assez absconses. Exemples : "les spending reviews ; les observatoires du logement ; le guichet des occupations temporaires ; le service de la participation…"
Chez Citydev, qui gère aussi certains aspects du logement, on met notamment en avant le contrat de gestion 2021-2025 qui s'est accompagné d'"un renforcement de missions déléguées". Et de citer entre autres la gestion et le traitement des sols pollués (qui n'est donc pas sous la coupole de Bruxelles Environnement…).
Il faut savoir que chacune de ces 23 institutions publiques a sa propre direction générale. La rémunération de certains des CEO oscille entre 125 et 150 000 euros bruts par an.
Il faut savoir que chacune de ces 23 institutions publiques a sa propre direction générale. La rémunération de certains des CEO oscille entre 125 et 150 000 euros bruts par an. Ces comités de direction sont censés être supervisés par des conseils d'administration où l'on retrouve moult élus locaux. Lesquels sont rémunérés parfois plus de 10 000 euros par an. "Beaucoup de ces CA pourraient être supprimés", estime Olivier Maingain, le bourgmestre de Woluwe-Saint-Lambert, mettant en cause leur vrai rôle de surveillance.
Montant des économies
En plus du moratoire, il devrait y avoir aussi une rationalisation des organismes. Le gouvernement devrait avancer en plusieurs étapes. Il pourrait commencer par Talent.brussels et Bruxelles Fiscalité. On évoque aussi un rapprochement entre Perspective.brussels et Urban.brussels.
D'après le tableau budgétaire, l'économie générée par le moratoire, y compris l'effort ponctuel pour la première année, devrait s'élever à 50 millions en 2026. Il augmentera de 25 millions les années suivantes pour atteindre 125 millions en 2029. À ces montants, il faut ajouter les 25 millions d'économies dans les cabinets ministériels.
Il est aussi prévu de gagner de l'argent avec la réduction de l'absentéisme. Comment très concrètement ? Cela reste assez mystérieux. Le nouveau gouvernement mise sur 37 millions d'économies sur toute la période. Un montant conséquent qui laisse penser qu'il y a actuellement beaucoup d'absentéisme… Combien ? Impossible d'avoir des chiffres auprès de Talent.brussels. "Le rapport 2024 ne contient aucune donnée sur l'absentéisme. Ce choix méthodologique est dû à la sensibilité de ces informations et à la nécessité d'une collecte de données distincte, qui sera réintégrée une fois que la banque de données centralisée de talentAnalytics sera opérationnelle", nous a expliqué l'administration bruxelloise. Un peu de patience, donc…