La construction en bois a-t-elle un avenir dans l'immobilier ?
En 2020, la Belgique a construit quelque 2 100 maisons en bois. Mais à 80 %, il s'agissait seulement de l'ossature.

- Publié le 07-10-2021 à 14h52
- Mis à jour le 07-10-2021 à 15h01

La construction en bois prend, année après année, une plus grande préséance. Fin 2020, face à la construction traditionnelle, elle représentait quasiment une maison sur dix et plus d'un emploi sur dix. C'est certainement le message principal qu'a voulu véhiculer l'ASBL Hout Info Bois qui, une fois tous les deux ans, se penche sur ce segment dans le cadre d'une vaste enquête auprès des entreprises de construction en bois. Ce qu'elle fait en collaboration avec l'Office économique wallon du bois et la plateforme Construction bois de la Confédération construction wallonne.
La dernière enquête bisannuelle, cinquième du nom, s'est clôturée fin 2020, les résultats portant sur les années 2019 et 2020. Associés à ceux des quatre éditions précédentes, c'est un panorama sur dix ans de construction en bois qui est proposé, illustrant le potentiel de développement économique de la filière bois en Belgique.
1.Qu'entend-on par une "construction en bois" ?
S'il fallait se contenter des bâtiments dont l'apparence est en bois massif, on ne pourrait parler d'un marché digne de ce nom. Ils représentent à peine 2 à 3 % des constructions en bois. Sont en effet considérées comme telles celles dont la structure verticale et principale, autrement dit l'ossature, est en bois (montants espacés tous les 60 cm…). Si les bardages, les murs (en CLT, par exemple) ou les cloisons sont en bois, c'est à considérer comme un plus. "On ne peut présumer du matériau utilisé en structure en voyant l'extérieur", note Hugues Frère, directeur de Hout Info Bois. "Nombre d'ossatures bois présentent des murs extérieurs en briques ou en béton, parfois en association avec du bois. Par contre, un bâtiment maçonné dont la charpente est en bois - ce qui est très souvent le cas - ne sera pas comptabilisé dans l'enquête."
2.Un marché qui suscite des vocations
En dix ans, le nombre d'entreprises actives dans ce segment particulier du marché a augmenté de manière quasi constante de près de 50 % pour atteindre, fin 2020, le nombre de 149. Dont deux tiers en Wallonie (de taille plus petite), pour un tiers en Flandre (de taille plus importante). Il s'agit majoritairement de TPE (très petites entreprises) et PME (petites et moyennes entreprises) : 60 % construisent moins de 10 maisons par an et seulement 15 % en construisent plus de 50 par an, raflant 60 % du marché de la construction en bois. "On n'en observe pas moins un phénomène de concentration nouveau. Lors des enquêtes précédentes, la proportion de 'grosses' entreprises était de 10 %", précise Hugues Frère. "Ce qui ne veut pas dire que les TPE sont vouées à disparaître. Certaines de celles qui se contentent d'une maison par mois ont d'autres activités, mais d'autres ont décidé d'augmenter leur production et leur compétitivité. Auxquelles s'ajoutent de nouvelles venues, de plus en plus nombreuses."

3.Plus d'entreprises, mais moins de constructions
En 2020, 149 entreprises (et leurs 1 500 salariés) ont réalisé 2 125 bâtiments en bois. En 2018, alors qu'elles n'étaient que 124, elles ont signé 2 514 réalisations. "Cela fluctue", convient le directeur de Hout Info Bois. Pas tant entre les années paires et impaires, le différentiel étant imputable non au marché mais à leur manière de réaliser leur enquête, mais bien entre 2016 ou 2018 et 2020 (voir infographie). Qu'Hugues Frère explique en formulant deux hypothèses. "Il y a une hypothèse structurelle", dit-il. "De plus en plus d'entreprises se lancent dans l'activité de construction en bois et, parallèlement, davantage intensifient leur production, ce qui rend le marché plus difficile, plus compétitif. Les PME et TPE s'essoufflent, d'où cette diminution de la production. Il y a aussi une hypothèse conjoncturelle, liée à la crise sanitaire qui a modifié l'approvisionnement et désorganisé les entreprises." Ce qui fut surtout visible en Flandre, le recul de la production s'expliquant par l'activité fluctuante d'une seule grosse entreprise, et plus précisément de ses exportations, très réduites ces deux dernières années.
4.La construction bois représente 7,7 % du marché total de la construction
En étant optimiste, "c'est quasiment une maison sur dix", sourit Hugues Frère. En 2018, on parlait de quasiment 11 %, et même 12 % en 2016. "L'activité 'bois' a surtout diminué en Flandre", ajoute-t-il. "Pas tant en chiffres absolus, qu'en proportion par rapport aux permis de bâtir de toutes les maisons confondues. L'annonce de l'imposition de règles plus sévères en matière de performances énergétiques des bâtiments a en effet précipité les candidats à la construction traditionnelle sur le marché. Beaucoup ont rentré des permis (près de 5 000 unités de plus). Ce qui a bouleversé la comparaison." Ce qui ne veut pas dire que l'avenir du bois est morose. Le fait qu'il s'associe bien aux autres matériaux biosourcés est très certainement encourageant.

5.Le succès grandissant du CLT (Cross Laminated Timber ou bois lamellé-croisé)
Bon an mal an, les ossatures bois représentent 80 % des systèmes constructifs en bois. La vraie tendance se situe dans l'explosion du CLT (près de 16 % de parts du marché résidentiel, contre 4,5 % en 2013, par exemple), au détriment du bois massif empilé et du poteau poutre. Dans le non-résidentiel (écoles, crèches, bâtiments sportifs), on peut penser que son succès est encore plus important. "Le CLT est léger, permettant des portées importantes", détaille Hugues Frère, "et sa mise en œuvre est rapide."
6.Un secteur qui manque d'incitants
Les avantages du bois - et notamment le fait qu'il est naturel, durable, recyclable - conjugués à ceux des constructions en bois - une maison stocke, selon le système constructif choisi, entre 20 et 50 tonnes de CO2 durant toute la durée de vie du bâtiment - font en sorte que "construire en bois pourrait devenir un acte citoyen", s'enthousiasme Hugues Frère. Selon lui, une action politique valorisant ce matériau local et renouvelable serait bien nécessaire. "Alors que c'est un levier pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre, il n'y a aucun incitant", assène-t-il, évoquant une potentielle prime à la recyclarité du matériau, par exemple, à tout le moins une reconnaissance de son action de stockage (1), de même qu'un encouragement à l'utilisation du CLT dans le non-résidentiel, mais aussi, pourquoi pas, dans le résidentiel. Sa légèreté en ferait un magnifique matériau pour des maisons à construire ou à reconstruire sur pilotis.
(1) Le nouvel outil TOTEM (Tool to Optimize the Total Environmental Impact of Materials), qui a pour objectif de quantifier les performances environnementales des produits de construction, ne prend pas en compte les effets bénéfiques des arbres comme le stockage du carbone suite à l'absorption de CO2 ou leur production d'oxygène.