Un îlot minuscule aggrave la zizanie
On l'appelle l'île du Persil en Espagne, ou Leila au Maroc. Il s'agit d'un îlot rocheux triangulaire de quelques centaines de mètres de côtés, actuellement inhabité, situé au large de la côte méditerranéenne du Maroc, à 40 kilomètres de Tanger mais à 200 mètres de la terre ferme. Depuis vendredi, ce"caillou´ apparemment anodin est devenu une source de fortes tensions entre deux pays en froid depuis quelques mois.
- Publié le 12-07-2002 à 00h00

On l'appelle l'île du Persil en Espagne, ou Leila au Maroc. Il s'agit d'un îlot rocheux triangulaire de quelques centaines de mètres de côtés, actuellement inhabité, situé au large de la côte méditerranéenne du Maroc, à 40 kilomètres de Tanger mais à 200 mètres de la terre ferme. Depuis vendredi, ce"caillou´ apparemment anodin est devenu une source de fortes tensions entre deux pays en froid depuis quelques mois.
Le Maroc a soudain décidé de camper sur ce qu'il considère comme ses "droits souverains´, envoyant quelques soldats planter une tente et deux drapeaux sur cet îlot. Motivation: créer un "poste de surveillance´, un geste qui s'inscrit "dans la campagne de lutte anti-terroriste et anti-émigration clandestine´.
Une appartenance floue
Madrid a immédiatement considéré qu'il s'agissait là d'une "rupture du statu quo´ prévalant depuis le traité de 1912 par lequel la France a cédé à l'Espagne le contrôle de la majeure partie de la côte nord du Maroc. "Qu'on m'explique ce que la lutte contre le terrorisme a à voir avec l'installation d'une tente, d'un drapeau et de quelques membres de l'armée sur cet îlot´, a déclaré Ana de Palacio, nouvelle ministre espagnole des Affaires étrangères. Elle a qualifié l'affaire "d'incident sérieux´, mais elle a mis l'accent sur la nécessité de rester "sereins´.
Le Maroc a toutefois décidé de rester sur ses positions, et cela au premier jour du mariage du roi Mohammed VI à Rabat. Dans la foulée, l'Espagne renforçait sa présence militaire sur les îles au large des côtes en raison de mouvements militaires marocains, selon le vice-président du gouvernement, Mariano Rajoy.
Le statut de l'île du Persil - ou de Leila - est sensible car il s'inscrit dans le cadre du litige au sujet des enclaves espagnoles de Ceuta et de Melillia situées sur la côte méditerranéenne du Maroc. Et à vrai dire, il semble que le flou le plus complet soit de mise en ce qui concerne l'appartenance de ce territoire minuscule de 13,5 hectares. Le traité franco-espagnol de 1912 ne mentionne pas explicitement cette île sur laquelle se sont installés, au fil des siècles, des petits détachements espagnols. Selon le Maroc, Leila a été "libérée en 1956, à l'occasion de la fin du protectorat espagnol sur la zone nord du Royaume´. Un avis que ne partage pas l'Union européenne, qui parle de "violation de l'intégrité territoriale espagnole´. Tout en considérant qu'il s'agit là d'une question à régler de façon bilatérale entre les deux pays, l'Union estime que cela pourrait avoir des conséquences dommageables sur ses relations avec le Maroc.
Une année de disputes
Ce litige s'inscrit dans une longue litanie de contentieux, marquée par le rappel de l'ambassadeur marocain à Madrid en octobre 2001. Motivation, alors? Des positions espagnoles trop favorables au front Polisario. La question du Sahara occidental est un des principaux litiges entre les deux pays. Ce n'est pas le seul. L'émigration clandestine et les négociations sur la pêche ont également provoqué des vagues ces derniers mois.
© La Libre Belgique 2002
