Les marchés acclament Donald Trump, mais l'inflation guette : une prospérité en sursis ?
Revue boursière | La politique menée en 2025 risque de déboucher sur une accélération de l'inflation aux États-Unis.
- Publié le 08-11-2024 à 19h16
- Mis à jour le 08-11-2024 à 19h34

Le retour de Donald Trump aux affaires a été accueilli avec enthousiasme par les marchés américains, l'indice Nasdaq atteignant un nouveau record historique à plus de 21000 points dans la foulée (notamment) d'un bond de 25 % pour Tesla, dont le fondateur Elon Musk s'était fortement engagé dans la campagne électorale du candidat républicain. L'indice S&P 500 n'a pas été en reste, avec de nouveaux sommets atteints durant les trois dernières séances de la semaine.

Réaction positive
Cette hausse n'était pas inattendue, la désignation d'un nouveau président avec une majorité claire se traduisant traditionnellement par une forte hausse des actions, d'autant que l'agenda économique de Trump devrait être finalement assez favorable pour les perspectives bénéficiaires des grandes sociétés américaines.
De leur côte, les marchés européens ont encaissé le coup, mais sont loin d'avoir plié. La menace de tarifs sur les importations aux États-Unis a surtout pesé sur les places ayant de grands exportateurs vers les États-Unis, comme les producteurs de spiritueux (Pernod Ricard, Rémy Cointreau, LVMH) ou de voitures de luxe (BMW, Mercedes).
"Le nouveau président a un programme économique clair", souligne Gilles Moëc (Economiste en chef du groupe Axa), "avec une lutte contre l'immigration clandestine (5 % de la force de travail), une politique budgétaire expansive (avec notamment une nouvelle réduction du taux d'impôt sur les sociétés) et l'augmentation des droits de douane".
Si les attentes du marché à court terme devraient rester positives, le véritable test viendra plus tard, lorsque les conséquences des politiques menées par l'administration Trump commenceront à se faire sentir dans l'économie. "Le dollar va s'apprécier et la mise en place de tarifs entraînera une augmentation de la demande pour les biens nationaux, ce qui va se traduire par une augmentation de l'inflation dans une économie déjà proche du plein-emploi, avec une politique d'immigration qui va accentuer les tensions dans certains secteurs", constate Olivier Blanchard (ancien chef économiste du FMI). "La Fed cherchera alors à augmenter ses taux, ce qui se traduira par une nouvelle appréciation du billet vert".
Avec donc un risque que cette politique ne mène d'ici 2025 ou 2026 à un ajustement violent de la valorisation des actions américaines, à l'image de ce qui s'était passé en 2022.
Retour de l'inflation
Une victime collatérale plus surprenante de la nouvelle présidence américaine est l'or, qui a abandonné plus de 3 % pour retomber sous la barre des 2 700 dollars/once. Les marchés ont rapidement anticipé qu'une bonne partie des mesures souhaitées par Donald Trump risquent de provoquer un retour de l'inflation aux États-Unis. Ceci a provoqué une remontée des rendements sur les bons du trésor américain à 10 ans, un placement refuge qui évolue souvent en sens contraire avec le cours du métal jaune.
À Bruxelles, l'indice BEL20 s'est bien comporté, en terminant sur une légère baisse hebdomadaire, avec une majorité de valeurs en baisse et notamment Solvay qui a plongé de près de 10 % suite à la publication de ses résultats trimestriels. À la hausse, Azelis (+ 5,5 %) s'est distingué après avoir été incluse dans la liste d'actions recommandées de KBC Securities pour le Benelux, et par Syensqo (+ 6,8 %) qui a bénéficié de son exposition sur le marché américain.
