"C'est une technique de négociation bien connue en Belgique": en attendant le cessez-le-feu, les rebelles congolais ont repris leur progression
L'accord-cadre signé le 15 novembre au Qatar entre le gouvernement congolais et l'AFC/M23 n'a aucun impact sur le terrain.

- Publié le 25-11-2025 à 06h55

"Les Qataris n'y arrivent pas", nous expliquait, le 10 novembre, un observateur des négociations entre le gouvernement de Kinshasa et les rebelles de l'AFC/M23 à Doha, la capitale du Qatar. "Les experts qataris multiplient les pistes de solution, font appel à d'excellents connaisseurs de la RDC et de la région, mais la défiance entre les parties est telle qu'on ne voit pas comment on pourrait avancer vraiment vers la paix", poursuivait-il.
Cinq jours plus tard, le 15 novembre, après deux nouveaux reports successifs, les représentants des deux parties signaient malgré tout un document baptisé accord-cadre.
"Le fait que le texte soit uniquement ratifié par les négociateurs et aucune autorité supérieure était un signe évident de la défiance des deux parties et de la faiblesse de cet accord qui ne contenait aucune mesure contraignante, aucun calendrier sérieux, juste une liste d'intentions et de points à régler ultérieurement", explique un diplomate africain, qui souligne malgré tout "l'investissement du conseiller pour l'Afrique de Donald Trump, Massad Boulos, présent lors de cette signature à Doha".
Un représentant américain qui n'a pas hésité à parler d'une "occasion historique" pour faire avancer la paix, tandis que le ministre qatari chargé du dossier, Mohamed Bin Mibarak Al-Khulaifi, a évoqué la conclusion d'un "document de référence", avant d'insister sur le fait que la signature de cet accord marquait "le début d'un processus de paix global, et non sa conclusion".
Mise au frigo
Dans les faits, le texte signé le 15 novembre ne règle rien. Son objectif est de coucher sur papier le cadre de futures négociations pour parvenir à un accord de paix. Un texte final qui devra intégrer la réponse aux huit protocoles énumérés dans l'accord du 15 novembre pour lesquels tout reste à faire. "C'est une technique de négociation bien connue chez vous, en Belgique, quand on n'avance pas. On signe un texte a minima et on met au frigo tous les points de désaccord", poursuit le diplomate africain.
Deux protocoles ont déjà fait l'objet de tractations et ont même été ratifiés par les deux camps. Le premier porte sur un mécanisme d'échange de prisonniers, signé le 14 septembre, le second concerne le mécanisme de surveillance du cessez-le-feu, approuvé un mois plus tard. Deux textes, deux signatures mais aucune avancée réelle.
Malgré la faiblesse de l'accord-cadre, les négociateurs qataris et américains veulent forcer la résolution des six protocoles restants en deux semaines, un timing qui paraît difficilement tenable, d'autant qu'il s'agit ici de trouver des solutions à la crise humanitaire ou à la gestion future des territoires sous contrôle de l'AFC/M23.
Mais les négociateurs sont sous la pression de Donald Trump, qui veut coûte que coûte recevoir Félix Tshisekedi et Paul Kagame pour parachever le processus de paix entre les deux pays. La date du 2 décembre est aujourd'hui sur la table. Massad Boulos avait initialement prévu cette rencontre tripartite à la Maison-Blanche pour le 23 octobre dernier. Kinshasa a rejeté ce calendrier, jugeant alors que l'initiative était déconnectée de la réalité du terrain, où les combats entre rebelles et troupes gouvernementales se poursuivaient.
Difficile, vu l'évolution de la situation ces derniers jours, de penser que la date du 2 décembre est plus acceptable.
La signature du 15 novembre n'a donc rien changé sur le terrain. Bien au contraire. Les rebelles, relativement passifs ces dernières semaines, ont repris leur marche en avant. Au nord, ils ont mis la main sur les localités de Mahanga, Kazinga, Kasheke, Bibatama et Katoyi dans le Masisi, et des combats étaient toujours en cours dimanche près de Nyabiondo. Des heurts sont aussi signalés dans le territoire de Lubero, plus au nord, ainsi que dans la province voisine du Sud-Kivu.
Des offensives qui répondent aux bombardements fréquents des zones de combats par l'unique Soukhoï de l'aviation congolaise, soutenu par de nombreux drones achetés en Chine et en Turquie.
Qui oserait sérieusement parler de la paix en RDC ?